Lillel (version courte)

 

Mots-clés

peul, fulfulde de l’Aadamaawa (Cameroun et États voisins) — oralité, conte, taalol —marâtre, mare, monstre, mare, yeux crevés, orpheline

Production du corpus

Conteuse: Djam Doûdou a 55 ans. Elle ne s’exprime qu’en fulfulde. Elle est née à Hodandé [Hoɗannde] Dargala. Mariée, elle n’a jamais eu d’enfant. Elle a appris à conter auprès de sa mère et de sa grand-mère. Quand elle était petite, elle savait beaucoup de contes. Maintenant, elle en a oublié beaucoup.

Contexte de production

Hodandé [Hoɗannde] (Dargala) 17/04/2012

Le conte a été enregistré dans une case, dans la matinée, suite à un rendez-vous pris avec la conteuse.

Descriptif

Lillel, fille de roi, est orpheline de mère. Quand le roi est parti, la marâtre demande à la fillette de lui baratter du lait dans une gourde. L’enfant se salit et la marâtre l’envoie se laver à la mare de Hoursou, où habite un monstre. A son retour, le roi demande à sa femme où se trouve Lillel. La femme lui ment en disant que Lillel lui a désobéi et qu’elle est partie sans qu’on sache où elle est allée. Le roi découvre le mensonge. Lillel crève les yeux de sa marâtre qui meurt. Lillel s’acharne sur le cadavre en lui donnant des coups au passage.

Conte tronqué. La conteuse en a donné ici une version incomplète.

Conte avec chant.

Collecte et édition

Collecté sous la direction de: Hadidja Konaï

Image et son: Henry Tourneux

Transcription et traduction: Boubakary Abdoulaye et Henry Tourneux

Annotation: Henry Tourneux

 

 

 

 

 

 

 

– Lutti nayaɓol na ? – Il en reste un quatrième ? [La conteuse demande si elle doit ajouter un autre conte]
Ooho ! Oui ! [répond Hadidja]
[Rires de la conteuse] [Rires de la conteuse]
Madam oo ! – Madame !
Ɗaldugo men bee haalaaji. – [Dans l’auditoire :] Nous laisser avec les paroles…
Taa suddu nga kam! Ne le couvre pas ! [H. demande à la conteuse de ne pas couvrir le micro avec son pagne]
Maɓɓita nga na ? – Je dois le découvrir ?
Ooho ! Ooho ! Haa en nanra ! Oui, oui ! Pour que nous entendions avec !
Yoo ! Mi faami ! – Bon ! J’ai compris !
En taalan Lillel kadi ? Nous allons donc conter Lillel ? [demande Hadidja]
Mhm ! Bajjel ! – Oui ! Bajjel1 !
Eehe ! Oui !
Kanngel ngeel kadi, C’est donc lui [le conte de Lillel Bajjel] [que nous allons conter].
min keɓ-, mi heɓtaay haala maajum, Nous n’av-, je ne me souviens plus de cette histoire [que j’avais prévue].
mbiimi ndikka o waɗa ngol kanngol ngool kadi caka maaji. J’ai dit qu’il vaut mieux qu’on mette celui-ci parmi eux [i.e. dans la liste des contes prévus].
Ooho ! Oui !
Lillel oo, Cette Lillel,
Mhm ! Mhm !
baaba maagel, laamɗo, son père est roi.
dilli jahaangal, Il est parti en voyage
wii yaadikko yoo : et a dit à sa marâtre [à la marâtre de Lillel] :
« Lillel am oo, taata o wurtoo. « – Ma chère Lillel, qu’elle ne sorte pas !
– Yoo, wooɗi, o wurtataako. » – Bon, bien ! Elle ne sortira pas. »
Laamɗo dilli ni, Dès que le roi est parti,
kanko kam o hooƴi faandu o loowi kosam, elle, elle a pris une gourde et a versé du lait dedans,
o wii Lillel : « War nyaaƴ ! » et elle a dit : « Lillel, viens baratter ! »
Jooɗi, ɗon nyaaƴa ni, Elle s’asseoit, et dès qu’elle se met à baratter,
kosam fuŋi dow mum. le lait l’éclabousse.
Nganyaandi ! – La méchanceté ! [exclamation dans l’auditoire]
O wii Lillel : Elle dit à Lillel :
« Umma dillu haa weendu Hursuuru ! » « – Lève-toi et va [te laver] à la mare de Hursuuru ! »
Weendu boo haa caka laddeeji toon, kuujeeji fuu ngoni ; Cette mare se touve en pleine brousse, tous les animaux sauvages s’y trouvent ;
ko nyaamata fuu. tout ce qui dévore.
Jam, Lillel tokki laawol. Puis, Lillel a pris la route.
– Waay Alla am ! – Oh mon Dieu ! [exclamation dans l’au­ditoire]
Ɓe potti e Lillel. Lillel a rencontré des gens.
[chant] – Lillel, toy njaataa ? [chant] – Lillel, où vas-tu ?
Lillel Bajjel, toy njaataa ? Lillel Bajjel, où vas-tu ?
Hursuuru njahanmi ! – C’est à Hursuuru2 que je vais !
Hursuuru njahanmi ! C’est à Hursuuru que je vais !
Hursuuru ndu koole ! Le Hursuuru des Mitragyna inermis3 !
Kosam fiiti, dawdamaari ! Le lait a fait des éclaboussures, dawda­maari !
Hursuuru njahanmi ! C’est à Hursuuru que je vais !
« – Lillel am lora yaa huucu ! » « – Ma chère Lillel, fais demi-tour, rentre à la maison ! »
Mhm ! Mhm !
Lillel saali, oo boo yaali : Lillel est passée, une autre personne aussi est passée par là :
[chant] – Lillel, toy njaataa ? [chant] – Lillel, où vas-tu ?
Lillel Bajjel, toy njaataa ? Lillel Bajjel où vas-tu ?
Hursuuru njahanmi ! C’est à Hursuuru que je vais !
Hursuuru njahanmi ! C’est à Hursuuru que je vais !
Hursuuru ndu koole ! Le Hursuuru des Mitragyna inermis !
Kosam fiiti, dawdamaari ! Le lait a fait des éclaboussures, dawdamaari !
Hursuuru, njahanmi ! C’est à Hursuuru que je vais !
« – Lillel am lora yaa huucu ! » « – Ma chère Lillel, fais demi-tour et rentre à la maison ! »
Fotti e oo boo : Elle a rencontré quelqu’un d’autre.
[chant] – Lillel, toy njaataa ? [chant] – Lillel, où vas-tu ?
Lillel Bajjel, toy njaataa ? Lillel Bajjel, où vas-tu ?
– Hursuuru njahanmi ! – C’est à Hursuuru que je vais !
Hursuuru njahanmi ! C’est à Hursuuru que je vais !
Hursuuru ndu koole ! Le Hursuuru des Mitragyna inermis !
Kosam fiiti, dawdamaari ! Le lait a fait des éclaboussures, dawda­maari !
Hursuuru njahanmi ! C’est à Hursuuru que je vais !
« – Lillel am lora yaa huucu ! » « – Ma chère Lillel, fais demi-tour et rentre à la maison ! »
[chant] – Lillel, toy njaataa ? [chant] – Lillel, où vas-tu ?
Lillel Bajjel, toy njaataa ? Lillel Bajjel où vas-tu ?
Hursuuru njahanmi ! C’est à Hursuuru que je vais !
Hursuuru njahanmi ! C’est à Hursuuru que je vais !
Hursuuru ndu koole ! Le Hursuuru des Mitragyna inermis !
Kosam fiiti, dawdamaari ! Le lait a fait des éclaboussures, dawdamaari !
Hursuuru, njahanmi ! C’est à Hursuuru que je vais !
« – Lillel am lora yaa huucu ! » « – Ma chère Lillel, fais demi-tour et rentre à la maison ! »
[chant] – Lillel, toy njaataa ? [chant] – Lillel où vas-tu ?
Lillel Bajjel, toy njaataa ? Lillel Bajjel où vas-tu ?
Hursuuru njahanmi ! C’est à Hursuuru que je vais !
Hursuuru njahanmi ! C’est à Hursuuru que je vais !
Hursuuru ndu koole ! Le Hursuuru des Mitragyna inermis !
Kosam fiiti, dawdamaari ! Le lait a fait des éclaboussures, dawdamaari !
Hursuuru njahanmi ! C’est à Hursuuru que je vais !
Ɗon ni haa Lillel fotti bee fowru. Ainsi jusqu’à ce que Lillel rencontre l’Hyène.
[chant] – Lillel, toy njaataa ? [chant] – Lillel où vas-tu ?
Lillel Bajjel, toy njaataa ? Lillel Bajjel où vas-tu ?
Lillel, toy njaataa ? Lillel où vas-tu ?
Lillel Bajjel, toy njaataa ? Lillel Bajjel où vas-tu ?
O wii : Elle dit :
[chant] – Hursuuru njahanmi ! [chant] – C’est à Hursuuru que je vais !
Hursuuru njahanmi ! C’est à Hursuuru que je vais !
Hursuuru ndu koole ! Le Hursuuru des Mitragyna inermis !
Kosam fiiti, dawdamaari ! Le lait a fait des éclaboussures, dawdamaari.
Hursuuru njahanmi ! C’est à Hursuuru que je vais !
« – Lillel am lora yaa huucu ! » « – Ma chère Lillel, fais demi-tour et rentre à la maison ! »
Kadi boo nga lori zey ! zey ! zey ! Et l’hyène a fait demi-tour [pour croiser Lillel à nouveau], zey, zey zey !
[Rire dans l’auditoire] [Rires dans l’auditoire]
[chant] – Lillel, toy njaataa ? [chant] – Lillel où vas-tu ?
Lillel Bajjel, toy njaataa ? Lillel Bajjel où vas-tu ?
Hursuuru njahanmi ! C’est à Hursuuru que je vais !
Hursuuru njahanmi ! C’est à Hursuuru que je vais !
Hursuuru ndu koole ! Le Hursuuru des Mitragyna inermis.
Kosam fiiti, dawdamaari ! Le lait a fait des éclaboussures, dawdamaari !
Hursuuru njahanmi ! C’est à Hursuuru que je vais !
« – Lillel am lora yaa huucu ! » « – Ma chère Lillel, fais demi-tour et rentre à la maison ! »
Laamɗo’en mbangiti. Le roi et ses gens ont fait leur apparition.
Goɗɗo wii : « Ɗoo, naa ɗum Lillel ? Quelqu’un a dit : « Elle, n’est-ce pas Lillel ?
– Lillel ? » – Lillel ? » [s’étonne le roi].
O wii : « Piirnanee yam mo daande ! » [Le roi] a dit : « Faites-lui-moi sauter le cou ! »
Ɓe piirni varrr ! On le lui a fait sauter, varr !
Ɓe puɗɗiti. Ils ont repris [leur marche].
Nga loroyi : [L’Hyène] a fait demi-tour.
[chant] – Lillel, toy njaataa ? [chant] – Lillel où vas-tu ?
Lillel Bajjel, toy njaataa ? Lillel Bajjel où vas-tu ?
Lillel, toy njaataa ? Lillel où vas-tu ?
Lillel Bajjel, toy njaataa ? Lillel Bajjel où vas-tu ?
– Hursuuru njahanmi ! – C’est à Hursuuru que je vais !
Hursuuru ndu koole ! Le Hursuuru des Mitragyna inermis !
Kosam fiiti, dawdamaari ! La lait a fait des éclaboussures, dawdamaari !
Hursuuru, njahanmi ! C’est à Hursuuru que je vais !
« – Lillel am lora yaa huucu ! » « – Ma chère Lillel, fais demi-tour et rentre à la maison ! »
Kadi boo, oo boo wii Lillel ɗon wara. Un autre [membre de la suite du roi] dit que Lillel est en train de venir.
Ɓe piirni ɗum daande. On lui a fait sauter le cou.
Ɓe puɗɗiti wargo. Ils on repris [leur marche].
[chant] – Lillel, toy njaataa ? [chant] – Lillel où vas-tu ?
Lillel Bajjel, toy njaataa ? Lillel Bajjel où vas-tu ?
– Hursuuru njahanmi ! – C’est à Hursuuru que je vais !
Hursuuru ndu koole ! Le Hursuuru des Mitragyna inermis !
Kosam fiiti, dawdamaari ! Le lait a fait des éclaboussures, dawdamaari !
Hursuuru njahanmi ! C’est à Hursuuru quu je vais !
« – Lillel am lora yaa huucu ! » « – Ma chère Lillel, fais demi-tour et rentre à la maison ! »
Oo boo wii o ɗon wara. Un autre [membre de la suite du roi] dit qu’elle vient.
Ɓe mbii : « Booɗɗum ! » Ils ont dit : « Très bien ! »
Ɓe mbangiti. Ils sont de nouveau apparus [devant Lillel].
[chant] – Lillel, toy njaataa ? [chant] – Lillel où vas-tu ?
Lillel Bajjel, toy njaataa ? Lillel Bajjel où vas-tu ?
– Hursuuru njahanmi ! – C’est à Hursuuru que je vais !
Hursuuru ndu koole ! Le Hursuuru des Mitragyna inermis !
Kosam fiiti dawdamaari ! Le lait a fait des éclaboussures, dawdamaari !
Hursuuru njahanmi ! C’est à Hursuuru que je vais !
Ɓe mbangiti. Ils ont fait leur apparition à nouveau.
« – Lillel, ko waddu ma ? » « – Lillel pourquoi es-tu venue [ici] ? »
O wii : « Yaadikko am wii sey mi dilla weendu Hursuuru mi yiiwoo. » Elle dit : « Ma marâtre m’a dit d’aller me laver à la mare de Hursuuru. »
Ɓe kooci mo ɓe koori saare. Ils l’ont prise et l’ont ramenée à la maison.
Laamɗo warti, yottiti saare : Le roi est revenu et a regagné sa maison.
« – Ee toy Lillel am kam ? « – Et où est ma chère Lillel ? [demande-t-il à son épouse].
– Kayya ! Laamɗo am, munyaa mi defane nyaamaa ni. » – Voyons, mon roi ! Attends d’abord que je te prépare à manger ! » [dit la femme du roi].
O defi, laamɗo nyaami. Elle a fait la cuisine et le roi a mangé.
« – Ee toy Lillel am kam ? « – Et où est ma chère Lillel ?
– Kayya ! Laamɗo am, caanindiren lee ! » – Voyons, mon roi ! Échangeons des salutations entre nous ! »
Ɓe caanindiri. Ils ont échangé des salutations.
« – Ee toy Lillel am ? « – Et où est ma chère Lillel ?
– Kayya ! Laamɗo am, waala lee, ciiwtooɗaa ! » – Voyons, mon roi ! Couche-toi et repose-toi ! »
O waali, o siiwti. Il s’est couché et s’est reposé.
« – Lillel maa oo, o semtataa. « – Ta Lillel, elle n’a pas de pudeur !
Iga keenya o wurti. Depuis hier elle est sortie.
Miin, mi anndaa toy o dilli. » Moi, je ne sais pas où elle est allée. »
[Rire] [Rires dans l’auditoire]
(Fewre ɓaleere kurum !) (Gros mensonge !) [s’exclame quelqu’un]
[Rire] [Rires]
« – O semtataa, o dilluɗo. « – Elle n’a pas de pudeur, elle est partie !
Miin, mi anndaa e o waɗata fuu. Moi, je ne sais pas là où elle va !
Ko ndilluɗaa, o nanantaa yam. » Depuis que tu es parti, elle ne m’obéit pas ! »
Laamɗo wii : « Booɗɗum ». Le roi a dit : « Très bien ! »
Jam, Puis,
(Ooho ! Yaadikko wooɗaay haa toy fuu !) (Oui ! Les marâtres sont toujours méchantes !) [exclamation dans l’auditoire].
ɓe ndokki Lillel duweeje. ils ont donné à Lillel des aiguilles à cheveux.
Yaadikko wari turi dow mum. La marâtre est venue se pencher sur elle.
Lillel, ɓe loowi ɗum nder buuhuure. Lillel, on l’a fourrée dans un sac.
Lillel wurwiti gite maako fuu. Lillel lui [marâtre] a crevé les yeux.
(Haala timmi !) (L’affaire est terminée !) [exclamation dansl’auditoire]
[Rire] [Rires]
O do’’i, o maayi. Elle est tombée morte !
Ɓe ɓoli mo, ɓe ngaddi laral ɓe ɓili e dammugal. On l’a dépouillée de sa peau et l’on a accroché [cette] peau à la porte.
Lillel yaala faɗɗa, yaalta faɗɗa ! Lillel passe et tape dessus, passe et retape dessus.
Naasta suudu ! Elle entre dans la maison !
Takkaande bojel ! [Marmite] hermétiquement scellée du Lièvre !
Takkitaande bojel ! [Marmite] descellée du Lièvre !

Corpus inédit, © Copyright Henry Tourneux

 


 

Notes:

1. Précédemment, la conteuse avait établi avec Hadidja une liste de contes qu’elle allait nous interpréter. Dans cette liste, il y avait un certain conte dont la conteuse ne se souvient plus sur le moment. Elle propose donc de le remplacer par « Lillel Bajjel ». Bajjel : « enfant unique ».

2. Hursuuru : « la mare de Hoursou ».

3. Arbre buissonnant de la famille des Rubiacées, qui pousse dans les bas-fonds ou au bord des mares. Utilisé en pharmacopée.

Asta mo Kâdanâri (deuxième version)

 

Mots-clés

peul, fulfulde de l’Aadamaawa (Cameroun et États voisins) — oralité, conte, chantefable, taalol — fille de roi, fille de pauvre, riche, pauvre, jalousie, beauté

Production du corpus

Conteuse: Djam Doûdou a 55 ans. Elle ne s’exprime qu’en fulfulde. Elle est née à Hodandé [Hoɗannde] Dargala. Mariée, elle n’a jamais eu d’enfant. Elle a appris à conter auprès de sa mère et de sa grand-mère. Quand elle était petite, elle savait beaucoup de contes. Maintenant, elle en a oublié beaucoup.

Contexte de production

Hodandé [Hoɗannde] (Dargala) 06/03/2011

Descriptif

Asta mo Kâdanâri est la fille d’un roi. Elle est très belle. Il y a également une Asta mo Kâdanâri qui est la fille d’un pauvre. Elle est aussi très belle. Asta mo Kâdanâri, la fille du roi veut voir Asta mo Kâdanâri la fille du pauvre qu’on prétend être plus belle qu’elle. La fille du roi va de village en village. Elle chante. Dans sa chanson, elle demande à voir la fille du pauvre. La fille du roi arrive enfin dans le village de la fille du pauvre. La fille du pauvre lui répond en chanson. La fille du pauvre lui dit qu’elle est la personne qu’elle recherche. La fille du pauvre apparaît. Asta mo Kâdanâri, la fille du pauvre est plus belle que la fille du roi. Asta mo Kâdanâri, la fille du roi pousse une exclamation et meurt.

Conte avec chant.

Reprise du conte “Asta mo Kaadanaari / Asta mo Kâdanâri”. Version très schématique.

Collecte et édition

Collecté sous la direction de: Hadidja Konaï

Image et son: Henry Tourneux

Transcription et traduction: Boubakary Abdoulaye et Henry Tourneux

Annotation: Henry Tourneux

 

 

 

 

 

 

(Rire)

(Rire)

Asta mo Kaadanaari boo,

Asta mo Kaadanaari boo,

Mhm !

Mhm !

on boo, ɓii laamɗo ;

elle, elle est fille de chef ;

oya boo, ɓii laafuɗo.

quant à l’autre, elle est fille de pauvre.

Ɓe mbi’i ɗum :

On lui dit :

« – Sike Asta, meere kafataa :

« – Tu sais, Asta, tu te vantes sans raison :

ɓii laafuɗo ɗon bana maa ninnoon ɗon, ɓurete wooɗgo ma piw !

il y a une fille de pauvre qui est comme toi, qui te surpasse même en beauté, de loin !

–’M’mm ! Ayyee ! Miin o’oon ɓii laafuɗo ɓurammi wooɗgo ? »

– Comment ! Moi, une fille de pauvre qui me surpasse en beauté ? »

Hii ! Ɓe mbi’a mo ka !

Oui ! On lui dit ça !

Tokkii ni, hannde sey…

Et ainsi de suite. « Aujourd’hui, il faut que… »

O wi’i baaba maako :

Elle dit à son père :

« Sey to mi laaroyi tokora am ɓe mbi’i ɓuranɗo am wooɗgo oo. »

« Il faut que j’aille voir mon homonyme dont on dit qu’elle me surpasse en beauté. »

Mhm !

Mhm !

Baaba wi’i : « Bisimilla ! »,

Le père dit : « Bisimilla ! »,

hooƴi wiirɓe mum, ɓe mba’’ii pucci,

il prit ses notables, ils montèrent à cheval,

ɓe ndilli, ɓe ngurtake.

ils s’en allèrent et sortirent [du village].

Ɓe njaali wuro Asta :

[Quand] ils arrivèrent à proximité du villade de [l’autre] Asta, [ils demandèrent] :

chant – Moy woni Asta mo Kaaaadanaarii?

chant Qui est Asta mo Kaadanaari ?

Mo daɗɗaaree njamndii,

Celle qui a un tapis de selle en fer1,

Mo gabbii kurantaa,

Celle que les hippopotames appellent [comme leur petit],

Mo geelooɗi mboyantaa,

Après laquelle pleurent les dromadaires,

Mo illii talaaɗi

Celle à l’étagère bien rangée

Mo ngari ceeeeki lesdii ?

Celle à qui l’on est venu fendre le sol ?

Mhm !

Mhm !

– Asta, naa ɗoo woni !

– Asta, ce n’est pas ici qu’elle se trouve !

Mhm !

Mhm !

Asta yeesoowo !

Asta est dans le prochain village !

chant – Moy woni Asta mo Kaaaadanaarii ?

chant – Qui est Asta mo Kaadanaari ?

Mo daɗɗaaree njamndii,

Celle qui a un tapis de selle en fer,

Mo gabbii kurantaa,

Celle que les hippopotames appellent [comme leur petit],

Mo geelooɗi mboyantaa,

Après laquelle pleurent les dromadaires,

Mo illii talaaɗi

Celle à l’étagère bien rangée

Mo ngari ceeeeki lesdii ?

Celle à qui l’on est venu fendre le sol ?

– Asta naa ɗoo woni,

– Asta, ce n’est pas ici qu’elle se trouve.

Asta wuro yeesoowo !

Asta est dans le prochain village !

Mhm !

Mhm !

Kadi boo, ɓe caalake.

De nouveau, ils passèrent.

chant – Moy woni Asta mo Kaaaadanaarii ?

chant – Qui est Asta mo Kaadanaari ?

Mo daɗɗaaree njamndi,

Celle qui a un tapis de selle en fer,

Mo gabbii kurantaa,

Celle que les hippopotames appellent [comme leur petit],

Mo geelooɗi mboyantaa,

Après laquelle pleurent les dromadaires,

Mo illii talaaɗi

Celle à l’étagère bien rangée

Mo ngari ceeeeki lesdii ?

Celle à qui l’on est venu fendre le sol ?

– Asta, naa ɗoo woni,

– Asta, ce n’est pas ici qu’elle se trouve.

Asta yeesoowo !

Asta est dans le prochain village !

chant – Moy woni Asta mo Kaaaadanaarii ?

chant – Qui est Asta mo Kaadanaari ?

Mo daɗɗaaree njamndi,

Celle qui a un tapis de selle en fer,

Mo gabbii kurantaa,

Celle que les hippopotames appellent [comme leur petit],

Mo geelooɗi mboyantaa,

Après laquelle pleurent les dromadaires,

Mo illii talaaɗi

Celle à l’étagère bien rangée

Mo ngari ceeeeki lesdii ?

Celle à qui l’on est venu fendre le sol ?

– Asta, haa yeesoowo !

– Asta est dans le prochain village !

chant – Moy woni Asta mo Kaaaadanaarii ?

chant – Qui est Asta mo Kaadanaari ?

Mo daɗɗaaree njamndi,

Celle qui a un tapis de selle en fer,

Mo gabbii kurantaa,

Celle que les hippopotames appellent [comme leur petit],

Mo geelooɗi mboyantaa,

Après laquelle pleurent les dromadaires,

Mo illii talaaɗi

Celle à l’étagère bien rangée

Mo ngari ceeeeki lesdii ?

Celle à qui l’on est venu fendre le sol ?

Ɓe ndoggi ɓe njehi ɓe maatini Asta’en boo.

On courut avertir [l’autre] Asta et les siens.

Asta’en boo ngaɗi dabare, mooɓti dunyaaru.

Asta et les siens ont adopté une stratégie, et ils ont réuni tout le monde.

Mhm !

Mhm !

Ɓe naasti wuro :

[Les autres] sont entrés dans le village :

chant – Moy woni Asta mo Kaaaadanaarii ?

chant – Qui est Asta mo Kaadanaari ?

Mo daɗɗaaree njamndi,

Celle qui a un tapis de selle en fer,

Mo gabbii kurantaa,

Celle que les hippopotames appellent [comme leur petit],

Mo geelooɗi mboyantaa,

Après laquelle pleurent les dromadaires,

Mo illii talaaɗi

Celle à l’étagère bien rangée

Mo ngari ceeeeki lesdii ?

Celle à qui l’on est venu fendre le sol ?

Mhm !

Mhm !

Asta wi’i :

Asta dit :

chant – Miin woni Asta mo Kaaaadanaarii,

chant – C’est moi qui suis Asta mo Kaadanaari !

Mo daɗɗaaree njamndi,

Celle qui a un tapis de selle en fer,

Mo gabbii kurantaa,

Celle que les hippopotames appellent [comme leur petit],

Mo geelooɗi mboyantaa,

Après laquelle pleurent les dromadaires,

Mo illii talaaɗi

Celle à l’étagère bien rangée

Mo ngari ceeeeki lesdii.

Celle à qui l’on est venu fendre le sol ?.

– Moy woni Asta mo Kaaaadanaarii ?

– Qui est Asta mo Kaaaadanaarii ?

Mo daɗɗaaree njamndi,

Celle qui a un tapis de selle en fer,

Mo gabbii kurantaa,

Celle que les hippopotames appellent [comme leur petit],

Mo geelooɗi mboyantaa,

Après laquelle pleurent les dromadaires,

Mo illii talaaɗi

Celle à l’étagère bien rangée

Mo ngari ceeeeki lesdii ?

Celle à qui l’on est venu fendre le sol ?

– Miin woni Asta mo Kaaaadanaarii,

– C’est moi qui suis Asta mo Kaadanaari !

Mo daɗɗaaree njamndi,

Celle qui a un tapis de selle en fer,

Mo gabbii kurantaa,

Celle que les hippopotames appellent [comme leur petit],

Mo geelooɗi mboyantaa,

Après laquelle pleurent les dromadaires,

Mo illii talaaɗi

Celle à l’étagère bien rangée

Mo ngari ceeeeki lesdii.

Celle à qui l’on est venu fendre le sol ?

Asta wurti her dammugal ninnoon,

Asta [fille de pauvre] sortit à la porte ainsi,

O toon haa yolnde.

et [l’autre Asta] se trouve là-bas au seuil [de la concession].

O waɗi hiw !

Elle a fait hiw !

(Rire)

(Rire)

O tawi Asta ɓuri mo wooɗgo.

Elle a constaté que l’Asta [fille de pauvre] était plus belle qu’elle.

(Rire)

(Rire)

Asta maayi !

Asta est morte !

Takkaande bojel !

Formule de clôture !

Corpus inédit, © Copyright Henry Tourneux

 


 

Notes:

1  Cette phrase et les suivantes sont un éloge en forme de devise.

Lillel (version longue)

 

Mots-clés

peul, fulfulde de l’Aadamaawa (Cameroun et États voisins) — oralité, conte, taalol — orpheline, marâtre, mare, lait, aiguille, yeux crevés

Production du corpus

Conteuse: Djam Doûdou a 55 ans. Elle ne s’exprime qu’en fulfulde. Elle est née à Hodandé [Hoɗannde] Dargala. Mariée, elle n’a jamais eu d’enfant. Elle a appris à conter auprès de sa mère et de sa grand-mère. Quand elle était petite, elle savait beaucoup de contes. Maintenant, elle en a oublié une bonne partie.

Contexte de production

Hodandé [Hoɗannde] (Dargala) 06/03/2011

Conte enregistré suite à rendez-vous pris avec la conteuse

Descriptif

Lillel, fille de roi, est orpheline. Son père lui interdit de sortir de la maison, mais sa marâtre l’y contraint. A la fin, l’orpheline crève les yeux de sa marâtre.

Conte avec chant

Collecte et édition

Collecté sous la direction de: Hadidja Konaï

Image et son: Henry Tourneux

Transcription et traduction: Boubakary Abdoulaye et Henry Tourneux

Annotation: Henry Tourneux

 

 

 

 

 

 

(Rires)

(Rires)
Yoo ! Bisimilla ! Lillel na ? Bon ! Bisimilla1 ! [Le conte de] Lillel2 ?
Mhm ! Mhm !
Lillel boo, ɓii laamɗo ! La Lillel en question, elle est fille de roi !
Laamɗo danyi mo. C’est un roi qui l’a mise au monde.
Ooho ! Ooho !
Laamɗo yiɗaa o wurtoo sam, Le roi ne veut absolument pas qu’elle sorte.
O gooto pal, o mari mo. Il n’y a qu’elle qu’il a.
Mhm ! Mhm !
Laamɗo dillan jahaangal. Le roi s’apprête à partir en voyage.
O wi’i debbo mum yoo, o yaadikko : Il dit à sa femme, c’est une marâtre3 :
« Useni, Lillel am oo, taa o wurtoo ! « S’il te plaît, ma chère Lillel, il ne faut pas qu’elle sorte !
Mhm ! Mhm !
To mi dilli, Quand je serai parti,
useni, taa accu o wurtoo o yaha wuro. s’il te plaît, ne permets pas qu’elle sorte et qu’elle aille dans le village.
A giiɗo o yiilataako. Tu vois qu’elle ne se promène pas.
Aa booɗɗum ! Bien ! D’accord !
Aa kadi, laamiiɗo am, ko o waɗta wuro ? » Ah, mon cher roi, qu’est-ce qu’elle ferait dans le village ? »
Mhm ! Mhm !
Yoo ! Na laamɗo’en kam na ngurtake ndilli ! Bon ! Le roi et sa suite s’en vont !
Jam, o loowi paala kosam. Puis, elle [marâtre] a rempli une grande gourde de lait.
Mhm ! Mhm !
O wi’i Lillel goo : « Ndaa ! Nyaaƴanam ! » Elle a dit à Lillel : « Tiens ! Baratte-le moi4 ! »
Mhm ! Mhm !
Lillel jooɗi ɗon nyaaƴa. Lillel s’assoit et baratte.
Suy, paala fuŋi dow mum ! Puis la grande gourde l’éclaboussa !
Kosam ɓakkake ɗum ɓanndu fuu. Elle fut couverte de lait.
Mhm ! Mhm !
O wi’i : Elle [marâtre] dit :
« Ɓiira, mi yii ma toy keɓataa ndiyam ngiiwooɗaa ! « Ɓiira, je vais voir où tu vas trouver de l’eau pour te laver !
Dillu haa weendu Hursuuru ! » Va à la mare de Hoursou ! »
Mhm ! Mhm !
Wooɗi. Lillel ummake tokkake laawol. Bon. Lillel se leva et se mit en route.
Mhm ! Mhm !
Wurtake, Elle sortit
Mhm ! Mhm !
fotti e yimɓe. et rencontra des gens.
Yimɓe boo pat anndino mo o wurtataako. Tout le monde savait qu’elle ne sortait jamais.
Ooho ! Ooho !
« – Hii ! Lillel, toy njaataa ? [CHANT5] « Hii6 ! Lillel, où vas-tu ?
Lillel bajjel, toy njaataa ? Lillel la fille unique, où vas-tu ?
– Hursuuru njahanmi, C’est à la mare de Hoursou que je vais,
Hursuuru njahanmi, C’est à la mare de Hoursou que je vais,
Hursuuru ndu koole. La mare des Mitragyna inermis.
Kosam fiiti daydamaari, Le lait [m’]a éclaboussée, daydamaari7,
Hursuuru njahanmi. » C’est à la mare de Hoursou que je vais. »
Mhm ! Mhm !
« Lillel am lora yaa huucu ! » « Ma chère Lillel, reviens, rentre à la maison ! »
Mhm ! Mhm !
O saalake oon kam. Elle dépasse celui-ci.
Oo boo, ɓe pottoyi. Celui-là, ils se sont rencontrés8.
« – Hii, Lillel, toy njaataa ? [CHANT] « Hii, Lillel, où vas-tu ?
Lillel bajjel, toy njaataa ? Lillel la fille unique, où vas-tu ?
– Hursuuru njahanmi, C’est à la mare de Hoursou que je vais,
Hursuuru njahanmi, C’est à la mare de Hoursou que je vais,
Hursuuru ndu koole. La mare de Hoursou aux Mitragyna inermis.
Kosam fiiti daydamaari, Le lait [m’]a éclaboussé[e], daydamaari,
Hursuuru njahanmi. » C’est à la mare de Hoursou que je vais. »
Mhm ! Mhm !
« Lillel am lora yaa huucu ! » « Ma chère Lillel, reviens, rentre à la maison ! »
Mhm ! Mhm !
Oo boo saalake. Celui-ci aussi passa.
O fottoyi e oya boo. Elle en rencontra un autre.
« – Hii, Lillel, toy njaataa ? [CHANT] « Hii, Lillel, où vas-tu ?
Lillel bajjel, toy njaataa ? Lillel la fille unique, où vas-tu ?
– Hursuuru njahanmi, C’est à la mare de Hoursou que je vais,
Hursuuru ndu koole. La mare de Hoursou aux Mitragyna inermis.
Kosam fiiti daydamaari, Le lait [m’]a éclaboussé[e], daydamaari,
Hursuuru njahanmi. » C’est à la mare de Hoursou que je vais. »
Mhm ! Mhm !
« Lillel am lora yaa huucu ! » « Ma chère Lillel, reviens, rentre à la maison ! »
Mhm ! Mhm !
Lillel fotti bee fowru boo. Lillel rencontra aussi l’Hyène.
« – Hii, Lillel, toy njaataa ? [Chant9] « Hii, Lillel, où vas-tu ?
Lillel bajjel, toy njaataa ? Lillel la fille unique, où vas-tu ?
– Hursuuru njahanmi, C’est à la mare de Hoursou que je vais,
Hursuuru njahanmi, C’est à la mare de Hoursou que je vais,
Hursuuru ndu koole. La mare de Hoursou aux Mitragyna inermis.
Kosam fiiti daydamaari, Le lait [m’]a éclaboussé[e], daydamaari,
Hursuuru njahanmi. » C’est à la mare de Hoursou que je vais. »
Mhm ! Mhm !
« Lillel am, lora yaa huucu ! » « Ma chère Lillel, reviens, rentre à la maison ! »
Kadi boo nga lori. De nouveau la [sale bête] revient.
(Rire) (Rire)
« – Hii, Lillel, toy njaataa ? [CHANT] « Hii, Lillel, où vas-tu ?
Lillel bajjel, toy njaataa ? Lillel la fille unique, où vas-tu ?
– Hursuuru njahanmi, C’est à la mare de Hoursou que je vais,
Hursuuru njahanmi, C’est à la mare de Hoursou que je vais,
Hursuuru ndu koole. La mare de Hoursou aux Mitragyna inermis.
Kosam fiiti daydamaari, Le lait [m’]a éclaboussé[e], daydamaari,
Hursuuru njahanmi. » C’est à la mare de Hoursou que je vais. »
Mhm ! Mhm !
Lamɗo goo boo ɗon warta ! Le roi, lui, revient !
Mhm ! Mhm !
Biiro mum gooto ƴeewi wi’i ɓe : L’un de ses notables a vu de loin [Lillel et l’Hyène] et a dit [au roi et à sa suite] :
« Sike miin na, mi giiɗo ba Lillel wiirti ! » « J’ai comme l’impression d’avoir vu passer furtivement quelqu’un qui ressemble à Lillel ! »
Mhm ! Mhm !
O wi’i : « Piirnanee yam mo daande. [Le roi] dit : « Faites-lui sauter la tête10.
Lillel am oon wara haa ɗoo ? » C’est ma Lillel qui vient ici ? »
Mhm ! Mhm !
Kadi boo powa lorake. La sale Hyène revint encore.
« Lillel, toy njaataa ? [CHANT] « Lillel, où vas-tu ?
Lillel bajjel, toy njaataa ? » Lillel la fille unique, où vas-tu ? »
O wi’i: Elle dit :
« Hursuuru njahanmi, « C’est à la mare de Hoursou que je vais,
Hursuuru njahanmi, C’est à la mare de Hoursou que je vais,
Hursuuru ndu koole. La mare aux Mitragyna inermis.
Kosam fiiti daydamaari. Le lait [l’] a éclaboussé[e], daydamaari.
Hursuuru njahanmi. C’est à la mare de Hoursou que je vais. »
« Lillel am, lora, yaa huucu ! » « Ma chère Lillel, reviens, rentre à la maison ! »
Mhm ! Mhm !
Kadi boo nga lori. La sale [bête] revient.
« – Lillel, toy njaataa ? [CHANT] « Lillel, où vas-tu ?
Lillel bajjel, toy njaataa ? Lillel la fille unique, où vas-tu ?
– Hursuuru njahanmi, C’est à la mare de Hoursou que je vais,
Hursuuru njahanmi, C’est à la mare de Hoursou que je vais,
Hursuuru ndu koole. La mare aux Mitragyna inermis.
Kosam fiiti daydamaari, Le lait [m’]a éclaboussé[e], daydamaari.
Hursuuru njahanmi. » C’est à la mare de Hoursou que je vais. »
« Lillel am, lora yaa huucu ! » « Ma chère Lillel, reviens, rentre à la maison ! »
Oya goo, goɗɗo boo wi’i: L’autre, quelqu’un d’autre dit aussi [au roi] :
« Alla woonane, ɗum Lillel, mi giiɗo mo. « S’il vous plaît11, c’est Lillel, je l’ai vue.
Mhm ! Mhm ! Mhm ! Mhm !
Piirnee mo daande ! » Faites-lui sauter la tête ! »
Ɓe piirni mo. Ils la lui firent sauter.
Mhm ! Mhm !
Kadi boo nga lori. La sale [bête] revint encore :
« – Lillel, toy njaataa ? [CHANT] « Lillel, où vas-tu ?
Lillel bajjel, toy njaataa ? Lillel la fille unique, où vas-tu ?
– Hursuuru njahanmi, C’est à la mare de Hoursou que je vais,
Hursuuru njahanmi, C’est à la mare de Hoursou que je vais,
Hursuuru ndu koole. La mare aux Mitragyna inermis.
Kosam fiiti daydamaari, Le lait [m’]a éclaboussé[e], daydamaari.
Hursuuru njahanmi. » C’est à la mare de Hoursou que je vais. »
Mhm ! Mhm !
Laamɗo’en mbangiti vaaw ! Le roi et ses gens réapparurent brusquement.
Jam, powa doggi. Puis, la sale Hyène s’enfuit.
Mhm ! Mhm !
« Hii ! Lillel ! » « Hii ! Lillel ! »
Ɓe kooci Lillel. Ils prirent Lillel.
Mhm ! Mhm !
Ɓe njooɗake les lekki. Ils s’assirent sous un arbre.
« E toy njaataa ? » « Où vas-tu donc ? »
Mhm ! Mhm !
O wi’i : « Nyannde ndilluɗon goo baaba am, Elle dit : « Le jour où vous12 êtes partis, papa,
yaadikko loowi faandu. [ma] marâtre a rempli [de lait] une gourde.
Mhm ! Mhm !
O wi’i mi nyaaƴana mo. Elle m’a dit de la lui baratter.
Mhm ! Mhm !
Nyaaƴmi, mi ɗon nyaaƴa ni, kosam fiiti dow am. Je l’ai barattée, et dès que je me suis mise à la baratter, le lait m’a éclaboussé.
O wi’i yam mi hok-, o hokkataa yam ndiyam. Elle m’a dit13 je vais te don-, qu’elle ne va pas me donner d’eau.
Sey mi dilla haa weendu Hursuuru qu’il faut que j’aille à la mare de Hoursou
Mhm ! Mhm !
mi yiiwoyoo. » pour me laver. »
Booɗɗum ! Ɓe kooci mo, ɓe kuucidi wuro. Bien ! Ils la prirent et la ramenèrent avec eux au village.
O weernoyi mo saare maccuɗo goɗɗo. [Le roi] l’hébergea dans la maison d’un esclave.
Mhm ! Mhm !
Yoo ! O warti saare, Bon ! Il revint au palais,
o yottitake ! il y arriva !
« Kaay ! Laamɗo am ! A warti ? « – Kaay14 ! Mon roi ! Tu es de retour ?
Kaay ! Laamiiɗo am ! A jaɓɓaama ! Kaay ! Mon roi ! Sois le bienvenu !
Kaay ! Laamɗo am ! » Kaay ! Mon roi ! »
O waddi ndiyam. Elle [lui] apporta de l’eau15.
« E toy Lillel am ? « Et où est ma chère Lillel ?
Kayya ! Laamɗo am ! – Kayya 16! Mon roi !
Ndiyam a yaraay ni ƴama Lillel ! Tu n’as pas [encore] bu d’eau et tu me demandes [des nouvelles de] Lillel !
Mhm ! Mhm ! Mhm ! Mhm !
Ko waɗta mo ? » Qu’est-ce qui peut bien lui arriver ? »
Mhm ! Mhm !
Lillel yari, o defani ɗum kadi boo, o waddi. [Le roi17] a bu, elle lui a fait à manger et le lui a apporté.
« Kaay ! E toy Lillel am ? « – Kaay 18! Et où est ma chère Lillel ?
Aan laamɗo am ! Toi, mon roi !
Lillel kam, na ɗon saare ton ni ! Lillel, elle est tout simplement dans la concession !
Mhm ! Mhm !
Toy o yaata ? » Où peut-elle bien aller ? »
Laamɗo nyaami. Le roi mangea.
« E toy Lillel am ? « Où est donc ma chère Lillel ?
Aan laamɗo am, Toi, mon roi,
koo siiwtaago a siiwtaaki ni, a ɗon ƴama Lillel ! tu ne t’es même pas reposé un instant et tu demandes [après] Lillel !
Mhm ! Mhm !
Ee toy Lillel am ? Où est donc ma chère Lillel ?
Lillel oo iga19 fajiri wurtii ɗoo o wartaay. Cette Lillel, depuis le matin elle est sortie et elle n’est pas rentrée.
Mi anndaa e o hokkii. » Je ne sais pas vers où elle est allée. »
Mhm ! Mhm !
Laamɗo wi’i : « Wooɗi ! Le roi dit : « Bien !
Ayyee ! Mi wiino ayna mo ni, Pourtant, je t’avais dit de la surveiller,
Mhm ! Mhm !
accaa o dilla ? et tu la laisses partir ?
Kaay ! Lillel maa semtataa ! » – Kaay ! Ta Lillel ne respecte rien ! »
(Rire) (Rires)
Wooɗi ! Bon !
Laamɗo yehi wi’i Lillel : Le roi alla dire à Lillel :
« E noy ngiɗɗaa mi waɗane yaadikko maa ? « Que veux-tu donc que je fasses à ta marâtre ? »
O wi’i : « Ngaddaa buhuure loowaa yam. Elle dit : « Apporte un sac et mets-moi dedans.
Ndokkon yam duweeje ɗiɗi mi jogoo. Donnez-moi en main deux aiguilles à tresser.
Mhm ! Mhm !
Njaaron yam haa suudu kisin njo’’inon yam. Emmenez-moi dans la cuisine et déposez-y-moi.
Mbi’aa a warti, o yaha o hooca ufuru man. » Dis que tu es rentré [de voyage], qu’elle aille prendre ce paquet20. »
Ɓe ngaati mo nder buhuure, On la mit dans le sac,
ɓe ndokki mo duweeje. et on lui a donné les aiguilles.
Jam laamɗo wari naasti suudu, Puis le roi est entré au palais
wi’i : et a dit :
« Yaa haa suudu too, woodi ko tawataa. » « Va dans la case, là-bas, il y a quelque chose que tu y trouveras. »
Mhm ! Mhm !
Jam o wari o naasti, Puis [la marâtre] y alla et y entra,
o turi haa o efta nii. elle s’est penchée comme ça pour soulever [le sac].
Suy Lillel waddi duweeje, ɗisi e gite maako, Puis Lillel prit les aiguilles et les lui planta dans les yeux,
ɓiira, wurwi ɗe. ɓiira, et les y fit tourner.
Ɗon wurwa, ɗon wurwa ! Elle les tourne, elle les tourne !
O ɗon wooka ni haa o do’’ii ɗoon o maayi. [La marâtre] crie jusqu’à ce qu’elle tombe là et meure.
O wi’i : « Ɓolon mo ! » [Lillel] dit : « Arrachez-lui la peau ! »
Ɓe kaɓɓi mo her caka dammugal. Ils attachèrent [la peau] entre les montants de la porte.
Lillel wi’i yaalta faɗɗa laral maako, Lillel dit qu’en repassant, elle doit frapper sur sa peau,
wurtoo faɗɗa laral, qu’en sortant, elle doit frapper la peau,
yaalta ! en repassant… !
Takkaande bojel ! Takkaande bojel21 !
(Rires)  

Corpus inédit, © Copyright Henry Tourneux

 


 

Notes:

1 « Au nom de Dieu ! » Exclamation que l’on formule avant de se lancer dans quoi que ce soit.

2 Nom sans signification précise, de forme diminutive.

3 Incise de la conteuse, pour indiquer que la femme en question est la marâtre de Lillel.

4 La marâtre demande à Lillel de lui baratter le lait qui est dans la gourde.

5 Les deux premiers versets sont chantés par la personne rencontrée sur la route. Ensuite vient la réponse de Lillel.

6 Exclamation marquant un fort étonnement.

7 Mot inséré sans doute pour des raisons de prosodie ; il n’a pas de sens particulier, semble-t-il.

8 Lillel continue son chemin et laisse derrière elle la première personne qui l’a interpellée. Une autre personne l’interpelle à nouveau.

9 Les deux premiers versets sont chantés par la conteuse avec une grosse voix, censée représenter celle de l’Hyène.

10 Littéralement : « le cou ».

11 Formule de politesse pour demander au roi la permission de s’adresser à lui ; signifie littéralement : « Que Dieu soit bon pour toi ! »

12 Il ne s’agit pas ici d’un pluriel de politesse. « Vous » inclut le roi et la troupe qui l’accompagnait.

13 Hésitation de la conteuse, qui se reprend.

14 Ici, c’est la marâtre qui parle. Elle se réjouit du retour du roi.

15 Geste naturel envers quelqu’un qui arrive chez vous.

16 Exclamation à valeur de reproche.

17 La conteuse se trompe et dit « Lillel » ou lieu du roi.

18 Par cette exclamation, le roi repousse la nourriture qu’on lui apporte, semble-t-il.

19 Variante locale de diga « depuis ».

20 La fille dit à son père de faire croire à sa marâtre qu’il lui a rapporté quelque chose de son voyage.

21 Formule de clôture.

Djaré – deuxième version

 

Mots-clés

peul, fulfulde de l’Aadamaawa (Cameroun et États voisins) — oralité, conte, chantefable, taalol — marâtre, berger, serpent, mare, jarre

Production du corpus

Conteuse: Djam Doûdou a 55 ans. Elle ne s’exprime qu’en fulfulde. Elle est née à Hodandé [Hoɗannde] Dargala. Mariée, elle n’a jamais eu d’enfant. Elle a appris à conter auprès de sa mère et de sa grand-mère. Quand elle était petite, elle savait beaucoup de contes. Maintenant, elle en a oublié beaucoup.

Contexte de production

Hodandé [Hoɗannde] (Dargala) 06/03/2011

Enregistré en matinée dans une case, sur rendez-vous pris avec la conteuse.

Reprise avec variation du conte « Djaré » (1e version).

Descriptif

Un berger (Djaré). Sa marâtre va puiser de l’eau dans une mare. Un serpent met de la terre dans sa jarre à eau. La femme n’arrive pas à charger la jarre sur sa tête. Le serpent lui propose son aide en échange d’un cadeau. La femme lui donne son fils Djaré. Des bergers tour à tour viennent faire boire leurs bêtes. Le serpent chante pour découvrir qui est Djaré. Arrive enfin Djaré. Un dialogue chanté s’entame entre Djaré et le serpent. Le serpent empêche Djaré de faire boire ses bêtes. Une longue lutte s’engage entre Djaré et le serpent. Djaré tue le serpent. Il fait boire ses bêtes. Djaré enlève le foie et les poumons du serpent et rentre trouver sa marâtre. Djaré lui demande de lui griller la viande. Djaré lui demande d’en goûter un morceau. Le morceau reste en travers de la gorge de la marâtre. Djaré lui donne un coup à la nuque. La marâtre meurt.

Conte avec chant.

Collecte et édition

Collecté sous la direction de: Hadidja Konaï

Image et son: Henry Tourneux

Transcription et traduction: Boubakary Abdoulaye et Henry Tourneux

Annotation: Henry Tourneux

 

 

 

 

 

 

Gorko oo, o duran na’i. Cet homme, il conduit les vaches au pâturage 1 .
Yaadikko maako boo yehi nyeɗoygo, Sa marâtre est allée puiser de l’eau,
Na’am ! Na’am !
tawi mboɗga e mbeela. et elle a trouvé un gros serpent à la mare.
Mhm ! Mhm !
O dilli widdaago gaɗa wuumre nii ni, Dès qu’elle s’est rendue derrière un buisson 2 ,
yaadikko 3  kam wari hebbini fayannde kam loope, la marâtre 4  est venue remplir le canari 5  avec de la terre,
Mhm ! Mhm !
suy huywiti ndiyam. puis elle 6  l’a recouverte d’eau.
Hii ! Yaadikko wari haɓdi haɓdi, ɗum salii. Hii ! La marâtre est venue et elle a eu beau faire, elle n’est pas arrivée 7  [à mettre le pot sur sa tête].
« Ayyee, Alla am ! Heey ! « Oh mon Dieu !
Moy ni warata roondammi ? » Qui viendra me le charger sur la tête ? »
Suy, mboɗga goo wurtii, wi’i : « Mi roondete. Alors, le gros serpent est sorti et lui a dit : « Moi je vais te le charger.
To mi roondi ma, Si je te le charge,
ko ndokkataa yam ? » que me donneras-tu ? »
Mhm ! Mhm !
O wi’i : « – Woodi ɓinngel am ɗon wara ɗoo yarnugo na’i, wi’etee Jaree. Elle dit : « – J’ai un enfant qui vient abreuver les vaches ici, il s’appelle Jaree.
Mhm ! Mhm !
To a wi’i “Mo kaaki boɗeeji, Dès que tu dis “Celui aux vaches rouges,
Junngo maako taaraango buul- buuti, dont le bras est bandé avec un chiffon,
Labbe maako cilmaaɗe ceede” ni, o anndi. dont les lances sont ornées de cauris”, il comprend.
Mhm ! Mhm !
Ɗum kanko. C’est lui.
Mhm ! Mhm !
– Yoo ! Wooɗi ! » O roondi mo kanko kam o dilli. – Très bien ! » Il lui mit sa charge sur la tête et elle s’en alla.
Mhm ! Mhm !
Luurooji ngaddoyi hoore. Les troupeaux de bœufs apparurent.
Mboɗga wurtake joorake. Le gros serpent sortit et s’enroula sur lui-même.
chant Moy woni Jaree ? chant – Qui est Jaree ?
Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo ! Le Jaree aux vaches rouges, yaroo yaroo !
Junngo maako taaraango buuti, yaroo yaroo ! Son bras est bandé avec un chiffon, yaroo yaroo !
I 8  labbe maako cilmaaɗe ceede, yaroo yaroo ! Ses lances sont ornées de cauris, yaroo yaroo !
Naa miin woni Jaree, – Ce n’est pas moi qui suis Jaree,
Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo ! Le Jaree aux vaches rouges, yaroo yaroo !
Ngorgi am woni Jaree, C’est mon ami qui est Jaree,
Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo ! Le Jaree aux vaches rouges, yaroo yaroo !
Junngo maako taaraango buuti, yaroo yaroo ! Son bras est bandé avec un chiffon, yaroo yaroo !
I labbe maako cilmaaɗe ceede, yaroo yaroo ! Ses lances sont ornées de cauris, yaroo yaroo !
Mhm ! Mhm !
Oo kam yarni, dilli ! Celui-ci abreuva [son bétail] et s’en alla !
Oya boo waroyi ! Un autre arriva.
Mhm ! Mhm !
chant Moy woni Jaree ? chant – Qui est Jaree ?
Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo ! Le Jaree aux vaches rouges, yaroo yaroo !
Junngo maako taaraango buuti, yaroo yaroo ! Son bras est bandé avec un chiffon, yaroo yaroo !
I labbe maako cilmaaɗe ceede, yaroo yaroo ! Ses lances sont ornées de cauris, yaroo yaroo !
Ngorgi am woni Jaree, C’est mon ami qui est Jaree,
Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo ! Le Jaree aux vaches rouges, yaroo yaroo !
Mhm ! Mhm !
Junngo maako taaraango buuti, yaroo yaroo ! Son bras est bandé avec un chiffon, yaroo yaroo !
I labbe maako cilmaaɗe ceede, yaroo yaroo ! Ses lances sont ornées de cauris, yaroo yaroo !
Oo boo yarni. Lui aussi abreuva [ses vaches].
Mhm ! Mhm !
Oya boo wari ! Un autre est arrivé !
chant Moy woni Jaree ? chant – Qui est Jaree ?
Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo ! Le Jaree aux vaches rouges, yaroo yaroo !
Junngo maako taaraango buuti, yaroo yaroo ! Son bras est bandé avec un chiffon, yaroo yaroo !
I labbe maako cilmaaɗe ceede, yaroo yaroo ! Ses lances sont ornées de cauris, yaroo yaroo !
Mhm ! Mhm !
Ngorgi am woni Jaree, – C’est mon ami qui est Jaree,
Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo ! Son bras est bandé avec un chiffon, yaroo yaroo !
Junngo maako taaraango buuti, yaroo yaroo ! Ses lances sont ornées de cauris, yaroo yaroo !
I labbe maako cilmaaɗe ceede, yaroo yaroo ! Ses lances sont ornées de cauris, yaroo yaroo !
Oo boo yarni. Lui aussi a abreuvé [ses animaux].
Mhm ! Mhm !
Oo boo waroyi ! Un autre est arrivé !
chant Moy woni Jaree ? chant – Qui est Jaree ?
Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo ! Le Jaree aux vaches rouges, yaroo yaroo !
Junngo maako taaraango buuti, yaroo yaroo ! Son bras est bandé avec un chiffon, yaroo yaroo !
I labbe maako cilmaaɗe ceede, yaroo yaroo ! Ses lances sont ornées de cauris, yaroo yaroo !
Mhm ! Mhm !
Ngorgi am woni Jaree, – C’est mon ami qui est Jaree,
Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo ! Le Jaree aux vaches rouges, yaroo yaroo !
Junngo maako taaraango buuti, yaroo yaroo ! Son bras est bandé avec un chiffon, yaroo yaroo !
I labbe maako cilmaaɗe ceede, yaroo yaroo ! Ses lances sont ornées de cauris, yaroo yaroo !
Mhm ! Mhm !
Oo boo yarni dilli. Lui aussi, il abreuva [ses vaches] et s’en alla.
Jaree waroyi ! Jaree est arrivé !
Mhm ! Mhm !
chant Moy woni Jaree ? chant Qui est Jaree ?
Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo ! Le Jaree aux vaches rouges, yaroo yaroo !
Junngo maako taaraango buuti, yaroo yaroo ! Son bras est bandé avec un chiffon, yaroo yaroo !
I labbe maako cilmaaɗe ceede, yaroo yaroo ! Ses lances sont ornées de cauris, yaroo yaroo !
Jaree faɗɗi na’i. Jaree fit stopper les bœufs.
chant Moy woni Jaree ? chant Qui est Jaree ?
Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo ! Le Jaree aux vaches rouges, yaroo yaroo !
I junngo maako taaraango buuti, yaroo yaroo ! Son bras est bandé avec un chiffon, yaroo yaroo !
I labbe maako cilmaaɗe ceede, yaroo yaroo ! Ses lances sont ornées de cauris, yaroo yaroo !
Mhm ! Mhm !
Jaree wii : Jaree dit :
chant Miin woni Jaree, chant C’est moi qui suis Jaree,
Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo ! Le Jaree aux vaches rouges, yaroo yaroo !
Junngo am boo taaraango buuti, yaroo yaroo ! Mon bras est bandé avec un chiffon, yaroo yaroo !
Li labbe am boo cilmaaɗe ceede, yaroo yaroo ! Mes lances sont ornées de cauris, yaroo yaroo !
« – A yarnataa ! « – Tu ne les abreuveras pas !
– Mi yarnan ! – Je les abreuverai !
– A yarnataa ! – Tu ne les abreuveras pas !
– Mi yarnan ! – Je les abreuverai !
(rire) (Rire)
– A yarnataa ! » – Tu ne les abreuveras pas ! »
Ɓe piisti haɓre, Ils ont commencé à se battre,
Mhm ! Mhm !
Mhm ! Mhm !
Yoo ! Ɓe kaɓi. Bon ! Ils se sont battus.
« Ayyee ! Jaree iga kaɓannooɗen, « Voyons ! Jaree, il y a déjà pas mal de temps que nous nous battons !
Mhm ! Mhm !
tijja ! » Lève les yeux ! »
Jaree wi’i : « – Mi tijjataako ! Jaree dit : « – Je ne les lèverai pas !
Tijja aan oon ! » Lève les yeux toi-même ! »
O [mboɗga] tijjii. [Le serpent] leva les yeux.
Jaree fiirni mo daande jootii. Jaree lui fit sauter la tête, et elle se remit en place.
Ɓe puɗɗiti, ɓe kaɓi. Ils recommencèrent à se battre.
Mhm ! Mhm !
« Tijja ! » « Lève les yeux ! »
Jaree wi’i mo : Jaree lui dit :
« Mi tijjataako ! « Je ne les lèverai pas !
Tijja aan on ! Lève-les toi-même !
Daada maa danyri tijjii-tijjii! Ta mère t’a mis au monde en levant les yeux vers le ciel.
Miin kam, waalii-waalii. » Moi, [la mienne m’a mis au monde] couchée. »
(Rire) (Rire)
O tijjii kadi boo. [Le serpent] leva les yeux de nouveau.
Jaree fiirni mo daande jootii. Jaree lui fit sauter la tête, et elle se remit en place.
Tataɓre, Jaree fiirni nde do’’ii gaɗa mbeela. La troisième fois, Jaree la lui fit sauter et elle retomba de l’autre côté de la mare.
Mhm ! Mhm !
Mangariba boo waɗi, A la tombée de la nuit 9 ,
Jaree, na’i mum boo njari. Jaree, ses vaches aussi burent.
Jaree nanngi juuli, Jaree fit ses ablutions et pria,
ɓoli nga, hooƴi heŋre, il dépouilla [le serpent], prit son foie,
Mhm ! Mhm !
bee bumsungel, hoori. et ses petits poumons et les rapporta chez lui.
Yoo, yimɓeeji boo ɗonno ngaɗi faya ɗaɓɓitoygo. Bon, les gens s’étaient rassemblés pour aller à sa recherche.
Yaadikko boo : « Ayyee, Jaree wartaay hannde ! Quant à la marâtre [elle dit] : « Oh mon Dieu, Jaree n’est pas revenu aujourd’hui !
Alla anndi ko waɗanimmi Jaree am ! » Dieu sait ce qui est arrivé à mon cher Jaree ! »
Mhm ! Mhm !
(Ɓiira faasikiiwa) (Sale hypocrite 10  !)
(rire) (Rire)
Ɓe ngartoyi. Ils s’en revinrent.
« Yoo, aan Jaree, ko habar ? » « Ah, toi Jaree, que s’est-il passé ? »
Jaree wi’i : « Koo ɗume walaa, mi yaaraay… Jaree dit : « Rien de spécial, je n’ai pas conduit…
Mi yaalawaay yaraano. » Je ne suis pas allé de bonne heure à l’abreuvoir. »
Mhm ! Mhm !
Jam, Jaree kam o hokki ɗum nyiiri toon nyaama. Puis, Jaree, elle lui a donné de la nourriture et il mange.
Wi’i mo : « Ndaa kusel am keɓmi nge’el boo, wulanam ngel ! » Il lui dit : « Voici de la viande 11  que j’ai eue, grille-la-moi ! »
Mhm ! Mhm !
O wuli ngel, o timmini. Elle la grilla.
Jaree wi’i mo : « Mukka le aan boo ! » Jaree lui dit : « Mets-la dans ta bouche ! »
O hooƴi ngel, o mukki. Elle en prit et la mit dans sa bouche.
O hooƴi ngel, o mukki. Elle en [re]prit et la mit dans sa bouche.
Tataɓel, huunde wari falii haa ɗoo saalaaki. Le troisième morceau, alla se coincer là 12  et ne passa pas.
Mhm ! Mhm !
Yimɓeeji mooɓtake ; Les gens se sont rassemblés.
Week ! Sey guufndaale, week ! Week ! Rien que de la bave, week !
Jaree ɗon jooɗii ni laara ɓe, Jaree est assis et les regarde ;
safti ummii wi’i ɓe : « Ndaree na ! » il s’est levé finalement et leur a dit : « Arrêtez ! »
Laari lukkere jo’’ini ɓaawo hoɓɓudu ɗoo, Il décida de lui donner un coup de poing derrière la nuque,
ɗum fiitidi ɗum pat ! tout ça 13  sauta !
(Rire) (Rire)
O maayi, Elle est morte,
Haala waati. l’affaire est close.
Takkaande bojel ! Formule de clôture
(Rire) (Rire)

Corpus inédit, © Copyright Henry Tourneux

 


 

Notes:

1  C’est son métier, il est berger.

2  Pour satisfaire un besoin naturel.

3  La conteuse a fait un lapsus. Au lieu de yaadikko, lire mboɗga.

4  La conteuse a fait un lapsus. Au lieu de marâtre, lire serpent.

5  Le mot peul traduit ici par « canari » désigne une poterie de façon générique.

6  C’est évidemment le serpent qui se livre à cette manœuvre, et pas la marâtre. La conteuse a commis un lapsus.

7  Litt. : « cela a refusé ».

8  « I » : variante probable de « e ».

9  A l’heure de la prière de début de soirée.

10  Commentaire d’une femme de l’assistance, fustigeant la duplicité de la marâtre.

11  Jaree donne à la marâtre le foie et les poumons du serpent qu’il a tué.

12  Geste de la conteuse qui montre sa gorge.

13  « Tout ça » : à la fois le morceau de viande qui était coincé dans la gorge de la marâtre, et sa vie.

Djaré

 

Mots-clés

peul, fulfulde de l’Aadamaawa (Cameroun et États voisins) — oralité, conte, chantefable, taalol — marâtre, berger, serpent, jarre à eau, mare

Production du corpus

Conteuse: Djam Doûdou a 55 ans. Elle ne s’exprime qu’en fulfulde. Elle est née à Hodandé [Hoɗannde] Dargala. Mariée, elle n’a jamais eu d’enfant. Elle a appris à conter auprès de sa mère et de sa grand-mère. Quand elle était petite, elle savait beaucoup de contes. Maintenant, elle en a oublié beaucoup.

Contexte de production

Hodandé [Hoɗannde] (Dargala) 06/03/2011

Enregistré en matinée suite à un rendez-vous pris avec la conteuse.

Descriptif

Une femme a des jeunes garçons. Elle est la marâtre de l’un d’entre eux (Djaré). Djaré est berger. La femme va puiser de l’eau dans une mare. Un serpent met de la terre dans sa jarre à eau. La femme n’arrive pas à charger la jarre sur sa tête. Le serpent lui propose son aide en échange d’un cadeau. La femme lui donne son fils Djaré. Les enfants bergers, le soir venu, viennent faire boire leurs bêtes. Le serpent s’installe sur un arbre. Le serpent chante pour repérer Djaré. Plusieurs des enfants repérés ne sont pas Djaré.

Arrive enfin Djaré. Un dialogue chanté s’entame entre Djaré et le serpent. Le serpent empêche Djaré de faire boire ses bêtes. Une longue lutte s’engage entre Djaré et le serpent. Djaré tue le serpent. Il fait boire ses bêtes. Djaré enlève le foie et les poumons du serpent. Il les accroche à sa lance. Djaré rentre trouver sa marâtre. Djaré demande à sa marâtre de griller la viande qu’il a rapportée. Djaré lui demande d’en goûter un morceau. Le morceau reste en travers de la gorge de la marâtre. Djaré lui donne un coup à la nuque. Le morceau de viande ressort avec l’âme de la marâtre. La marâtre meurt.

Conte avec chant.

Collecte et édition

Collecté sous la direction de: Hadidja Konaï

Image et son: Henry Tourneux

Transcription et traduction: Boubakary Abdoulaye et Henry Tourneux

Annotation: Henry Tourneux

 

 

 

 

 

 

 

(Rire) (Rire)
Taalel taalel ! Petit conte ! Petit conte !
Na’am ! Na’am!
Gommbel gommbel ! Petite tige ! Petite tige !
Mhm ! Mhm !
– Jaree na ? – C’est Jaree [que je raconte] ?
– Jaree ! – C’est Jaree !
– Jaree taalanmi du ? – C’est donc Jaree que je conte ?
– Jaree taalataa ! – C’est Jaree que tu contes !
– Yoo, debbo oo, – Bon ! La femme,
Mhm ! Mhm !
o mari ɓiɓɓe suka’en saare, ammaa o yaadikko maako. elle a à la maison des jeunes garçons1, mais elle est sa marâtre.
Ooho ! Ooho !
Ɓiɗɗo oo, ooran na’i foroy. Ce garçon, il conduit toujours les vaches au pâturage.
Ooho ! Ooho !
O yehi nyeɗoygo ndiyam haa mbeela ndaayiinga. Elle est allée puiser de l’eau à une grande mare éloignée.
Mhm ! Mhm !
O wi’i, o yehi toon goo, Elle a dit… quand elle y est arrivée,
Mhm ! Mhm !
mboodi ummii naasti, un serpent s’est levé et est entré,
wurtii weendu goo, wari hebbini loonde maako loope. il est sorti de la mare, et est venu remplir sa jarre de terre.
Mhm ! Mhm !
Suy huywiti ndiyamhal nii. Puis il a recouvert [le tout] avec un peu d’eau.
Mhm ! Mhm !
O wari roondaago, ɗum roondaaki. Elle est venue pour mettre [la jarre] sur sa tête, elle n’y a pas réussi2.
Mhm ! Mhm !
O widdoyino. Elle était allée derrière [un buisson3].
Mhm ! Mhm !
« Alla am, heey ! Moy warata roondammi ? » « Eh, mon Dieu ! Qui viendra me charger [la jarre] sur la tête ? »
Mhm ! Mhm !
Suy mboɗga goo wurtii, wi’i : mi roondete. Alors, le gros serpent est sorti et a dit : « Je vais te la charger !
To mi roondi ma, ko ndokkataa yam ? » Si je te la charge, que me donneras-tu ? »
Mhm ! Mhm !
O wi’i : « – Woodi ɓinngel am ɗon wara ɗoo yarnugo, wi’etee Jaree. Elled dit : « – J’ai un garçon qui vient ici abreuver [les vaches], il s’appelle Jaree.
Mhm ! Mhm !
Mi hokki ma mo. Je te le donne.
– Ooho ! Ooho !
– Aa ! Booɗɗum, walaa ayiibe ! » – Ah ! D’accord, il n’y a pas de problème ! »
Mhm ! Mhm !
O roondi mo, o huuci. Il l’a chargée et elle est rentrée.
Zuura waddi hoore yaraano. Le début d’après-midi a vu arriver les premiers animaux à l’abreuvoir.
Mhm ! Mhm !
Nga wurtii nga jooɗii dow lekki. Le gros serpent est sorti et s’est installé sur un arbre.
Na’i ngaroyi. Les vaches sont arrivées.
chant Moy woni Jaree ? chant Qui est Jaree ?
            Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo !  
Mhm ! Mhm !
            Junngo maako taaraango buuti, yaroo yaroo !  
            Labbe maako cilmaaɗe4 ceede, yaroo yaroo !  
Mhm ! Mhm !
            Naa miin woni Jaree,  
            Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo !  
            Ngorgi am woni Jaree,  
            Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo !  
            Junngo maako taaraango buuti, yaroo yaroo !  
            Labbe maako cilmaaɗe ceede, yaroo yaroo !  
Oon kam yarni, Lui, il les a abreuvées,
Mhm ! Mhm !
dilli ! et il s’en est allé !
Mhm ! Mhm !
Oo boo wari. Un autre est venu.
            chant Moy woni Jaree ?  
            Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo !  
            Junngo maako taaraango buuti, yaroo yaroo !  
            Labbe maako cilmaaɗe ceede, yaroo yaroo !  
Mhm ! Mhm !
            Naa miin woni Jaree,  
            Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo !  
            Junngo am boo taaraaki buuti, yaroo yaroo !  
Mhm ! Mhm !
            Labbe maako cilmaaɗe ceede, yaroo yaroo !  
Mhm ! Mhm !
Oo boo yarni, Lui aussi, il a abreuvé [ses vaches]
Eehe ! Eehe !
dilli ! et il s’en est allé !
Oo boo wari. Un autre est venu.
            chant Moy woni Jaree ?  
            Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo !  
            Junngo maako taaraango buuti, yaroo yaroo !  
Mhm ! Mhm !
            Labbe maako cilmaaɗe ceede, yaroo yaroo !  
Mhm ! Mhm !
            Naa miin woni Jaree,  
            Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo !  
            Junngo maako taaraango buuti, yaroo yaroo !  
            Labbe maako cilmaaɗe ceede, yaroo yaroo !  
Mhm ! Mhm !
            Ngorgi am woni Jaree,  
            Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo !  
Mhm ! Mhm !
Oo boo yarni dilli. Lui aussi, il a abreuvé [ses vaches] et il est parti.
Mhm ! Mhm !
Yaro5 waroyi. Yaro6 est arrivé.
Mhm ! Mhm !
            chant Moy woni Jaree ?  
            Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo !  
            Moy woni Jaree ?  
            Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo !  
            Junngo maako taaraango buuti, yaroo yaroo !  
            Labbe maako cilmaaɗe ceede, yaroo yaroo !  
Jaree wi’i: Jaree dit :
            chant : Miin woni Jaree,  
            Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo !  
            Junngo am boo taaraango buuti, yaroo yaroo !  
            Li… labbe am boo cilmaaɗe ceede, yaroo yaroo !  
Mhm ! Mhm !
            Moy woni Jaree ?  
            Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo !  
Mhm ! Mhm !
            Junngo maako taaraango buuti, yaroo yaroo !  
            Labbe maako cilmaaɗe ceede, yaroo yaroo !  
Mhm ! Mhm !
« – A yarnataa ! « – Tu ne les abreuveras pas !
– Mi yarnan ! – Je les abreuverai !
– A yarnataa ! – Tu ne les abreuveras pas !
– Mi yarnan ! – Je les abreuverai !
(Rire) (Rire)
– A yarnataa ! – Tu ne les abreuveras pas !
– Mi yarnan ! » – Je les abreuverai ! »
Ɓe piisti haɓre : Ils commencèrent à se battre :
Mhm ! Mhm !
bibir, babar, bibir, babar ! bibirbabarbibirbabar !
O7 wi’i : « Hey Jaree, tijjii iga kaɓanooɗen na ? [Le serpent] dit : « Hé Jaree ! Ne vois-tu pas depuis quelle heure8 nous nous battons ?
Haa naange dilli mutoygo en ɗon kaɓa. » Jusqu’à ce que le soleil se couche nous nous battons. »
Mhm ! Mhm !
Suy, o wi’i : « Mi tijjataako. Puis, [Jaree] dit : « Je ne lève pas les yeux.
Tiija aan oon, daada maa danyri tijjii-tijjii. » Lève-les toi-même, toi que ta mère a mis au monde en levant les yeux. »
O tijjii, Jaree fiirni mo daande jooti ba keenya. [Le serpent] leva les yeux, Jaree lui coupa la tête qui se remit en place comme avant.
Mhm ! Mhm !
Ɓe kaɓi, ɓe kaɓi, ɓe kaɓi, ɓe kaɓi. Ils se sont battus, ils se sont battus, ils se sont battus.
Kadi boo, o wi’i Jaree : « Tijja ! » De nouveau, [le serpent] dit à Jaree : « Lève les yeux ! »
Jaree wi’i mo : « Tijja aan oon ! » Jaree lui dit : « Lève-les toi-même ! »
O tijjii kadi boo, Jaree fiirni daande. Il leva les yeux de nouveau et Jaree lui coupa la tête.
Mhm ! Mhm !
Daande jootii, kadi boo ɓe puɗɗiti haɓre. La tête revint en place, et ils reprirent le combat.
Mhm ! Mhm !
Ɓe kaɓi, ɓe kaɓi haa naange muti. Ils se sont battus, ils se sont battus, ils se sont battus jusqu’au coucher du soleil.
O wi’i : « Kayya Jaree haa naange muti tawi en ɗoɗɗoon. » [Le serpent] dit : « Voyons, Jaree ! Le soleil est couché et nous sommes toujours là. »
O tijjii nii Jaree fiirni mo daande, hoɗi gaɗa mbeela buum ! Dès qu’il leva les yeux, Jaree lui coupa la tête qui atterrit de l’autre côté de la grande mare, boum !
Mhm ! Mhm !
Jaree ƴeewni na’i muuɗum naasti yaraano njari. Jaree appela ses vaches qui entrèrent dans l’eau pour s’abreuver.
Mhm ! Mhm !
Jaree nanngi juuli, Jaree fit ses ablutions et pria,
Mhm ! Mhm !
ɓoli nga, [puis] il dépouilla le [serpent],
Mhm ! Mhm !
hooƴi keŋel bee bumsungel, ɗisi e labbo muuɗum. prit son petit foie et ses petits poumons, et les planta au bout de sa lance.
Mhm ! Mhm !
Yimɓe boo gaɗi faya9 ɗon ndilla ɗaɓɓitoygo Jaree. Les gens accoururent et partirent à la recherche de Jaree.
Mhm ! Mhm !
Ɓe potti e Jaree, warti. Ils rejoignirent Jaree et celui-ci revint [avec eux].
Yaadikko toon waɗa wasiila : La marâtre, là-bas, faisait des manières :
« – Mm ! Jaree am wartaay hannde. « – Hum ! Mon cher Jaree n’est pas rentré aujourd’hui.
Ayyee ! Jaree am wartaay hannde. » Ayyee ! Mon cher Jaree n’est pas rentré aujourd’hui. »
Mhm ! Mhm !
Yoo, ɓe potti e Jaree. Bon, ils rejoignirent Jaree.
« Jaree am jam ? » « Mon cher Jaree, ça va ? »
Jaree wi’i : « Jam koo ɗume ! Jaree dit : « Cela va très bien !
Mhm ! Mhm !
Mi hiirnu, mi waraay yaraano law. » Je suis arrivé tard dans la soirée et je ne suis pas allé vite à l’abreuvoir. »
Jaree huuci hettiri ɓaawo maako nii jooɗii. Jaree est rentré passa derrière elle et s’assit.
O hokkiri ɗum nyiiri mum ɗon nyaama. Elle lui donna son repas et il était en train de manger.
Mhm ! Mhm !
Hoo’i kusel wi’i mo yoo : « Ndaa ! Wulanam ɗoo. Il a pris de la viande et lui a dit : « Tiens ! Grille-la-moi !
(Kanko oon halkuno mo) (C’est elle qui l’avait envoyé à sa perte !)
Ndaa ! Wulanam kusel ɗoo. » Tiens ! Grille-moi cette viande. !. »
(Rire) (Rire)
O jaɓi kusel goo o wuli o ɗon jooɗii yeeso kaatinɗe nii. Elle prit la viande, la grilla et elle était assise devant le foyer.
Nde o wuli, Jaree wi’i mo : Quand elle l’eut grillée, Jaree lui dit :
« Yoo hooƴ le ta’el mettooɗaa, mukkooɗaa ! » « Bon ! Prends-en un petit morceau et goûtes-y, mets-le en bouche ! »
O hoo’i ta’el goo o mukki nii, Elle prit un petit morceau et le mit dans sa bouche,
(Haala wonnake !) (C’est fichu !)
suy wari fali e daande kap ! puis ça s’est coincé dans sa gorge, kap !
Week ! Week ! Sey guufndaale pakkitittoo. Week10 ! Week ! Puis il coula de la bave [de sa bouche].
Week ! Yimɓe ngari kawti. Week ! Les gens virent se rassembler.
« E no haɓar ? » « Qu’est-ce qui se passe ? »
O wi’i : « Ndaree ! Cottee ! » Il dit : « Arrêtez ! Ecartez-vous ! »
Mhm ! Mhm !
O lukki her ɓaawo hoɓɓudu ɗoo kap noon ! Il donna un coup de poing sur la nuque [de sa marâtre] kap !
Ɓiira taƴre fiitidi e yonki maako. Ɓiira ! Le morceau [de viande] sauta en même temps que sa vie.
O maayi. Elle mourut.
Takkaande mundus ! C’est fini !
(Rire) (Rire)

Corpus inédit, © Copyright Henry Tourneux

 


 

Notes:

1   Lapsus de la conteuse : « Elle a à la maison un jeune garçon. »

2  Litt. : cela ne s’est pas porté sur la tête.

3  Euphémisme pour dire qu’elle est allée faire ses besoins.

4  En principe, on devrait avoir ici cilmbaaɗe ; la racine verbale silmb– « décorer » n’est pas attestée dans l’usage au Diamaré. On la trouve dans le fulfulde du Nigeria (Seydou 1998, Dictionnaire des racines verbales, p. 630).

5  Lapsus de la conteuse pour Jaree.

6  Lapsus de la conteuse pour Jaree.

7  Le serpent se voit maintenant attribuer un pronom de reprise désignant en principe un être humain.

8  Dans le texte original, il n’est pas question d’heure, mais de lever la tête pour voir la position du soleil.

9  Faya : fait d’accourir pour porter assistance à qqn. Non attesté au Diamaré. Présent au Nigeria avec radical à voyelle longue faaya (C. Seydou (éd.), 1998, Dictionnaire des racines verbales, p. 203).

10  Onomatopée imitant le bruit de quelqu’un qui esssaie de vomir.

Daada Luguzaare / La mère de Lougouzâré

 

Mots-clés

peul, fulfulde de l’Aadamaawa (Cameroun et États voisins) — oralité, conte, chantefable, taalol — grue couronnée, corbeau

Production du corpus

Conteuse: Djénabou (surnommée Kilélé). Djénabou a 55 ans. Elle est née à Hodandé [Hoɗannde] Dargala. Elle a appris à conter auprès de sa grand-mère.

Contexte de production

Hodandé [Hoɗannde] (Dargala) 06/03/2011

Enregistré en matinée dans une case, suite à un rendez-vous pris avec la conteuse.

Descriptif

La mère de Lougouzâré met au monde sa fille Lougouzâré. On dit que Lougouzâré a accouché. Pourtant Lougouzâré est morte. On envoie la grue couronnée. La grue chante. La grue chante bien. La grue chante le message du roi. La grue dans sa chanson annonce que Lougouzâré a un enfant. Le village écoute. Un corbeau arrive. Le corbeau chante. Il annonce le décès de Lougouzâré.

Conte avec chant, incomplet

Collecte et édition

Collecté sous la direction de: Hadidja Konaï

Image et son: Henry Tourneux

Transcription et traduction: Boubakary Abdoulaye et Henry Tourneux

Annotation: Henry Tourneux

 

 

 

 

 

 

 

– Daada Luguzaare ! – La mère de Luguzaare1 !
– Yoo ! Daada Luguzaare boo, – Bon ! La mère de Luguzaare
Mhm ! Mhm !
danyi Luguzaare mum. a mis au monde se Luguzaare.
Ooho ! Ooho !
Ɓe mbii : « Luguzaare maa, On lui dit : « Ta Luguzaare,
Mhm ! Mhm !
ɓesni a accouché »
Mhm ! Mhm !
jaka, Luguzaare maako goo maayi. » alors que sa Luguzaare est morte.
Ayyii ! Ayyii !
Yoo ! Kumaarewal wari. Bon ! La grue couronnée est venue.
Ɓe nuli kumaarewal, On a chargé la grue couronnée de faire une commission :
Mhm ! Mhm !
wari : et elle est venue :
chant Daada Luguzaare, kumaa ! chant Mère de Luguzaare, kumaa2 !
Laamiiɗo nelamno, kumaa ! Le chef m’a chargé d’une commission, kumaa !
Neldimmi sadallo, kumaa ! Il m’a envoyée avec l’herbe (?) sadallokumaa !
Buurɗi boɗeeji, kumaa ! des balais rouges, kumaa !
Tappirde woɗeere, kumaa ! une enclume rouge, kumaa !
Luguzaare ɓesni, wi’i : Luguzaare a accouché et a dit :
Ngaron ngaron ! Vous venez, vous venez !
Mhm ! Mhm !
Ɓe mbii : « Hii onon ! Ils ont dit [entre eux] : « Eh là !
Mhm ! Mhm !
Ɗum ɗume, ɗuum kam ? » Qu’est-ce que c’est que ça ? »
Ɓe keɗii, ɓe keɗii. Ils ont écouté, ils ont écouté.
Ooho ! Ooho !
Kaddoo, ngal fuɗɗiti : De nouveau, [la grue] a repris :
Mhm ! Mhm !
chant Daada Luguzaare, kumaa ! chant Mère de Luguzaare, kumaa !
Laamiiɗo nelamno, kumaa ! Le chef m’a chargé d’une commission, kumaa !
Neldimmi sadallo, kumaa ! Il m’a envoyée avec l’herbe (?) sadallokumaa !
Tappirde woɗeere, kumaa ! des balais rouges, kumaa !
Buurɗi boɗeeji, kumaa ! une enclume rouge, kumaa !
Luguzaare ɓesni, wi’i : Luguzaare a accouché et a dit :
Ngaron ngaron ! Vous venez, vous venez !
Mhm ! Mhm !
Ngaal kam huuci. [La grue] est rentrée chez elle.
Mhm ! Mhm !
Lorti nuli gaakuwal. [Le chef] a de nouveau chargé d’une commission le corbeau.
Mhm ! Mhm !
Oon kam, ngaa kam saawino. Lui… elle [la grue], elle avait dissimulé [la vérité].
Mhm ! Mhm !
Gaakuwal wari : Le corbeau est arrivé :
chant Daada Luguzaare, kumaa ! chant Mère de Luguzaare, kumaa !
Laamiiɗo nelamno, kumaa ! Le chef m’a chargé d’une commission, kumaa !
Neldimmi sadallo, kumaa ! Il m’a envoyée avec l’herbe (?) sadallokumaa !
Buurɗi boɗeeji, kumaa ! des balais rouges, kumaa !
Tappirde woɗeere, kumaa ! une enclume rouge, kumaa !
Luguzaare maayi, wi’i : Luguzaare est morte et a dit :
Ngaron ! ngaron ! ngaron ! Vous venez ! Vous venez ! Vous venez !
Mhm ! Mhm !
Takala mulus ! C’est fini !

Corpus inédit, © Copyright Henry Tourneux

 


 

Notes:

1  Hadidja rappelle à la conteuse le titre du conte qu’elle avait promis.

2  Ce mot est constitué des deux premières syllabes du nom de la grue couronnée : kumaarewal. C’est aussi la façon abrégée dont on appelle cet oiseau dans les contes.

Girliŋ Kaba / La fille sans mains

 

Mots-clés

peul, fulfulde de l’Aadamaawa (Cameroun et États voisins) — oralité, conte, chantefable, taalol — fille sans mains, coépouses, tamarinier

Production du corpus

Conteuse: Djénabou (surnommée Kilélé). Djénabou a 55 ans. Elle est née à Hodandé [Hoɗannde] Dargala. Elle a appris à conter auprès de sa grand-mère.

Contexte de production

Hodandé [Hoɗannde] (Dargala) 06/03/2011

Le conte a été enregistré dans une case suite à un rendez-vous pris avec la conteuse.

Descriptif

Le roi s’en va chercher femme. Il s’en va avec ses esclaves. Deux jeunes amies sont sur un tamarinier. Le roi se repose avec ses courtisans sous le tamarinier. L’une des jeunes fait tomber des tamarins à moitié mûrs sur le roi. Il fait tomber des tamarins à moitié mûrs sur les courtisans [la conteuse a interverti les choses]. Les courtisans constatent qu’il y a des gens sur le tamarinier. Le roi nie d’abord. Il fait tuer les courtisans. Le roi finit par constater que c’est vrai.

On fait descendre les jeunes filles de l’arbre. Un courtisan épouse la jeune fille valide. Le roi décide d’épouser la fille sans mains. La cour rentre au village. Les autres femmes du roi constatent que le roi a épousé une femme sans mains. En pleine nuit, l’amie de la fille sans mains transporte cette dernière dans le creux d’un arbre. Elles fabriquent des mains à la femme du roi.

Le septième jour du mariage, la nouvelle femme du roi doit se montrer en public. Les coépouses jurent qu’elle est infirme et, si elle ne l’est pas, qu’elles se transforment en marmite, en foyer, en esclave pour la nouvelle femme du roi ! Le roi réunit sa cour. La nouvelle femme du roi sort de sa chambre. Une chanson rythme sa démarche. Les coépouses sont punies.

Conte très lacunaire.

Collecte et édition

Collecté sous la direction de: Hadidja Konaï

Image et son: Henry Tourneux

Transcription et traduction: Boubakary Abdoulaye et Henry Tourneux

Annotation: Henry Tourneux

 

 

 

 

 

 

 

Girliŋ kaɓa. Girliŋ kaɓa.
Yoo, ɗoo boo debbo laamɗo. Bon, ici aussi, c’est une femme de chef.
Ooho ! Ooho !
Laamɗo yiɗi muuygo debbo. Le chef a envie d’aller courtiser une femme.
Mhm ! Mhm !
Ɗon dilla Il s’en va
(rire) (rire)
bee maccuɓe muuɗum. avec ses serviteurs.
Mhm ! Mhm !
Ɓe njaali derke’en ɗiɗo, Ils passent à côté de deux jeunes filles 1 ,
Mhm ! Mhm !
ɗon mba’’ii jaɓɓi. qui sont montées dans un tamarinier.
Mhm ! Mhm !
Laamɗo siiwtake bee wiirɓe mum. Le chef se repose avec ses notables.
Mhm ! Mhm !
Yoo ! Mm, gooto teɓa burkumje soltina dow laamɗo. Bon ! Euh… l’une cueille des tamarins à moitié mûrs et les fait tomber sur le chef.
(dow wiirɓe) (sur les notables 2 )
Mhm ! Mhm !
Ɓennduɗe soltina dow wiirɓe, Les mûrs, elle les fait tomber sur les notables,
Mhm ! Mhm !
burkumje boo dow laamɗo. les non mûrs sur le chef.
Mhm ! Mhm !
Suy, ɓe mbii : « Alla am ! Colli ɗiye ni ƴoyɗi ɗii ? » Alors, ils disent : « Nom de nom ! Quels sont ces oiseaux si malins ? »
Mhm ! Mhm !
Gooto, biiro gooto tijjii nii wii : L’un, un notable tourna la tête vers le haut et dit :
« Barka maaɗa, « Majesté,
Mhm ! Mhm !
naa ɗum colli, ɗum neɗɗo ! » ce ne sont pas des oiseaux, c’est quelqu’un ! »
Mhm ! Mhm !
O wi’i : « Kaay! Neɗɗo waɗataa bannii. Il dit : « Voyons ! Personne ne ferait ça !
Mhm ! Mhm !
Codee mo daande. » Coupez-lui la tête 3 . »
Mhm ! Mhm !
Ɗum fuɗɗiti. Ça recommence.
Oya goo wi’i mo yoo : Un autre [notable] lui dit :
Mhm ! Mhm !
« Barka maaɗa, « Majesté,
Mhm ! Mhm !
koo a waɗatam bana ko ngaɗɗaa mo ɗoo, même si tu me fais comme tu as fait à [l’autre],
Mhm ! Mhm !
ɗum neɗɗo. » [je t’assure que] c’est une personne. »
Mhm ! Mhm !
Laamɗo goo tijjii nii tawi ɗum neɗɗo. Le chef tourna la tête vers le haut et constata que c’était une personne.
Mhm ! Mhm !
« Njippinee ɓe ! » « Faites-les descendre ! »
Na’am ! Na’am !
Ɓe njippake, Elles sont descendues,
Mhm ! Mhm !
ɓe njooɗake. et se sont assises.
Mhm ! Mhm !
Laamɗo goo, Le chef
Mhm ! Mhm !
e jo’’ini derke’en goo. fait asseoir les jeunes filles.
Biiro ɓaŋi marɗo juuɗe. Un notable épouse celle qui a des mains.
Laamɗo goo boo wi’i : « Miin kam, guddo 4  ngiɗmi ! Le chef dit : « Moi, c’est celle qui n’a pas de mains que je veux !
Mhm ! Mhm !
Na’am ! Na’am !
Miin kam, guddo ngiɗmi ! » Moi, c’est celle qui n’a pas de mains que je veux ! »
Mhm ! Mhm !
Yoo ! Ɓe ɓaŋi. Yoo ! Ils [le chef et son notable] se sont mariés.
Mhm ! Mhm !
Ɓe njahanno muuygo goo na, laamɗo na ɓe ɓaŋi ɓee fuu. Ils étaient allés faire la cour, et ils se sont tous mariés.
Ooho ! Ooho !
Yoo, ɓe kuuci, ɓe tawti nawloraaɓe, nawliraaɓe : Bon, ils rentrent chez eux et retrouvent les coépouses :
Mhm ! Mhm !
« – Hii, debbo laamɗo na guddo. « – Eh ! La [nouvelle] femme du chef est manchote !
– Ayyee ! Laamɗo ni wurtanoo ɓaŋgal, – Ah bon ? Le chef était sorti en vue d’un mariage,
dilli ɓaŋoygo nii ɓaŋa guddo. » il est parti se marier et a épousé une manchote. »
Mhm ! Mhm !
Nawliraaɓe njooɗii ɓiira moy fuu haɓɓitoo bee kuule mum. Les coépouses décident, ɓiira ! que chacune revête ses plus beaux pagnes.
Mhm ! Mhm !
Sappa maako goo, Son amie,
Mhm ! Mhm !
caka jemma hooci waawi mo. au milieu de la nuit prit sur son dos [la manchote].
Ooho ! Ooho !
Ɓe ndilli, Elles s’en sont allées,
ɓe njehi haa loogo lekki. elles sont allée dans le creux d’un arbre.
Ɓe njehi ɓe mahoyi kooli har guddo goo, Elles sont allées fabriquer des doigts pour la manchote,
Mhm ! Mhm !
ɓe ngartiri. et elles sont revenues.
Mhm ! Mhm !
Yoo, nde ɓe ngarti, Bon, une fois de retour,
Mhm ! Mhm !
yoo, jam, ɓe ngarti goo, bon, quand elles furent revenues,
yoo, debbo laamɗo, janngo o wurtotoo. bon, la femme du chef, c’est demain qu’elle doit sortir.
Mhm ! Mhm !
Na waɗa jeeɗiɗiire ɗoo koowaaɗo wurtotoo na? C’est le septième jour que la nouvelle mariée doit sortir, n’est-ce pas ?
Ooho ! Ooho !
Yoo, janngo o wurtotoo. Bon, c’est demain qu’elle doit sortir.
Goɗɗo, nawliraawo oo wi’i : Quelqu’un, telle coépouse dit :
« Miin kam, to naa o guddo, « Moi, si elle n’est pas manchote,
Mhm ! Mhm !
Alla mi lattoo kaatinɗe maako. » par Dieu, que je me transforme en foyer pour elle ! »
Mhm ! Mhm !
Oo boo wi’i : « – To naa o guddo, Une autre dit : « – Si elle n’est pas manchote,
Alla mi lattoo fayannde maako. » Que Dieu me transforme en marmite pour elle ! »
Mhm ! Mhm !
– To naa o guɗɗo, Alla mi horɗanoo mo. – Si elle n’est pas manchote, par Dieu, que je devienne son esclave !
Mi ɗon huuwana mo tum noon bana booy goo. Je travaillerai définitivement pour elle comme une domestique.
Mhm ! Mhm !
– Yoo, to naa o guddo, Alla mi teenana mo leɗɗe. » – Bon, si elle n’est pas manchote, par Dieu, que je ramasse du bois mort pour elle ! »
Yoo, debbo losake wurtake Bien, la femme s’extrait [de la case] et sort
Mhm ! Mhm !
ba leelewal. comme un clair de lune.
Mhm ! Mhm !
Wurtake ! Elle sort !
Laamɗo waɗi faada mum. Le chef a réuni sa cour.
Mhm ! Mhm !
Debbo ɗon wurtoo. Debbo yaadu mum. La femme sort. La femme, sa démarche…
Debbo wi’i sonaa ɓe mbe’’itana ɗum tappi haa tappi haa jokkoo haa laamɗo woni, La femme dit qu’elle n’avancera pas à moins qu’on lui étale des tapis 5  jusqu’où se trouve le chef,
Mhm ! Mhm !
haa yolnde laamɗo woni ! jusqu’au seuil [de la maison] du chef !
Mhm ! Mhm !
Ɓe mbii : « Hala ! Ngam guddo oo oon na ? Elles disent : « Comment ! pour une manchote comme ça ?
(Rire) (Rire)
Guddo oon tappi haa tappi na ? Pour cette manchote, tapis sur tapis ?
(Rire) (Rire)
Hala ! Oo oon na ? » Voyons ! Pour celle-là ? »
Mhm ! Mhm !
Debbo wurtake. La femme sort.
Mhm ! Mhm !
Too, ɓiira ɗon yaha ! Bien, ɓiira, elle marche !
Tap, Girliŋ kaɓa ! Tap, girliŋ kaɓa 6  !
Taɓɓa mo to o do’’ore. Retiens-la 7  de peur qu’elle ne te tombe dans les mains.
To o do’’ake, en ngiidan ! Si elle tombe, tu vas voir ce que je vais te faire !
Mhm ! Mhm !
Tap, girliŋ kaɓa ! Tap, girliŋ kaɓa !
Taɓɓa mo to o do’’ore. Retiens-la de peur qu’elle ne te tombe dans les mains.
To o do’’ake, en ngiidan ! Si elle tombe, tu vas voir ce que je vais te faire 8  !
Mhm ! Mhm !
Tap, girliŋ kaɓa ! Tap, girliŋ kaɓa !
Ɗoo kam yaadu maako. Telle est sa démarche.
Mhm ! Mhm !
Ɓe ɗon mbakki mo; Ils marchent à ses côtés,
Maccuɓe ɗon mbakkii mo. les serviteurs marchent à ses côtés.
Yaadu maako ɗoo, Sa démarche…
Mhm ! Mhm !
maccuɓe ɗon mbakkii. les serviteurs marchent à côté.
Ooho! Ooho!
Tap, girliŋ kaɓa ! Tap, girliŋ kaɓa !
Taɓɓa mo taa o do’’ore, Retiens-la de peur qu’elle ne te tombe dans les mains.
To o do’’ake, en ngiidan ! Si elle tombe, tu vas voir ce que je vais te faire !
Mhm ! Mhm !
Laamɗo wi’a : « To o do’’ake, en ngiidan » ! Le chef dit : « Si elle tombe, tu verras ce que je vais te faire » !
(Rire) (Rire)
Nii, takala mulus ! Comme ça, c’est fini !

Corpus inédit, © Copyright Henry Tourneux

 


 

Notes:

1  C’est plus loin seulement qu’on comprend qu’il s’agit ici de jeunes filles et non de jeunes gens, ce que le fulfulde (derke’en) ne précise pas.

2  Jam-Duudu tente de corriger la conteuse, qui ne se rend pas compte de son erreur.

3  Le chef fait décapiter le notable qui lui a donné cette information à laquelle il ne croit pas.

4  Manchot, personne estropiée d’un membre supérieur (main, doigt, bras).

5  Litt. : « La femme dit sauf si on lui étale des tapis pour que les tapis rejoignent là où est le chef ».

6  Ces trois mots ont valeur idéophonique ; ils décrivent la démarche altière de l’ancienne manchote. Les lignes suivantes, très rythmées en fulfulde, évoquent un accompagnement de tambour.

7  C’est le chef qui dit cela par manière de menace à l’endroit de la personne qui accompagne sa nouvelle femme.

8  Litt. : « nous allons nous voir ».

Dendewrou

 

Mots-clés

peul, fulfulde de l’Aadamaawa (Cameroun et États voisins) — oralité, littérature enfantine, chanson pour jouer — wamndugo

Production du corpus

Conteuse: Djénabou (surnommée Kilélé). Djénabou a 55 ans. Elle est née à Hodandé [Hoɗannde] Dargala. Elle a appris à conter auprès de sa grand-mère.

Contexte de production

Hodandé [Hoɗannde] (Dargala) Cameroun, 06/03/2011

Enregistré dans une case, suite à un rendez-vous pris avec la conteuse.

Descriptif

Comptine pour jouer avec les tout petits: l’adulte prend l’enfant et le fait sauter entre ses mains (wamndugo) en disant ou en chantant la comptine. Celle-ci ne pouvant être exécutée sans bébé effectivement dans les mains, la conteuse s’est fabriqué une sorte de poupée de chiffon comme substitut de bébé.

Collecte et édition

Collecté sous la direction de: Hadidja Konaï

Image et son: Henry Tourneux

Transcription et traduction: Boubakary Abdoulaye et Henry Tourneux

Annotation: Henry Tourneux

 

 

 

 

 

 

 

Dendewru am, Dendewru ! Mon cher Dendewru, Dendewru !
Dendewru pinndi jaaɓe 1 , Dendewru, fleurs de jujubier,
Ndaa nduu finna hacca, Voici que celui-ci fleurit et sent mauvais 2 ,
Nduu boo, ndu morla rijja, Voici que celui-là commence à former des fruits âpres au goût,
Ndaa nduu ɓenndi welti. Voici qu’un autre est mûr et est devenu délicieux.
Dendewru am, Dendewru, Mon cher Dendewru, Dendewru,
Dend-, … Dend-, …
(Finna hacca ɓennda welta 3 ) (fleurit et pue, mûrit et devient délicieux 4 )
Dendewru am, Dendewru ! Mon cher Dendewru, Dendewru !
Mhm ! Mhm !
Dendewru finna hacca, Dendewru, fleurit et sent mauvais,
Ndaa nduu morla rijja, Voici que celui-ci commence à former des fruits âpres au goût.
Nduu boo, ndu ɓennda welta. Voici qu’un autre est mûr et est devenu délicieux.
Baamma fiya yaama, Ton père bat ta mère,
Yaama fina yolloo nde. Ta mère s’éveille et se précipite [au quartier] 5 .
Miin doo, mi fina mi jampa ɗam. Quant à moi, je m’éveille et je le 6  bats.
Mi tepoo ɗi ɓuluk ! ɓuluk ! ɓuluk ! ɓuluk ! ɓuluk ! J’en forme des boulettes 7  ɓuluk 8  ! ɓuluk ! ɓuluk ! ɓuluk ! ɓuluk !
Baamma fiya yaama, Ton père bat ta mère,
(Rire) (Rire)
Yaama fina yolloo nde; Ta mère s’éveille et se précipite [au quartier].
Miin boo, mi fina mi jampa ɗam, Quant à moi, je m’éveille et je le bats.
Dendewru am, Dendewru ! Mon cher Dendewru, Dendewru !
A ! Dendewru am, Dendewru ! Ah ! Mon cher Dendewru, Dendewru !
A ! Dendewru pinndi jaaɓe. Ah ! Dendewru, fleurs de jujubier.
Ndaa nduu finna hacca, Voici que celui-ci fleurit et sent mauvais,
Ndaa nduu morla rijja, Voici que celui-là commence à former des fruits âpres au goût,
Nduu boo, ndu ɓennda welta, Voici qu’un autre est mûr et est devenu délicieux.
A ! Dendewru am, Dendewru ! Ah ! Mon cher Dendewru, Dendewru !
A ! Dendewru am, Dendewru ! Ah ! Mon cher Dendewru, Dendewru !
Nduu ndu finna hacca, Celui-ci, il fleurit et sent mauvais,
Baamma fiya yaama, Ton père bat ta mère,
Yaama fina yolloo nde, Ta mère s’éveille et se précipite [au quartier].
Miin boo, mi fina mi jampa ɗam, Quant à moi, je m’éveille et le bats,
Mi tepoo ɗi ɓuluk ! ɓuluk ! J’en forme des boulettes ɓuluk ! ɓuluk !
Miin kam mi somi. Moi, je suis fatiguée 9 .

Corpus inédit, © Copyright Henry Tourneux

 


 

Notes:

1         Jaaɓi : jujubier sauvage, Ziziphus mauritiana Lam. (Rhamnaceae).

2         Le jujubier sauvage en fleurs dégage une odeur désagréable (information Tapsou, 29-03-2016).

3         La conteuse a un trou de mémoire et une femme de l’assistance lui souffle la suite.

4         La conteuse a un trou de mémoire et une femme de l’assistance lui souffle la suite.

5         Le pronom nde peut renvoyer au quartier (fattude). La « mère » s’éveille et se précipite au (litt. « tombe dans ») quartier. Le mari bat sa femme, probablement parce qu’elle traîne au quartier dans la journée, et effectivement, une fois qu’elle a été battue la nuit, elle y retourne.

6         Le pronom ɗam, traduit ici par « le », réfère au lait (kosam).

7         Il s’agit des boulettes de beurre, que l’on forme en les faisant tourner dans une louche en calebasse (Noye 1989, p. 346, sous tepaago). C’est en effet sous forme de boulettes que l’on présente le beurre, que l’on laisse flotter à la surface du lait baratté.

8         Idéophone qui décrit le mouvement et le bruit de la boulette de beurre que l’on façonne dans la louche en lui impulsant un mouvement rotatif.

9         La conteuse est fatiguée et s’arrête là.

Dinguiwri

 

Mots-clés

peul, fulfulde de l’Aadamaawa (Cameroun et États voisins) — oralité, conte, taalol — serpent

Production du corpus

Conteuse: Djebba, 45 ans. Née à Kaya, elle ne parle que le fulfulde. Elle a appris à conter auprès de sa grand-mère et de sa mère. Elle perfectionne ses contes en contant auprès de ses enfants et petits-enfants.

Contexte de production

Hodandé [Hoɗannde] (Dargala) 06/03/2011

Enregistré en matinée dans une case, suite à un rendez-vous pris avec la conteuse.

Descriptif

Un enfant dont le père a été tué par un serpent est la risée de ses camarades. Il décide d’aller à la recherche du serpent pour le tuer.

Conte très bref

Collecte et édition

Collecté sous la direction de: Hadidja Konaï

Image et son: Henry Tourneux

Transcription et traduction: Boubakary Abdoulaye et Henry Tourneux

Annotation: Henry Tourneux

 

 

 

 

 

 

 

Ooho ! Oui !
(Rires) (Rires)
Ɓinngel feere boo, Il y a un enfant,
baaba maako, Dingiwri mbari ɗum. son père, Dingiwri1 l’a tué.
Mhm ! Mhm !
Dingiwri dilli daayiɗum jooɗake. Dingiwri est parti s’installer loin.
Ɓikkon ɗon kuɗa mo. Les enfants se moquent de lui.
Mhm ! Mhm !
To o fuɗɗi ŋallu, Dès qu’il se met à les provoquer,
ɓe mbi’a mo : ils lui disent :
« Yah, buustuɗo ! « Va t’en, incapable2 !
Mhm ! Mhm !
Baaba maaɗa, Dingiwri mbari mo, Ton père, Dingiwri l’a tué,
yah le waroyi ndi. » va donc le tuer. »
Mhm ! Mhm !
Bannii, bannii, haa nyalde feere, Et ainsi de suite, jusqu’au jour
o ɓaarti labbo o jogi, o dilli. il prit la lance posée contre le mur et partit.
O tokkii laawol. Il prit la route.
O yaha haa wuro o daroo : Il va dans un village et s’arrête :
Mhm ! Mhm !
chant

Hiiri yam, weeti yam.

chant

Le soir est tombé sur moi, le matin s’est levé sur moi,

Yaaka baamle ! Venez à mon aide, villages païens !
Dingiwri yaalaay ɗon na ? Dingiwri n’est pas passé par ici ?
Ɓe mbi’a Dingiwri duuɓi jowi saalii. Ils lui disent qu’il y a cinq ans que Dingiwri est passé.
Mhm ! Mhm !
Kadi boo : De nouveau :
chant

Hiiri yam, weeti yam.

chant

Le soir est tombé sur moi, le matin s’est levé sur moi,

Yaaka baamle ! Venez à mon aide, villages païens !
Dingiwri yaalaay ɗon na ? Dingiwri n’est pas passé par ici ?
Dingiwri ko saalori duuɓi nayi. Dingiwri, ça fait quatre ans qu’il est passé.
chant

Hiiri yam, weeti yam.

chant

Le soir est tombé sur moi, le matin s’est levé sur moi,

Yaaka baamle ! Venez à mon aide, villages païens !
Dingiwri yaalaay ɗon na ? Dingiwri n’est pas passé par ici ?
Duuɓi tati. [Ça fait] trois ans.
Mhm ! Mhm ! Mhm ! Mhm !
chant

Hiiri yam, weeti yam.

chant

Le soir est tombé sur moi, le matin s’est levé sur moi,

Yaaka baamle ! Venez à mon aide, villages païens !
Dingiwri yaalaay ɗon na ? Dingiwri n’est pas passé par ici ?
Duuɓi ɗiɗi. [Ça fait] deux ans.
Mhm ! Mhm !
chant

Hiiri yam, weeti yam.

chant

Le soir est tombé sur moi, le matin s’est levé sur moi,

Yaaka baamle ! Venez à mon aide, villages païens !
Dingiwri yaalaay ɗon na ? Dingiwri n’est pas passé par ici ?
Nduuɓu. [Ça fait] un an.
Mhm ! Mhm !
chant

Hiiri yam, weeti yam.

chant

Le soir est tombé sur moi, le matin s’est levé sur moi,

Yaaka baamle ! Venez à mon aide, villages païens !
Dingiwri yaalaay ɗon na ? Dingiwri n’est pas passé par ici ?
O wi’i, ɓe mbii mo : « Ndaa haa too Dingiwri woni. » Il dit, ils lui dirent : « C’est là-bas que se trouve Dingiwri. »
Mhm ! Mhm !
O yehi o fiisti haɓre bee Dingiwri. Il est allé déclencher un combat avec Dingiwri.
O ɗon haɓa, o ɗon haɓa haa o mbari Dingiwri. Il se bat, il se bat au point qu’il a tué Dingiwri.
Mhm ! Mhm !
O ta’i ɓernde Dingiwri, Il a coupé le cœur Dingiwri,
O ɗisi haa labbo maako, l’a planté au bout de sa lance,
o hoori haa wuro maɓɓe. et l’a rapporté dans son village.
Mhm ! Mhm !
Takala mulus! C’est fini !

Corpus inédit, © Copyright Henry Tourneux

 


 

Notes:

1  Nom propre d’un serpent.

2  Litt. : « infirme » (qui ne peut donc rien faire).

Koumbo

 

Mots-clés

peul, fulfulde de l’Aadamaawa (Cameroun et États voisins) — oralité, conte, chantefable, taalol — bouc, fortun

Production du corpus

Conteuse: Djebba, 45 ans. Née à Kaya, elle ne parle que le fulfulde. Elle a appris à conter auprès de sa grand-mère et de sa mère. Elle perfectionne ses contes en contant auprès de ses enfants et petits-enfants.

Contexte de production

Hodandé [Hoɗannde] (Dargala) 06/03/2011

Enregistré dans une case en matinée, suite à un rendez-vous pris avec la conteuse.

Descriptif

Un homme part en brousse avec son petit bouc pour faire fortune.

Conte très bref. Manifestement, la conteuse en a perdu la maîtrise.

Conte avec chant.

Collecte et édition

Collecté sous la direction de: Hadidja Konaï

Image et son: Henry Tourneux

Transcription et traduction: Boubakary Abdoulaye et Henry Tourneux

Annotation: Henry Tourneux

 

 

 

 

 

 

« – Too, feere boo, ɗume no ? « – Bon, l’autre, c’était lequel ?
– Mbolwaa bee semmbe : Kummbo. » – Parle fort : c’est Kummbo. »
Yoo ! Kummbo goo, C’est ça ! Kummbo1,
(Rire) (Rires)
goɗɗo yiɗi ɗaɓɓugo jawdi. il y a quelqu’un qui veut chercher la richesse.
O hooci jawgel baaba maako o jogi. Il a pris en main le petit bouc de son père.
Wooɗi! Bien !
O hooci jawgel baaba maako o jogi. Il a pris en main le petit bouc de son père.
O dilli ɗaɓɓugo jawdi. Il est parti faire fortune.
Mhm ! Mhm !
O yehi haa caka ladde, Il est allé en plein cœur de la brousse,
o fe’’i leɗɗe. et il a abattu des arbres à la hache.
O fe’’i leɗɗe o waɗi suudu, Il a abattu des arbres et a fait une case.
o ɗon jooɗii bee jawgel maako. Il demeure avec son petit bouc.
Ooho! Ooho!
Suy, kuuje ladde ngari. Puis, il y a des animaux sauvages qui sont venus.
« Hii ! E ɗume waddu ma ? « Eh ! Qu’est-ce qui t’a amené [ici] ?
– Mi wari haa njooɗooɗen. – Je suis venu pour rester avec vous2.
– Yoo! wooɗi ! – Bon ! D’accord !
– A war haa njooɗooɗen ? – Tu viens pour rester avec nous ?
– Ooho! – Oui !
– Too ! Yoo ! Wooɗi ! – Bon ! Bien ! D’accord !
Jemma, min ɗon ngara kiiren. Cette nuit, nous viendrons pour que nous passions la veillée ensemble.
– Yoo! wooɗi ! – Bien ! D’accord ! »
Asira, o defi law law, o naasti o maɓɓi. Le soir, [Kummbo] a cuisiné rapidement, elle est entrée dans la maison et a fermé la porte.
Mhm ! Mhm !
O ɗon waalii goo, Alors qu’elle était couchée,
kuuje goo ngari : les animaux en question sont venus :
chant Kummbo, min ngari. chant Kummbo, nous sommes arrivés.
Kummbo ɓii jawro, min ngari. Kummbo, fille du chef de quartier, nous sommes arrivés.
Taannaaɗo jawro, min ngari. Petite-fille du chef de quartier, nous sommes arrivés.
Jawgel goo waɗa : Le petit bouc fait :
chant Kuruɓeŋ kururuɓeŋ ! chant Kuruɓeŋ kururuɓeŋ !
Tawi Kummbo ɗaanake, Il se trouve que Kummbo dort,
Kummbo ɓii jawro ɗaanake. Kummbo la fille du chef de quartier dort.
Kuuje goo ndogga, ɗalana mo ceede, Les animaux s’enfuient et laissent de l’argent [à Kummbo],
Mhm ! Mhm !
ɗalana mo cardi, o mooɓta. ils lui laissent [des bijoux en] argent, et elle les ramasse.
Mhm ! Mhm !
Janngo boo, bannii : Le lendemain, c’est comme ça :
chant : Kummbo, min ngari, chant : Kummbo, nous sommes arrivés.
Kummbo ɓii jawro, min ngari, Kummbo, fille du chef de quartier, nous sommes arrivés.
Taannaaɗo jawro, min ngari. Petite-fille du chef de quartier, nous sommes arrivés.
Kuruɓeŋ kururuɓeŋ ! Kuruɓeŋ kururuɓeŋ ! [fait le petit bouc].
Tawi Kummbo ɗaanake, Il se trouve que Kummbo dort,
Kummbo ɓii jawro ɗaanake. Kummbo la fille du chef de quartier dort.
Mhm ! Mhm !
Bannii o mooɓti jawdi, C’est ainsi qu’elle a amassé de la richesse.
o doggi o huuci. et elle est rentré chez elle en courant.
Takala mulus ! Takala mulus !

Corpus inédit, © Copyright Henry Tourneux

 


 

Notes:

1  Nom féminin donné à la deuxième fille.

2  Litt. : pour que nous restions ensemble ».