Auren wata yarinya / Le mariage d’une jeune fille

 

 

Mots-clés:  haoussa, Niger, Nigeria — oralité, néo-oralité ; tatsuniya conte — mariage ; nourriture ; insectes ; arbre, baobab ; tradipraticien

L’auteure:  Fatimane Moussa-Aghali est née à Bonkoukou au Niger. Elle vit actuellement en France. Après avoir étudié à l’INALCO le touareg, le peul et le haoussa, elle soutient, à l’Université de Paris III, une thèse de doctorat sur cette dernière langue, à laquelle elle a consacré un ouvrage et plusieurs articles. Elle a publié un récit de vie, Yarintata [Mon enfance]. Elle écrit également des contes en haoussa à l’intention du public scolaire.

Production du corpus:  Le présent conte est un auto-enregistrement sur cassette audio réalisé en 1984. Il fait partie d’un ensemble de textes produits dans le cadre d’études haoussa à l’INALCO, en vue de la constitution d’un corpus de textes sous la direction du Professeur Claude Gouffé (1926-2013).

Édition du corpus:  Conte transcrit et traduit par Fatimane Moussa-Aghali. La bande son initiale n’ayant pas été conservée, le conte a été oralisé par l’auteure pour la présente édition, à partir de la transcription qu’elle en avait faite. Une adaptation du conte en français a été publiée en 20051 (cf. références).

Références

      • MOUSSA-AGHALI, Fatimane, 2005, Yarintata [Mon enfance], Lagny-sur-Marne (France), Ellaf Éditions, 2021, 76 p. [première édition, revue Binndi e jannde, 1982-1983]. http://ellaf.huma-num.fr/yarintata/
      • MOUSSA-AGHALI, Fatimane, 2005, Contes des dunes et des sables, Roissy-en-Brie (France), Éditions Cultures croisées, 126 p.
      • MOUSSA-AGHALI, Fatimane, 1999, Lexique des néologismes en hawsa du Niger, Supplemento n. 90 agli Annali, vol. 59, fasc. 1-4, Naples, Istituto Universitario Orientale, xviii + 91 p.
      • AGHALI, Fatimane, 1984, « Recueil de contes en haoussa suivi de notes linguistiques ». Mémoire de D.R.E.A. sous la direction du Professeur Claude Gouffé, Université de Paris-III / Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), multicopié, 119 p.

Résumé:  Des parents célèbrent le mariage de leur fille. Ils font frire des scarabées (ƙurnu) et des mouches (ƙuda) 2 La fille ignore qu’il s’agit de son mariage. Les plats sont distribués. La fille porte la nourriture de maison en maison3. Au retour de chacune de ses tournées, elle réclame sa part de la nourriture. On ne lui en donne pas, car il s’agit de la nourriture de son mariage, elle ne doit pas en manger. Elle insiste, elle est moquée. Elle est très affectée.

Un très grand baobab se trouve dans leur habitation. Elle grimpe au sommet du baobab. Sa mère la supplie de descendre, elle refuse. Son père la supplie, elle refuse. On consulte un tradipraticien. Il recommande aux parents de semer des courges (duma) et de faire une réserve d’eau de rinçage de mil (ƙasari) pour attirer et attraper des scarabées et des mouches ; qu’ils fassent frire les insectes et qu’ils les lui apportent, elle descendra. Ils font ce que dit le tradipraticien. La jeune fille descend du baobab, elle mange à satiété. Sa mère lui dit : « Eh bien, tu as fait quelque chose de honteux, toi qui as osé manger le plat de ton mariage. »

 

 


 

Auren wata yarinya / Le mariage d’une jeune fille

 

 

 

 

 

 

 

Kun ji kun ji ?…

Voici l’histoire, voici l’histoire4 !…

 

 

Wanga dai, wata yarinya ce da za a auren ta, amma ita ba ta sani ba da aurenta ne za a yi.

C’était une jeune fille qu’on allait marier, mais elle, elle ne savait pas que c’était son mariage qui allait avoir lieu.

 

 

Shi ke nan, gidansu sai aka soya su ƙurnu, su ƙuda, ana rarraba ma mutanen gari.

Ainsi donc, on avait fait frire chez elle des scarabées5 et des mouches qu’on distribuait aux gens.

 

 

To, rabon, ita ce ke zuwa gida gida, tana kaiwa.

Bon, pour la distribution6, c’était elle qui allait de maison en maison offrir les plats.

0:25

5

Inda duk aka ba ta ta kai wani gida, da ta komo, sai ta ce ma uwatta : « Inna, ina rabona ? »

À chaque fois qu’on lui donnait [les plats] pour qu’elle les porte dans une maison, lorsqu’elle revenait, elle disait : « Maman, où est ma part ? »

 

 

Sai uwatta ta ce mata : « Tahi, naki yana nan aje, har ki ƙare rabo, sa’annan, in kin komo, kin ci naki. »

Alors sa mère lui disait : « Vas-y, ta part est gardée jusqu’à ce que tu termines la distribution, lorsque tu seras de retour, tu mangeras ta part. »

 

 

Haka nan, haka nan, haka nan, sai da suka rabe ƙudan nan, da ƙurnun nan duka, ba su bar ko kaɗan ba.

Ce fut ainsi jusqu’à ce qu’ils aient distribué toutes les mouches et les scarabées, sans rien laisser.

 

 

Da yarinyar taƙ ƙare rabon, sai taz zo tac ce : « Inna, ina nawa ? »

Lorsque la jeune fille eut terminé de porter les plats, elle revint, elle dit : « Maman, où est ma part ? »

 

 

Sai aka ce mata : « Ke tahi, ba ki da kunya !

Alors, on lui dit : « Va-t’en, tu n’as pas honte !

1:08

10

Kayan aurenki zaki ci ?

Tu oserais manger les plats de ton mariage ?

 

 

Wa yat taɓa jin haka nan ? »

Qui a déjà entendu cela ? »

 

 

Shi ke nan, ashe abin nan ya yi mata zahi.

Or, cela l’avait beaucoup affectée.

 

 

To, akwai wata babbar uwak kuka cikin gidansu, sai taz zo tah haye kan kukan nan.

Bon, il y avait chez elle un grand baobab, elle vint grimper au sommet du baobab.

 

 

Aka zo ana ta nemanta, ana ta nemanta, sai aka ganta bisa uwar kuka.

On se mit à sa recherche, on se mit à sa recherche, on la découvrit sur le baobab.

 

15

Sai uwatta tac ce mata :

Alors sa mère lui dit :

 

 

Ɗiyata, ɗiyata, sabko da bisa.

Ma fille, ma fille, descends de là-haut.

 

 

Tac ce :

Elle lui dit :

 

 

Inna uwata, ba na sabka ba.

Maman, ma mère, je ne descendrai pas.

 

 

Da kunka ci su ƙudanku ba da ni tare ba.

Lorsque vous avez mangé vos mouches, je n’en ai pas eu.

1:49

20

Da kunka ci su ƙurnunku ba da ni tare ba.

Lorsque vous avez mangé vos scarabées, je n’en ai pas eu.

 

 

Samarmara kuka, i da ni bisa.

Vite, vite, baobab, va plus haut avec moi.

 

 

Kuka tay yi da ita bisa.

Le baobab s’éleva plus haut avec elle.

 

 

Shi ke nan, uwat tak koma gida, taz zo tag gaya ma uban.

Alors, sa mère retourna à la maison et alla le dire à son père.

 

 

Uban yaz zo, yac ce :

Le père vint et dit :

2:06

25

Ɗiyata, ɗiyata, sabko da bisa

Ma fille, ma fille, descends de là-haut.

 

 

Tac ce :

Elle lui dit :

 

 

Abba ubana, ba na sabka ba.

Papa, mon père, je ne descendrai pas.

 

 

Da kunka ci su ƙudanku ba da ni tare ba.

Lorsque vous avez mangé vos mouches, je n’en ai pas eu.

 

 

Da kunka ci su ƙurnunku ba da ni tare ba.

Lorsque vous avez mangé vos scarabées, je n’en ai pas eu.

 

30

Samarmara kuka, i da ni bisa.

Vite, vite, baobab, va plus haut avec moi.

 

 

Kuka tas sake yin bisa da ita, sai da ma ba a ganinta.

Le baobab s’éleva plus haut avec elle, au point qu’on ne la voyait plus.

 

 

Shi ke nan, mutanen ga ba su san ba dai abun da za su yi yarinyag ga ta sabko.

Ainsi donc, les gens ne savaient plus quoi faire pour que cette fille descende [de l’arbre].

 

 

Sai suka tahi wajen wani boka, suka tambaye shi, har ƙaƙa za su yi yarinyag ga ta sabko.

Alors, ils allèrent trouver un tradipraticien, ils lui demandèrent comment faire pour que la fille descende.

 

 

Yac ce musu : « Yanzu, babu abin da za ku yi, sai ku shibka duma, ku kawo kuma ƙasari, ku aje.

Il leur dit : « Maintenant, il n’y a rien que vous puissiez faire si ce n’est semer des courges et chercher de l’eau de rinçage de mil7.

3:00

35

Da duma ya hwara ɗiya, ƙurnu sun zo, sai ku kamasu ; kuma cikin ƙasarin, ƙuda sun hwaɗa ciki, sai ku kwashe, ku zo ku soya, ku kai mata.

Lorsque les courges commenceront à donner des fruits, des scarabées viendront [s’y poser], vous les attraperez ; et pour ce qui est de l’eau de rinçage, les mouches y tomberont, vous [les] récupèrerez, vous [les] ferez frire et vous [les] lui porterez.

 

 

In kun gwada mata soyen nan, ta sabko. »

Si vous [les] lui montrez, elle redescendra. »

 

 

Shi ke nan, suka zo suka shibka duma, suka kawo babbar tukunyar ƙasari, suka aje waje.

Ainsi, ils semèrent des courges et apportèrent une grande jarre [remplie] d’eau de rinçage de mil qu’ils posèrent dehors.

 

 

Suna nan, suna nan, suna nan, sai da duman nan yag girma, ƙurnu suka zo, kuma ƙasarin, ƙuda suka hwaɗa ciki, suka kwashe.

Ils étaient là, ils étaient là, jusqu’à ce que les pieds de courge aient grandi, les scarabées vinrent [s’y poser], et l’eau de rinçage, les mouches tombèrent dedans, ils [les] récupérèrent.

 

 

Suka ɗauki ƙurnun nan, da ƙudan nan suka soya, suka zo suka tsaya ƙalƙashin uwak kuka.

Ils prirent les scarabées et les mouches, ils [les] firent frire, ils vinrent se tenir debout sous le baobab.

3:53

40

Sai uwatta tag gwada mata kwanon ƙurnu da ƙudan nan soyayye, tac ce : 

La mère de la fille montra à celle-ci le plat de scarabées et de mouches, elle lui dit :

 

 

Ɗiyata, ɗiyata, sabko da bisa.

Ma fille, ma fille, descends de là-haut.

 

 

Ko da ta tsinkayi ƙurnun da ƙuda, sai tac ce ma kuka ta yi ƙasa da ita, ta sabka.

Dès qu’elle aperçut les scarabées et les mouches, elle dit au baobab de descendre avec elle.

 

 

Kuka tay yi ƙasa da ita, sai tas sabko.

Le baobab descendit avec elle, elle redescendit.

 

 

Aka ba ta ƙurnu da ƙuda.

On lui donna les scarabées et les mouches.

3:22

45

Ta ci, ta ci, ta ci, sai da taƙ ƙoshi !

Elle mangea, mangea, mangea à satiété !

 

 

Shi ke nan, sai uwat tac ce mata : « Ai ko, kin yi kunya, ke da ke cin kayan aurenki ! »

Alors, sa mère lui dit : « Eh bien, tu as fait quelque chose de honteux, toi qui as osé manger le plat de ton mariage ! »

 

 

Ƙanƙaran kan kusu !

Le conte s’arrête là8 !

Fatimane Moussa-Aghali

 


 

Notes:

1    Pour une adaptation en français du conte, cf. Fatimane Moussa-Aghali 2005: 94-96.

2    Le conte porte sur une série de comportements contraires aux pratiques culturelles de la société :

      • on ne prépare pas de plats de mariage à base d’insectes et encore moins à base de mouches et de scarabées ;
      • la mariée ne distribue pas les plats préparés à l’occasion de son mariage ;
      • elle ne réclame pas publiquement à manger ;
      • il est interdit de manger devant les aînés, particulièrement devant les membres de sa belle famille ;
      • les cousins et les cousines à plaisanterie ont le droit de moquer la mariée ;
      • les tantes et les cousines ont le droit de lui faire de remontrances, etc.

3    Chez les Haoussa, en général, à l’occasion de mariage, on prépare de la nourriture qui est distribuée aux voisins et aux amis de la famille ; la nourriture est portée dans des plats,  de maison en maison, par les enfants.

4    Traduction de la formule de début de conte Kun ji kun ji ?… mot à mot : « Avez-vous entendu, avez-vous entendu ?… »

5    “« scarabées » : traduction de ƙúrnúu, terme désignant d’après Bargery, un « insecte ravageur de courges »

(http://maguzawa.dyndns.ws/frame.html ).

6    Voir note 2.

7    Traduction de ƙáasáríi, qui désigne l’eau ayant servi à rincer le mil pour le débarrasser du son après un premier pilage pratiqué à cet effet.

8    Traduction de la formule de fin de conte Ƙanƙaran kan kusu ; mot à mot : « Petite tête de souris ».

Auren ɗan sarki / Le mariage du fils du roi

 

 

 

Mots-clés: haoussa, Niger, Nigeria — oralité, néo-oralité ; tatsuniya conte ; conte initiatique, conte « des deux filles » — fille bien éduquée, fille mal éduquée ; mariage du fils du roi, choix de l’épouse.

Production du corpus: Fatimane Moussa-Aghali est née à Bonkoukou au Niger. Elle vit actuellement en France. Après avoir étudié le touareg, le peul et le haoussa à l’INALCO, elle soutient, à l’Université de Paris III, une thèse de doctorat sur cette dernière langue, à laquelle elle a consacré un ouvrage et plusieurs articles. Elle écrit également des contes en haoussa à l’intention du public scolaire.

Le présent conte est un auto-enregistrement sur cassette audio réalisé en 1984. Il fait partie d’un ensemble de textes produits dans le cadre d’études haoussa à l’INALCO, en vue de la constitution d’un corpus de textes sous la direction du Professeur Claude Gouffé (1926-2013).

Édition du corpus: Conte transcrit et traduit par Fatimane Moussa-Aghali. La bande son initiale n’ayant pas été conservée, le conte a été oralisé par Fatimane Moussa-Aghali pour la présente édition, à partir de la transcription qu’elle avait faite. Une adaptation du conte en français a été publiée en 20051.

Références:

MOUSSA-AGHALI, Fatimane, 2005, Contes des dunes et des sables, Éditions Cultures croisées, Roissy-en-Brie (France), 126 p.

AGHALI, Fatimane, 1984, « Recueil de contes en haoussa suivi de notes linguistiques ». Mémoire de D.R.E.A. sous la direction du Professeur Claude Gouffé, Université de Paris-III / Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), multicopié, 119 p.

Résumé: Dix jeunes filles vont cueillir des figues sauvages. La plus grande dit que tout le monde doit manger ses figues et que personne n’en ramène à la maison. Les filles cachent les figues mûres dans leur pagne, mangent celles qui sont vertes et ramènent les figues mûres à leur mère. Une seule fille fait ce que la plus grande avait demandé. Elle rentre les mains vides.

À leur retour, les filles vont se rendre à une fête organisée dans un village lointain. Leurs mères leur ont préparé de beaux habits. Elles se rendent à la fête. La fille qui n’a pas ramené de figues est chassée par sa mère : elle doit retourner en brousse lui cueillir des figues.

Elle retourne auprès du figuier. L’arbre a retiré tous ses fruits, et pour obtenir des figues, la fille doit lui apporter de la bouse de vache.

Elle va chez la vache pour chercher de la bouse, la vache lui dit de lui apporter du feuillage de savonnier2. Elle va chez le savonnier, le savonnier lui dit de lui apporter de l’eau d’un endroit où pousse le gamba3.

Elle va chez le gamba, le gamba lui donne de l’eau. Elle apporte l’eau au savonnier. Le savonnier se couvre de feuillage. Elle coupe le feuillage et l’apporte à la vache. La vache fait tomber de la bouse. Elle ramasse la bouse, elle en enduit le figuier, le figuier lui donne des figues. Elle apporte les figues à sa mère.

Sa mère ne lui a cousu que des haillons. Elle part à la fête. Elle trouve en chemin deux lambeaux de chair en train de se battre. Elle passe sans rien dire. Elle croise deux Peuls. Ils lui donnent de la graisse de varan, elle ne la prend pas. Elle poursuit son chemin. Elle trouve une veille femme qui a barré la route de ses jambes. Elle demande à passer. La vieille femme ne peut pas retirer ses jambes du passage : il lui faut pour cela de la graisse de varan.

La fille retourne chez les Peuls. Les Peuls lui donnent la graisse de varan, elle en enduit les jambes de la vieille. Celle-ci retire ses jambes du passage, elle passe.

Elle s’éloigne. La vieille femme la rappelle : il faut à présent qu’elle lui réchauffe de l’eau pour se laver. La jeune fille obéit. Elle veut partir. La vieille la retient : il faut qu’elle lui frotte le dos. La jeune fille craint que le dos de la vieille ne se casse. Celle-ci la rassure, elle lui frotte le dos, mais le dos se fend.

Dans le dos, se trouvent trois boîtes, et dans la plus grande des boîtes, trois œufs. La vieille dit à la jeune fille de prendre la boîte avec les œufs. Elle lui demande d’aller lui chercher de l’eau au puits. La jeune fille doit emporter les œufs, elle ne doit pas répondre aux oiseaux qui l’insulteront. Sur son chemin, qu’elle casse les œufs comme la vieille le lui a expliqué. Elle fait ce que la vieille femme lui a demandé de faire. Elle obtient toutes les richesses du monde.

Au moment de se quitter, la vieille femme lui dit qu’à la fête où elle se rend, on demandera à chaque fille le nom du fils du roi : celui-ci épousera celle qui dira son nom. Personne ne connaît ce nom.

Or, la vielle femme est la mère du fils du roi. Elle lui dit le nom et les conditions dans lesquelles elle doit le dire.

La jeune fille fait ce que la vieille femme lui a conseillé. Le fils du roi l’épouse. Longtemps après, elle rend visite à sa famille : elle est belle, elle est riche. Sa demi-sœur veut obtenir la même chose. Elle passe partout où sa sœur était passée. À chaque étape, elle fait le contraire de ce que sa sœur avait fait. Elle est dévorée par des monstres.

 


 

Auren ɗan sarki / Le mariage du fils du roi

 

 

 

 

 

 

Kun ji kun ji !…

Voici l’histoire, voici l’histoire4 !…

 

Wanga, ƴam mata goma ne, za su ɗiba ɓaure.

Ce [conte], c’étaient dix jeunes filles, elles allaient cueillir des figues.

 

Suka kama hanya, suna ta tahiya, suna ta tahiya, sai da suka kai wurin ɓaure.

Elles se mirent en route, elles marchèrent, elles marchèrent jusqu’à arriver à l’endroit [où il y avait] des figues.

 

Ya zamanto a hanya, babbassu ta ce musu : « Shegiyad da ba ta canye ɓaurenta ba, sai na ba ta kashi !

Or, en cours de route, la plus grande leur avait dit : « La bâtarde qui n’aura pas mangé ses figues, je la battrai !

5

Wadda duk tak kai ɓaurenta gida, sai na ba ta kashi ! »

C


elle qui aura ramené ses figues à la maison, je la battrai ! »

 

Shi ke nan, da suka isa, sai suka yi ta ɗiba ɓaure, suna ta ɗiba.

Alors, lorsqu’elles arrivèrent, elles se mirent à cueillir les figues, elles ne faisaient que cueillir.

 

Masu wayo suna ɗibar ninannun suna ɓoyewa cikin zannuwansu, suna canye waɗanda ba su nina ba.

Les plus rusées cueillaient les figues mûres et les cachaient dans leur pagne, et elles mangeaient celles qui n’étaient pas mûres.

 

To, akwai wata yarinya a cikin su, ita tana ɗiba ɓaure tana canyewa, tana ɗiba, tana canyewa.

Bon, il y avait une jeune fille parmi elles, elle cueillait les figues et les mangeait, elle cueillait les figues et les mangeait.

 

Sai da suka ƙare ɗiba ɓaure, suka kama hanyak komawa gida.

Après avoir fini de cueillir les figues, elles se mirent en route pour rentrer à la maison.

10

Suna ta tahiya, suna ta tahiya, sai da suka isa.

Elles marchèrent, elles marchèrent jusqu’à arriver [au village].

 

Shi ke nan, da suka isa gari, uwayansu suka gudu tarbon su.

Alors, lorsqu’elles arrivèrent au village, leurs mères accoururent à leur rencontre.

 

Kowacce ta hiddo ɓauren da ta kawo, ta ba uwatta.

Chacune sortit les figues qu’elle avait ramenées et les donna à sa mère.

 

Sai da uwar yarinya tak kawo gare ta, ita ba ta kawo ɓaure ba, ko kaɗan.

Lorsque la mère de la fille [qui mangeait ses figues] alla vers sa fille, celle-ci n’avait pas ramené des figues, même pas quelques-unes.

 

Sai uwat ta ce mata : « Shegiya, koma, sai kin kawo mini ɓaure ! »

Sa mère lui dit : « Bâtarde, retourne [en brousse], tu dois me ramener des figues ! »

15

Ta tahi.

Elle s’en alla.

 

Ya zamanto ƴammatan duka za su wajen wani biki, da ake yi wani ɗan gari can.

Or, toutes les jeunes filles devaient assister à une fête qui avait lieu dans un petit village assez éloigné.

 

Da suka zo ma, an ɗumka musu tufa, da ko mi da ko mi.

À leur retour, on leur avait [déjà] cousu des habits et toutes sortes de choses.

 

Sai suka tahi.

Elles partirent.

 

Waccan ita tak koma daji neman ɓaure.

Celle qui n’avait pas ramené de figues était repartie dans la brousse pour chercher des figues.

20

Ko da ta isa, ɓaure ya ƙare, ɓaure ya ɗauke ɗiyanshi !

Mais lorsqu’elle arriva [au pied du figuier], les figues étaient finies, le figuier avait retiré ses fruits !

 

Sai ta ce :

Alors, elle dit :

 

« Ɓaure, ɓaure, gare ka ni zo. »

« Figuier, figuier, c’est auprès de toi que je suis venue. »

 

Ɓaure ya ce mata :

Le figuier lui dit :

 

— Ƙurƙiya, ƙurƙiya, in ba ki mi ?

— Jeune fille, jeune fille, pour que je te donne quoi ?

25

— Ka ba ni  ƴaƴa.

— Pour que tu me donnes des fruits.

 

— Ƴaƴa, ki kai ma wa ?

— Des fruits pour les porter à qui ?

 

— In kai ma inna.

— Pour que je les porte à ma mère.

 

— Inna ta ba ki mi ?

— Pour que ta mère te donne quoi ?

 

— Ta ba ni zanna.

— Pour que ma mère me donne des pagnes.

30

— Zanna ki tahi ina ?

— Des pagnes pour aller où ?

 

— In tahi biki, tsara ta tahi ta bar ni.

— Pour que j’aille à la fête, toutes les filles de mon âge sont parties sans moi.

 

Shi ke nan, sai ɓaure ya ce mata ta tahi wurin saniya ta ba ta ambo.

Alors, le figuier lui dit d’aller chez la vache pour qu’elle lui donne de la bouse.

 

Sai ta tahi wurin saniya, ta ce :

Elle alla auprès de la vache et dit :

 

« Saniya, saniya, gare ki ni zo. »

« Vache, vache, c’est auprès de toi que je suis venue. »

35

Saniya ta ce mata :

La vache lui dit :

 

— Ƙurƙiya, ƙurƙiya, in ba ki mi ?

— Jeune fille, jeune fille, pour que je te donne quoi ?

 

— Ki ba ni ambo.

— Pour que tu me donnes de la bouse.

 

— Ambo ki kai ma wa ?

— De la bouse pour la porter à qui ?

 

— In kai ma ɓaure.

— Pour que je la porte au figuier.

40

— Ɓaure ya ba ki mi ?

— Et pour que le figuier te donne quoi ?

 

— Ya ba ni ƴaƴa.

— Pour qu’il me donne des fruits.

 

— Ƴaƴa ki kai ma wa ?

— Des fruits pour que tu les portes à qui ?

 

— In kai ma inna.

— Pour que je les porte à ma mère.

 

— Inna ta ba ki mi ?

— Pour que ta mère te donne quoi ?

45

— Ta ba ni zanna.

— Pour que ma mère me donne des pagnes.

 

— Zanna ki tahi ina ?

— Des pagnes pour aller où ?

 

— In tahi biki, tsara ta tahi ta bar ni.

— Pour que j’aille à la fête, toutes les filles de mon âge sont parties sans moi.

 

Saniya ta ce mata : « To, yanzu sai ki tahi wurin aduwa ki ɗebo mini toho. »

La vache dit : « Bon, à présent, il faut que tu ailles auprès du savonnier pour me cueillir du feuillage. »

 

Sai ta tahi wurin aduwa ta ce :

La fille s’en alla trouver le savonnier et dit :

50

« Aduwa, aduwa, gare ki ni zo. »

« Savonnier, savonnier, c’est auprès de toi que je suis venue. »

 

Aduwa ta ce :

Le savonnier dit :

 

— Ƙurƙiya, ƙurƙiya, in ba ki mi ?

— Jeune fille, jeune fille, pour que je te donne quoi ?

 

— Ki ba ni toho.

— Pour que tu me donnes du feuillage.

 

— Toho ki kai ma wa ?

— Du feuillage pour le porter à qui ?

55

— In kai ma saniya.

— Pour le porter à la vache.

 

— Saniya ta ba ki mi ?

— Pour que la vache te donne quoi ?

 

— Ta ba ni ambo.

— Pour qu’elle me donne de la bouse.

 

— Ambo ki kai ma wa ?

— De la bouse pour la porter à qui ?

 

— In kai ma ɓaure.

— Pour que je la porte au figuier.

60

— Ɓaure ya ba ki mi ?

— Pour que le figuier te donne quoi ?

 

— Ya ba ni ƴaƴa.

— Pour qu’il me donne des fruits.

 

— Ƴaƴa ki kai ma wa ?

— Des fruits pour que tu les portes à qui ?

 

— In kai ma inna.

— Pour que je les porte à ma mère.

 

— Inna ta ba ki mi ?

— Pour que ta mère te donne quoi ?

65

— Ta ba ni zanna.

— Pour qu’elle me donne des pagnes.

 

— Zanna ki tahi ina ?

— Des pagnes pour aller où ?

 

— In tahi biki, tsara ta tahi ta bar ni.

— Pour que j’aille à la fête, toutes les filles de mon âge sont parties sans moi.

 

Shi ke nan, sai aduwa ta ce mata : « To sai ki tahi wurin gamba, ki kawo mini ruwa. »

Alors, le savonnier lui dit : « Il faut que tu ailles auprès de l’herbe gamba5 me chercher de l’eau. »

 

Ta tahi wurin gamba.

Elle s’en alla auprès de l’herbe gamba.

70

Ta ce :

Elle dit :

 

« Gamba, gamba, gare ki ni zo. »

« Gamba, gamba, c’est auprès de toi que je suis venue. »

 

Gamba ta ce :

Le gamba dit :

 

— Ƙurƙiya, ƙurƙiya, in ba ki mi ?

— Jeune fille, jeune fille, pour que je te donne quoi ?

 

— Ki ba ni ruwa.

— Pour que tu me donnes de l’eau.

75

— Ruwa ki kai ma wa ?

— De l’eau pour que tu la portes à qui ?

 

— In kai ma aduwa.

— Pour que je la porte au savonnier.

 

— Aduwa ta ba ki mi ?

— Pour que le savonnier te donne quoi ?

 

— Ta ba ni toho.

— Pour qu’il me donne du feuillage.

 

— Toho ki kai ma wa ?

— Du feuillage pour que tu le portes à qui ?

80

— In kai ma saniya.

— Pour que je le porte à la vache.

 

— Saniya ta ba ki mi ?

— Pour que la vache te donne quoi ?

 

— Ta ba ni ambo.

— Pour qu’elle me donne de la bouse.

 

— Ambo ki kai ma wa ?

— De la bouse pour que tu la portes à qui ?

 

— In kai ma ɓaure.

— Pour que je la porte au figuier.

85

— Ɓaure ya ba ki mi ?

— Pour que le figuier te donne quoi ?

 

— Ya ba ni ƴaƴa.

— Pour qu’il me donne des fruits.

 

— Ƴaƴa ki kai ma wa ?

— Des fruits pour que tu les portes à qui ?

 

— In kai ma inna.

— Pour que je les porte à ma mère.

 

— Inna ta ba ki mi ?

— Pour que ta mère te donne quoi ?

90

— Ta ba ni zanna.

— Pour qu’elle me donne des pagnes.

 

— Zanna ki tahi ina ?

— Des pagnes pour aller où ?

 

— In tahi biki, tsara ta tahi ta bar ni.

— Pour que j’aille à la fête, toutes les filles de mon âge sont parties sans moi.

 

Shi ke nan, sai gamba ta ba ta ruwa, ta ɗauka ta tahi, ta zuba ma aduwa,

Alors, le gamba lui donna de l’eau, elle transporta [l’eau] et alla arroser le savonnier,

 

aduwa ta yi taho mai ɗankaran kyawo, ta ɗiba ta tahi, ta kai ma saniya,

le savonnier se couvrit d’un très beau feuillage, elle le cueillit, elle le porta à la vache,

95

saniya ta ci ta ƙoshi ta yi ambo, ta kwasa, ta tahi, ta shafa ma ɓaure,

la vache mangea à satiété et laissa tomber de la bouse, la fille ramassa [la bouse], elle alla [en] enduire le [tronc du] figuier,

 

ɓaure ya yi ɗiya masu ɗankaran kyawo, nunannu, jajjawur da su,

le figuier donna de très beaux fruits, tout mûrs et tout rouges,

 

ta ɗiba ta tahi ta kai ma uwatta.

elle cueillit [les fruits] et alla [les] porter à sa mère.

 

Ko da ta zo ma, uwa ba ta ɗumka mata komi ba, sai waɗansu ragga da ta samu, ta ɗumka mata haka nan, ta ba ta.

Mais à son retour, sa mère ne lui avait rien cousu que des haillons qu’elle avait trouvés, elle [les] lui cousus sans façon et elle [les] lui donna.

 

Ta ɗauka, ta tahi ta sa…

La jeune fille les prit, elle alla les porter…

100

Tana ta gudu, tana kuka, sai da ta zo, ta iske tsoka da tsoka, suna bugayya, ta wuce ba ta ce komi ba.

Elle courait, elle pleurait, jusqu’à ce que, arrivée [quelque part], elle trouve des lambeaux de chair qui se battaient, elle continua son chemin sans rien dire.

 

Tana ta gudu, tana ta gudu, tana ta gudu, tana ta gudu sai da ta gamu da waɗansu Hillani biyu, suka ce mata : « Ke ƙurƙiya, ba ki son kitsen damo » ?

Elle courait, elle courait, elle courait jusqu’à ce qu’elle rencontre deux Peuls, ils lui dirent : « Eh ! Toi, jeune fille, est-ce que tu ne veux pas de la graisse de varan ? »

 

Ta ce : « Hey ! mi za ni yi da kitsen damo, ni da za ni wajen biki ? »

Elle leur dit : « Ho ! Que ferais-je de la graisse de varan, moi qui vais à la fête ? »

 

Sai ta tahi, ta wuce, tana gudu, tana gudu, tana gudu.

Elle s’en alla, elle continua son chemin, elle courait, elle courait, elle courait.

 

Sai da ta yi nisa, sai ta zo ta iske wata tsohuwa na zaune, ƙafatta guda na Makka, guda na Madina.

Elle était fort loin, elle trouva [sur son chemin] une vieille femme assise [avec les jambes écartées,] un pied à La Mecque, et l’autre à Médine.

105

Sai ta ce mata : « Tsohuwa jaye cinenki, in wuce. »

Elle lui dit : « Vieille femme, retire tes jambes pour que je passe. »

 

Tsohuwat ta ce mata : « Ɗiyata, cinen ga nawa ba su jayuwa, sai an shafa musu kitsen damo. »

La vieille femme lui dit : « Ma fille, mes jambes que voilà, je ne peux les retirer qu’après qu’on les ait enduites de graisse de varan. »

 

Sai yarinyar ta koma neman Hillanin nan biyu da ta gamu da su, waɗanda suka ce mata in tana son kitsen damo.

La jeune fille retourna à la recherche des deux Peuls qu’elle avait rencontrés, ceux qui lui avaient demandé si elle voulait de la graisse de varan.

 

Ta koma, tana ta gudu, tana ta gudu, tana ta gudu, sai da ta tsinkaye su, ta ce : « Kai waɗannan kai ! ku tsaya. »

Elle retourna en courant, en courant, en courant jusqu’à ce qu’elle les aperçoive, elle leur dit : « Eh, vous ! eh, arrêtez-vous ! »

 

Shi ke nan, sai suka tsaya.

Ils s’arrêtèrent donc.

110

Sai da ta iso gare su, ta ce : « Kai, don Allah ku ba ni ɗan kitsen damo ! »

Quand elle parvint à leur hauteur, elle dit : « Par Dieu, donnez-moi un peu de graisse de varan ! »

 

Sai suka ce mata : « Da farin da munka ce miki mu ba ki kitsen damo, ba cewa kika yi biki za ki, mi za ki yi da kitsen damo ? »

Ils lui dirent : « Quand la première fois nous avions dit que nous allions te donner de la graisse de varan, n’avais-tu pas dit que tu n’en voulais pas, que tu n’avais que faire de la graisse de varan ? »

 

Ta ce : « Don Allah ku ba ni ! »

Elle dit : « Par Dieu, donnez-m’en ! »

 

Sai shi ke nan suka ba ta, ta tahi ta shafa ma cinen maccen nan, ta shafa musu kitsen damon nan.

Alors, ils lui en donnèrent, elle alla [en] enduire les jambes de la femme, elle les enduit de la graisse de varan en question.

 

Shi ke nan, maccen ta samu ta jaye cinenta.

Alors, la femme réussit à retirer ses jambes [du passage].

115

To, ta tahi tana gudu sai da ta yi nisa, sai maccen ta ce mata : « Ke waccan, ke ! »

Bon, la jeune fille partit en courant, lorsqu’elle fut à quelque distance, la femme lui dit : « Toi, là-bas, hé toi ! »

 

Sai ta tsaya, ta waiwayo, sai ta ce mata : « Zo ! »

Elle s’arrêta, elle se retourna, et la [femme] lui dit : « Viens ! »

 

Yarinyar ta koma.

La jeune fille revint.

 

Ta je wurinta, sai ta ce mata : « Yanzu sai ki yi mini ruwan zahi in yi wanka. »

Elle se dirigea vers la vieille, celle-ci lui dit : « À présent, il faut que tu me réchauffes de l’eau pour que je me lave. »

 

Ta ce : « To shi ke nan. Za ni wurin biki, amma ba komi, sai in tsaya in yi miki ruwan zahi. »

La jeune fille dit : « D’accord. Je vais à la fête, mais ce n’est rien, je vais m’arrêter pour te réchauffer de l’eau. »

120

Ta tsaya, ta yi mata ruwan zahi.

La jeune fille lui réchauffa de l’eau.

 

Ta ce mata : « To yanzu sai ki kai mini su bayan gida, in yi wanka. »

La vieille lui dit : « À présent porte l’eau derrière l’habitation6 pour que je me lave. »

 

Ta zuba mata su can, bayan gida, da ta komo, sai tsohuwat ta ce : « To, yanzu sai ki zo ki cuɗa ni. »

Elle la lui porta là-bas derrière l’habitation, et quand elle revint, celle-ci [lui] dit : « Bon, à présent, il faut que tu viennes me frotter le dos. »

 

Yarinyar ta ce : « Hey ! ni dai ina tsoron ban tsohi, kar in tahi wurin zuza, ya tahi ya fashe. »

La jeune fille dit : « Oh ! Moi, j’ai peur pour le dos des vieilles personnes, il ne faudrait pas qu’en cherchant à [le] frotter qu’il se casse. »

 

Tsohuwat ta ce mata : « Ba komi, ba laihi.

La vieille lui dit : « Il n’y aurait rien de grave, il n’y aurait pas de mal à ça.

125

Ko ya fashe babu komi.

Même s’il se cassait, il n’y aurait rien de grave.

 

Ko baina ya fashe, babu komi. »

Même si mon dos se cassait, il n’y aurait rien de grave. »

 

Sai yarinyar ta ce : « To, shi ke nan. »

La fille dit : « Bon, d’accord. »

 

Ta fara, tana zuza, tana zuza, tana zuza, sai da ta zuza wani wuri, sai ban ya ɓare biyu.

Elle commença, elle frottait [le dos de la vieille], elle frottait, quand elle frotta un certain endroit, mais voilà qu’il s’est fendu en deux.

 

Sai ta ce : « Hum ! ba kun ga abin da nike nan ga gudu, ga shi ai ya zo : yanzu ai banku ya fashe ! »

Elle dit : « Ah ! Vous voyez, n’est-ce pas, ce que je cherchais à éviter est arrivé : à présent votre dos est cassé ! »

130

Tsohuwa ta ce mata : « Babu komi.

La vieille lui dit : « Il n’y a rien de grave.

 

Yanzu ki diba ki gani, mi kika gani ciki ? »

Et maintenant, regarde bien, qu’est-ce que tu vois à l’intérieur ? »

 

Ta ce : « Na ga ƴar batta ukku. »

Elle dit : « Je vois trois boîtes. »

 

Ta ce : « To, ki ɗauki babbassu duka, wadda a babbassu duka, ki ɗauko ta ki buɗe. »

Elle dit : « Bon, prends la plus grande de toutes, celle qui est la plus grande de toutes, tu la prends, tu l’ouvres. »

 

Yarinya ta ɗauko babbassu duka, ta buɗe.

La jeune fille prit la plus grande de toutes, elle l’ouvrit.

135

Tsohuwa ta ce mata : « Mi kika gani ciki ? »

La vieille lui dit : « Bon, qu’as-tu vu dedans ? »

 

Ta ce : « Ɗan ƙwai ukku. »

Elle dit : « Trois œufs. »

 

Ta ce : « To, yanzu sai ki ɗauki ƙwan nan ukku, ki je ki tahi rijiya, ki kawo ruwa. »

Elle dit : « Bon, à présent, prends les trois œufs, tu iras au puits chercher de l’eau. »

 

Ta tahi, ko da za ta tahi ma, tsohuwar ta ce mata : « Sai ki biya da ƙwan nan ukku.

Elle s’en alla, au moment de partir, la vielle lui dit : « Tu emportes les trois œufs.

 

In kinka tahi, kina jin tsuntsaye ga hanya, suna magana, suna zagin ki, amma ko sun zage ki, kak ki ce musu komi.

Lorsque tu partiras, en chemin, tu entendras des oiseaux qui parlent et qui t’insultent, mais bien qu’ils soient en train de t’insulter, ne leur dis rien.

140

Ke dai, ki yi shirunki.

Toi, tu te tais tout simplement.

 

In kika zo, in za ki komowa, ki biɗi inda akwai hwaƙo, sai ki hwashe ƙwan nan ukku.

Sur le chemin de retour, cherche un endroit où le sol est dur7, et tu casseras les trois œufs.

 

In kin ce : “In fashe”, in kin ji an ce miki : “Fashe mu sha jini”, duk kak ki fashe.

Si tu dis : “Dois-je casser [les œufs] ?” et que tu entends : “Casse pour que nous buvions du sang”, ne [les] casse pas.

 

In kin ji an yi shiru, sai ki fashe. »

Si tu n’entends rien, alors casse[-les]. »

 

Shi ke nan, yarinyar ta ɗauki tukunya, ta tahi neman ruwa, ta biya da ƙwanta ukku.

Alors, la jeune fille prit la jarre et partit chercher de l’eau, elle se remit en route avec ses trois œufs.

145

Da ta zo kan hanya, shi ke nan, sai ta iske tsuntsayen ga.

En route, à un moment donné, elle vint à passer à côté des oiseaux en question.

 

Suna nan suna magana, suna ta zaginta, suna ta zaginta.

Ils étaient là en train de parler, ils l’insultaient sans cesse, ils l’insultaient sans cesse.

 

Ita dai ba ta ce komi ba.

Mais elle, elle ne leur disait rien.

 

Ta tahi, ta ɗibi ruwanta, ta cika tukunyatta, za ta komawa.

Elle partit, elle puisa de l’eau, elle remplit sa jarre, et reprit son chemin.

 

Sai da ta iso ga wani hwaƙo, sai ta ce : « In fashe ? »

Parvenue à un endroit où le sol était dur, elle dit : « Dois-je casser [les œufs] ? »

150

Sai ta ji aka ce mata : « Fashe mu sha jini.

Elle entendit [une voix qui] lui dit : « Casse pour que nous buvions du sang.

 

— In fashe ?

— Dois-je [les] casser ?

 

Fashe mu sha jini. »

— Casse pour que nous buvions du sang. »

 

Na so ukku ta ce : « In fashe ? »

La troisième fois, elle dit : « Dois-je casser [les œufs] ? »

 

Sai ta ji shu, sai ta ɓaɓe ƙwan nan ga ƙasa, sai ga shi, bayu, tumaki, shanu, raƙumma.

Elle n’eut pas de réponse, elle jeta un œuf contre le sol, et voici des serviteurs, des moutons, des vaches, des dromadaires.

155

Sauran ƙwai biyu, ta ce : « In hwashe ?

Il restait deux œufs, elle dit : « Dois-je casser [les œufs] ?

 

— Hwashe mu sha jini.

— Casse pour que nous buvions du sang.

 

— In fashe ?

— Dois-je [les] casser ?

 

— Fashe mu sha jinni.

— Casse pour que nous buvions du sang ?

 

— In fashe ? »

— Dois-je [les] casser ? »

160

Shu…

Silence…

 

Sai ta fashe ƙwan : zinariya, tufahi, komi da komi dai na duniya ta samu.

Elle cassa les œufs : de l’or, des vêtements, toutes les choses du monde, elle les avait obtenues.

 

Shi ke nan, sai ta zo, ta taho gida, da duk abin da ta samu.

Elle rentra alors [auprès de la vieille femme] avec tout ce qu’elle a obtenu.

 

Aka zo aka shirya ta, aka gyara mata jiki, aka gyara mata kai, aka yi mata komi da komi, ta shirya za ta wurin biki.

On la prépara, on prit soin d’elle, on lui fit des tresses, on lui fit tout et tout, elle s’habilla pour se rendre à la fête.

 

Da za ta tahiya wurin biki ma, sai macen ta ce mata : « To yaki nan…

Comme elle s’apprêtait à partir, la vieille femme lui dit : « Bon, viens ici…

165

Wurin da za ki kin nan, wurin bikin nan, mutunen da za shi aure, ɗana ne.

L’endroit où tu te rends, l’endroit [où se déroule] cette fête-là, l’homme qui se marie, c’est mon fils.

 

Za a tambaye ki sunanshi.

On te demandera son nom.

 

Babu wanda ya san sunanshi.

Personne ne connaît son nom.

 

Amman ke, zan gaya miki sunanshi : sunanshi Askandarini Ɗan Hawwale Mai Maddibai.

Mais à toi, je vais te dire son nom : il s’appelle Askandarini Ɗan Hawwale Mai Maddibai.

 

In kika tahi, faɗi haka nan.

Lorsque tu seras là-bas, tu diras ainsi.

170

Ana tambayak ku, aso ukku hakanga : na farin da na biyu duka, kak ki gayi sunanshi, sai an kawo gare ki na aso ukku, sa’annan ki gayi sunanshi.

On vous [le] demandera trois fois : la première et la deuxième fois, ne dis pas son nom, [ne le dis que] lorsqu’on s’adressera à toi pour la troisième fois, alors tu diras son nom. »

 

Shi ke nan, yarinyar ta tahi.

Ce fut ainsi, et la jeune fille partit.

 

Da ta tahi ma, ko da abukkanta suka tsikaye ta tana zauke, waɗansu su ce : « Ah, Wance ta ! »

Elle partit [à la fête] et lorsque ses amies l’aperçurent en train de venir, les unes dirent : « Ah, c’est Une telle ! »

 

Waɗansu : « Kai ! Wa zai ba Wance wanga abu ?

D’autres dirent : « Oh non ! Qui pourrait avoir donné tant de choses à Une telle ?

 

Ina Wance ta samu wanga abu ? »

Comment Une telle aurait-elle pu se procurer tant de choses ? »

175

Waɗansu su ce : « Kai wance dai ta ! »

D’autres dirent : « C’est bien Une telle »

 

Waɗansu su ce : « Kai, Wance zati !

D’autres dirent : « Oh non, Une telle !

 

Wa zai ba ta wannan duka ?

Qui lui aurait donné tout cela ?

 

Wagga zinariya, wannan tufa masu kyawo, wa zai ba ta su ? »

Cet or, ces beaux vêtements, qui pourrait les lui avoir donnés ? »

 

Sai da ta iso, abukkanta duk suka gane da ita ce.

Lorsqu’elle arriva à leur hauteur, ses amies surent que c’était bien elle.

180

Sai suka fara tsuki, suna tsuki, suna tsuki, suna tsuki, suna cewa :

Elle se pinçaient les lèvres de dépit, elles pinçaient les lèvres, elles pinçaient les lèvres, elles disaient :

 

« Mun sani dai ba ta faɗin sunanshi !

« Il n’y a pas de doute là-dessus, elle ne saura pas dire son nom !

 

Ba ta san sunanshi ba ita ma. »

Elle non plus ne connaît pas son nom. »

 

Shi ke nan, sai saurayin mai aure ya taho.

Alors, le jeune homme qui devait se marier vint.

 

Ƴan matan suna jajjere hakan ga.

Les jeunes filles étaient alignées comme ça.

185

Sai ya zo ga ta farin, ya ce : 

Il s’approcha de la première et dit :

 

Faɗi sunana, mowata,

Dis mon nom, ma bien-aimée,

 

Faɗi sunana.

Dis mon nom.

 

Sai ta ce :

Elle dit :

 

Ban san ka ba, mowana,

Je ne te connais pas, mon bien-aimé,

190

Ban san ka ba.

Je ne te connais pas.

 

Sai ya ce mata : 

Il lui dit :

 

Ba ki san ni ba, mowata,

Tu ne me connais pas, ma bien-aimée,

 

Ba ki san ni ba,

Tu ne me connais pas,

 

Ba ki san ni ba, mowata,

Tu ne me connais pas, ma bien-aimée,

195

Jaye ganga.

Mets-toi à l’écart.

 

Sai ta jaye ganga.

Elle se mit à l’écart.

 

Shi ke nan, aka tahi wurin ta biyun, ya ce mata :

On alla alors vers la deuxième, il lui dit :

 

Faɗi sunana, mowata,

Dis mon nom, ma bien-aimée,

 

Faɗi sunana.

Dis mon nom.

200

Sai ta ce :

Elle dit :

 

Ban san ka ba, mowana,

Je ne te connais pas, mon bien-aimé,

 

Ban san ka ba.

Je ne te connais pas.

 

Sai ya ce mata :

Il lui dit :

 

Ba ki san ni ba, mowata,

Tu ne me connais pas, ma bien-aimée,

205

Ba ki san ni ba,

Tu ne me connais pas,

 

Ba ki san ni ba, mowata,

Tu ne me connais pas, ma bien-aimée,

 

Jaye ganga.

Mets-toi à l’écart.

 

Haka ne, haka ne, haka ne, sai da aka kai ga yarinyan nan, aka ce mata :

C’était ainsi, c’était ainsi, c’était ainsi, jusqu’à ce qu’on arrive chez la jeune fille, on lui dit :

 

Faɗi sunana, mowata,

Dis mon nom, ma bien-aimée,

210

Faɗi sunana.

Dis mon nom.

 

Sai ta ce : 

Elle dit :

 

Ban san ka ba, mowana,

Je ne te connais pas, mon bien-aimé,

 

Ban san ka ba.

Je ne te connais pas.

 

Sai ya ce mata :

Il lui dit :

215

Ba ki san ni ba, mowata,

Tu ne me connais pas, ma bien-aimée,

 

Ba ki san ni ba,

Tu ne me connais pas,

 

Ba ki san ni ba, mowata,

Tu ne me connais pas, ma bien-aimée,

 

Jaye ganga.

Mets-toi à l’écart.

 

Sai ta jaye ganga.

Elle se mit à l’écart.

220

Shi ke nan, ƴan matan duka suka ce : « He, ai daman mun ce ba ta san sunanshi ba… In ta faɗi sunanshi, ni dai, zan zama mata haka, haka. »

Alors, toutes les jeunes filles dirent : « Nous l’avions bien dit, elle ne connaît pas son nom… Si elle parvient à dire son nom, je me transformerai en ceci, en cela. »

 

Wagga ta ce : « Zan zamam mata tukunya ! »

L’une dit : « Je me transformerai en marmite pour elle ! »

 

Wagga ta ce : « Zan zamam mata matashi ! »

Une autre dit : « Je me transformerai en oreiller pour elle ! »

 

Wagga ta ce : « Zan zamam mata gado ! »

Une autre dit : « Je me transformerai en lit pour elle ! »

 

Wagga ta ce : « Zan zamam mata taɓarya ! »

Une autre dit : « Je me transformerai en pilon pour elle ! »

225

Wagga ta ce : « Zan zamam mata turmi ! »

Une autre dit : « Je me transformerai en mortier pour elle ! »

 

Sai guda lak ! daga cikinsu, ta ce : « Ni dai zan zamam mata abikkiya.

L’une d’entre elles, une seule, dit : « Moi, je serai pour elle une amie.

 

In dai ta faɗi sunanshi, ni dai zan zamam mata abikkiya. »

Si elle parvient à dire son nom, moi, je serai pour elle une amie. »

 

Shi ke nan, aka tahi aka yi na biyu, ba ta faɗi sunanshi ba.

On alla alors vers la jeune fille, on l’interrogea pour la deuxième fois8, elle ne dit pas le nom du jeune homme.

 

Sai shiga na ukku da aka kawo gare ta, sai aka ce :

On vint pour la troisième fois vers elle, on [lui] dit :

230

Faɗi sunana, mowata,

Dis mon nom, ma bien-aimée,

 

Faɗi sunana.

Dis mon nom.

 

Sai ta ce :

Elle dit :

 

Askandarini Ɗan Hawwale Mai Madubbai.

Askandarini Ɗan Hawwale Mai Madubbai.

 

Shi ke nan, kowa ya gigice.

Et tout le monde resta ébahi.

235

Waɗanda suka ce, za su zamam mata haka da haka, da haka, haka da haka, duka suka zamam mata.

Celles qui avaient dit qu’elles se transformeraient pour elles en ceci, en cela, en ceci, en cela, elles se transformèrent toutes [en ce qu’elles avaient dit].

 

Waɗansu suka zam tabarmi, waɗansu suka zam tukane, waɗansu zam taɓare, waɗansu suka zam… Abin da duk suka ce.

Les unes devinrent des nattes, d’autres des marmites, d’autres des pilons, d’autres… Tout ce qu’elles avaient dit.

 

Sai yarinyar nan guda, da ta ce ita dai in ta faɗi sunanshi, za ta zama abikkiyatta, sai ita kaɗai, ab ba ta birkice ba.

La jeune fille, celle qui avait promis que, si elle disait son nom, elle deviendrait son amie, elle était la seule qui ne se métamorphosa pas.

 

Shi ke nan, Askandarini Ɗan Hawwale ya auri yarinyagga, suka tahi, suka yi zamansu, suka yi zamansu.

Alors, Askandarini épousa la jeune fille, puis ils partirent s’installer dans leur nouvelle maison, et ils y vécurent.

 

Ita da waccan abikkiyar ta, suna nan, suna nan, haka nan, sai ran nan, ta tambaya a ba ta izini, ta tahi ta gano iyayenta.

Elle [l’épouse du fils du roi] était là avec son amie, elle était là avec son amie, il en était ainsi jusqu’à ce qu’un jour, elle demanda qu’on lui donne l’autorisation d’aller voir sa famille.

240

Shi ke nan da ta tahi, ko da ta zo gidansu ma, uwayenta suka gani, he ! ta yi arziki, ta yi kyawo, ta yi komi da komi.

Elle se rendit alors dans sa famille, et lorsqu’elle arriva et que sa mère et les autres femmes9 la virent, oh ! elle était riche, elle était belle, elle avait toutes sortes de choses.

 

Shi ke nan, sai ƙanuwarta, ɗiyar kishiyar uwatta, ta ce ita ma za ta tahiya, ta samo abin da yarta ta samo.

Alors, sa petite sœur, la fille de la coépouse de sa mère, dit qu’elle irait à son tour se procurer ce que sa grande sœur a obtenu.

 

Ta tahi, ta bi dajin, tana ta gudu, tana ta gudu, tana ta gudu, sai da ta zo ta iske tsoka da tsoka suna bugayya.

Elle partit, elle alla dans la brousse en question, elle courait, elle courait, elle courait, jusqu’à ce qu’elle trouve sur son chemin des lambeaux de chair qui se battaient.

 

Sai ta fara ƙyalƙyala dariya, ta yi ta dariya, ta yi ta dariya, babu wanda ya kula ta.

Elle éclata de rire, elle n’arrêtait pas de rire, elle n’arrêtait pas de rire, personne ne lui prêta attention.

 

Ta tahi, tana ta gudu, tana ta gudu, tana ta gudu, sai da ta zo ta gamu da samarin nan Hillani su biyu, suka ce mata : « Budurwa, ba ki so mu baki kitsen damo ? »

Elle partit, elle courait, elle courait, elle courait, jusqu’à ce qu’elle rencontre les deux jeunes Peuls, ils lui dirent : « Tu ne veux pas qu’on te donne de la graisse de varan ? »

245

Sai ta zage su.

Elle les insulta.

 

Ta ce : « Ku tahi ku bani wuri !

Elle dit : « Fichez-moi le camp !

 

Ni da za ni wurin biki, mi za ni yi da kitsen damo ? »

Moi qui vais à la fête, qu’ai-je à faire de la graisse de varan ? »

 

Sai shi ke nan, suka tahi, suka ƙyala ta, ta wuce.

Alors, les deux jeunes Peuls s’en allèrent, ils ne firent plus attention à elle.

 

Da ta tahi, sai ta zo ta iske tsohuwa, ƙafarta guda na Makka guda na Madina.

Elle partit, elle vint à passer devant la vieille dont un pied était à La Mecque, et l’autre à Médine.

250

Shi ke nan, sai Sai ta ce : « Tsohuwa gudda cinenki in wuce !

Elle dit alors : « Vieille, ôte tes jambes pour que je passe ! »

 

Sai tsohuwa ta ce mata : « Ɗiyata, cinenga nawa ba su jayuwa sai shafa musu kitsen damo. »

La vieille femme lui dit : « Ma fille, mes jambes que voilà, je ne peux les retirer qu’après qu’on les ait enduites de graisse de varan. »

 

Ta ce : « Da kitsen damo ? »

Elle dit : « Avec la graisse de varan ? »

 

Tsohuwa ta ce mata : « I. »

Elle lui dit : « Oui. »

 

Shi ke nan ta tahi, ta bi Hillanin nan.

Elle partit alors à la recherche des deux Peuls.

255

Ta zo ta ce musu su ba ta kitsen damo.

Elle arriva, elle leur demanda de lui donner de la graisse de varan.

 

Sai dai suka yi kirki, suka ba ta.

Ils se montrèrent gentils et ils lui [en] donnèrent.

 

Ta zo ta shafa ma tsohuwar, tsohuwat ta jaye cinenta.

Elle revint vers la vieille femme et l’enduisit, la vieille retira ses jambes.

 

Ta tahi, tana gudu, sai tsohuwar ta ce mata : « Ke waccan ke, komo ! »

Elle partit en courant, la vieille femme lui dit : « Toi là-bas, reviens ! »

 

Shi ke nan, ta komo, sai tsohuya ta tambaye ta, ta yi mata ruwan zahi ta yi wanka.

Alors, elle revint, et la vielle femme lui demanda de lui réchauffer de l’eau pour qu’elle se lave.

260

Ta ce : « In yi miki ruwan zahi, ni da za ni wurin biki, ina maza maza, zaki ce mini in yi miki ruwan zahi ? »

Elle dit : « Que je te réchauffe de l’eau, moi qui vais à la fête en étant si pressée, comment peux-tu dire que je te réchauffe de l’eau ? »

 

Shi ke nan, sai tsohuwa ta yi lallashinta dai, sai ta tsaya, ta yi mata ruwan zahi.

Alors, la vieille femme l’apaisa, elle s’arrêta et lui réchauffa de l’eau.

 

Ta ce mata : « To, yanzu sai ki kai mini su bayan gida, in yi wanka. »

Elle lui dit : « Bon, à présent, porte-la moi derrière l’habitation pour que je me lave. »

 

Ta ɗauka, ta tahi ta kai mata su, tsohuwa ta ce : « To, yanzu sai ki zo ki cuɗa ni.

Elle prit l’eau, elle la lui porta [derrière l’habitation], la vieille dit : « Bon, à présent, il faut que tu viennes me frotter le dos.

 

— In cuɗa ki ?

— Que je te frotte le dos ?

265

Ni bayan nan naku na tsohi, ni babu ruwana da shi !

Moi, votre dos de vieilles personnes, je m’en fiche !

 

In cuɗa ki ?

Te frotter le dos ?

 

Har ki tahi ki ɓare, sa’annan ki kawo mini wani aiki ! »

D’ici là que tu partes en morceaux et que tu me mettes dans le pétrin ! »

 

Tsohuwa ta ce mata : « Babu komi.

La vieille femme lui dit : « Ce n’est pas grave.

 

Ke dai cuɗa ni haka nan. »

Toi, frotte-moi le dos simplement. »

270

Shi ke nan, ta zo tana cuɗa tsohuwa, sai da bai ya fashe.

Elle se mit alors à frotter le dos de la vieille femme quand le dos se fendit.

 

Sai yarinyar ta ce : « To, kin ga abin da nike tsoro : yanzu ga shi nan bayanki ya fashe. »

La fille dit : « Ah ! Tu vois ce que je craignais : ton dos s’est cassé ! »

 

Tsohuwa ta ce : « Ba komi. »

La vieille lui dit : « Ce n’est pas grave.

 

Mi kika gani ciki. »

Que vois-tu dedans ? »

 

Ta ce : « Na ga ƴar batta ukku. »

Elle dit : « Je vois trois boîtes. »

275

Ta ce : « To, ƴan battan nan ukku, ki ɗauki wadda ta hi su girma duka. »

Elle dit : « Bon, [parmi] ces trois boîtes, prends celle qui est la plus grande. »

 

Ta ɗauko, tsohuwa ta ce mata : « Sai ki buɗe.

Elle prit [la boîte], la vieille lui dit : « Il faut que tu [l’]ouvres.

 

— In buɗe ?

— Que je [l’]ouvre ?

 

Na san abin da ke ciki ? » Tsohuwa ta ce mata : « Ke dai buɗe ! » Sai ta buɗe.

Est-ce que je sais ce qu’il y a dedans ? » La vieille lui dit : « Ouvre ! ». Alors, elle ouvre [la boîte].

 

Tsohuwa ta ce mata : « Mi kika gani ciki ? »

La vieille lui dit : « Que vois-tu dedans ? »

280

Ta ce : « Ƴan kwayaye ukku. »

Elle dit : « Trois œufs. »

 

Tsohuwa ta ce mata : « To, yanzu sai ki riƙe ƴan kwayayen nan, ki tahi rijiya, ki kawo mini ruwa.

La vieille lui dit : « Bon, maintenant garde ces œufs et va au puits chercher de l’eau.

 

In za ki tahiya rijiya, sai ki biya da ƴan kwayayen nan naki ukku.

En allant au puits, tu prendras les trois œufs.

 

A kan hanya, kin iske tsuntsaye, suna magana, suna zaginki.

En route, tu entendras des oiseaux qui parlent et qui t’insultent.

 

In sun zage ki ma, kak ki tsaya ki yi musu magana.

Bien qu’ils t’insultent, ne t’arrête pas pour leur parler.

285

Ke dai, ki ƙyale su.

Toi, tu ne leur prêtes pas attention.

 

In kinka isa, in za ki komowa, ki biɗi hwaƙo, sai ki ce : “In fashe ?”

Lorsque tu seras allée [au puits] et que tu seras sur le chemin de retour, tu cherches un sol dur, tu dis : “ Dois-je casser [les œufs] ?”

 

in kin ji an ce : “Fashe mu sha jini”, kak ki fashe.

Si tu entends dire : “Casse pour que nous buvions du sang”, ne [les] casse pas.

 

In kin ji an yi shuru, sai ki fashe. »

Si tu n’entends rien, tu les casses. »

 

Shi ke nan, yarinyar ta ɗauki tukunyar da ƙwayayenta, ta tahi.

Alors, la jeune fille prit la jarre et ses œufs, elle partit [chercher de l’eau].

290

Tana tahiya, tana tahiya, sai da ta zo kan hanya, sai ta iske tsutsaye, suna nan suna magana, suna zaginta.

Elle était en train de marcher, elle était en train de marcher quand elle vint à passer à côté des oiseaux en question, ils étaient là en train de parler en l’insultant.

 

Ba dai sun zage ta ba ?

N’est-ce pas qu’elle les avait entendus en train de l’insulter ?

 

Sai ta tsaya, ta zage su, ita ma ta rama.

Elle s’arrêta, elle les insulta, elle les insulta à son tour.

 

Ta tahi, ta wuce, ta kwaso ruwanta, za ta komowa, sai da ta iso ga wani hwaƙo, nan sai ta ce : « In fashe ? »

Elle passa, elle alla puiser de l’eau, elle était sur le chemin de retour, elle arriva à [un endroit où il y avait] un sol dur, elle dit : « Dois-je casser [les œufs] ? »

 

Sai aka ce mata : « Fashe mu sha jini. 

On lui dit : « Casse pour que nous buvions du sang. »

295

— In fashe ?

— Dois-je [les] casser ?

 

— Fashe mu sha jini. »

— Casse pour que nous buvions du sang. »

 

Shi ke nan, sai ta ɓaɓe ƙwayayen ga hwaƙo : sai ba ta samu komi ba, sai macizzai, kunamu, kutare, dud dai abubbuwan da ba su da kyawo, suka hito, suka canye ta.

Alors, elle jeta les œufs contre le sol dur : elle n’eut rien, et voici que des serpents, des scorpions, des lépreux, toutes sortes de créatures affreuses, sortirent et la dévorèrent.

 

Shi ke nan.

C’est fini.

Fatimane Moussa-Aghali

 


 

Notes:

1  Pour une adaptation en français du conte, cf. Fatimane Moussa-Aghali 2005: 79-93.

2  Il s’agit de áduwàa, arbre de la savane soudano-sahélienne connu sous le nom de Balanites ægyptiaca..

3  gambàa : graminée sauvage des régions tropicales (Poacées Andropogon gayanus ; nom commun « Gamba grass »). Elle est utilisée en pharmacopée traditionnelle et pour confectionner les toits de chaume ou des nattes. On trouve également en haoussa le nom de jimfi (ALIYU, M. A. et alii, « Antioxidant properties of selected Poaceae species in Kano, Northern Nigeria », European Journal of Biomedical and Pharmaceutical sciences, ISSN 2349-8870, Volume 4, Issue 5, 577-585, http://www.ejbps.com).

4  Traduction de la formule de début de conte Kun ji kun ji !… ; mot à mot : « Vous avez entendu, vous avez entendu !… ».

5    Voir note 3.

6    Traduction de bayan gida : espace situé derrière l’habitation ou derrière une case, isolé par une cloison, où se trouvent les latrines et la fosse septique, et où l’on se lave.

7    Traduction de hwaƙòo : sol argileux qui retient l’eau en saison des pluies et qui sèche et durcit en saison sèche.

8    Mot à mot : « on fit la deuxième fois ».

9    Traduction de uwayenta « ses mères ».

Yarintata

 

Yarintata
Mon enfance

(Récit de vie)

 

Fiche libraire

 

Auteur

Fatimane MOUSSA-AGHALI

Titre

Yarintata [Mon enfance]

Éditeur

Ellaf Éditions

Lieu

Lagny sur Marne (France)

Pagination

76 pages : pp. 1-62, texte haoussa ; pp. 63-76, résumé

Langue

haoussa

Format

12 cm x 18 cm

ISBN

978-2-491422-03-5

Date de parution

26/03/2021

Date de dépôt légal

26/03/2021

Descriptif

Récit de vie racontant l’enfance d’une fille de fonctionnaire touareg à travers le Niger

Mots-clés

haoussa, Niger, Nigeria — écriture littéraire ; récit de vie — enfance ; scolarité de filles

Présentation

Le livre

Fatimane Moussa-Aghali évoque dans ce récit les souvenirs de son enfance, ses jeux, son entrée à l’école française et le difficile parcours scolaire qu’est le sien, celui d’une fillette touarègue au Niger.

La première édition du récit a paru dans la revue Binndi e jaŋde en 1982 et 1983. Le récit a été ensuite repris en 2000 par les éditions Albasa à Niamey.

L’auteure

Fatimane Moussa-Aghali est née à Bonkoukou au Niger. Elle vit actuellement en France. Après avoir étudié à l’INALCO le touareg, le peul et le haoussa, elle soutient, à l’Université de Paris III, une thèse de doctorat sur cette dernière langue, à laquelle elle a consacré un ouvrage et des articles. Aujourd’hui, elle écrit des contes en haoussa à l’intention du public scolaire.

La langue

Le haoussa est l’une des principales langues africaines. Il est parlé par une soixantaine de millions de locuteurs, principale­ment au Nigeria et au Niger, et dans les États qui leur sont limitrophes.

Voir : http://ellaf.huma-num.fr/litteratures/litterature-en-haoussa/

 

 

Lire le livre en ligne

 

Yarintata Intérieur 20210315 bis
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