Byakumarira iki ?

 

Byakumarira iki ? Inkuru ndende
À quoi cela te servirait-il ?

(Roman)

 

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Jean Chrysostome NKEJABAHIZI

Byakumarira iki ? Inkuru ndende [À quoi cela te servirait-il ? Roman]

Ellaf Éditions

Lagny sur Marne (France)

223 pages + 16 pages de résumé en français

kinyarwanda

978-2-491422-00-4

12 cm x 18 cm

10/09/2019

15 €

L’Harmattan

Commande à l’adresse: https://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=64269

Présentation

Le livre

Byakumarira iki ? [À quoi cela te servirait-il ?] est un roman en kinyarwanda qui évoque le parcours difficile d’une jeune fille de milieu aisé de Kigali, Keza Sandrine. Faussement accusée de vol, Keza est renvoyée de son établissement scolaire. Elle décide de quitter sa famille, son milieu social, son pays et elle part pour Kampala.

Recrutée comme ouvrière dans une plantation de thé, elle connaît une ascension rapide et finit par diriger l’entreprise. Sa réussite professionnelle et matérielle est considérable. Sa carrière l’amène à Nairobi et à Londres. Mais elle est toujours à la recherche de sa voie.

L’auteur

Jean Chrysostome Nkejabahizi est enseignant-chercheur de linguistique et de littérature kinyarwanda à l’Université de Butare au Rwanda. Il a publié plusieurs travaux de recherche sur la langue et la littérature kinyarwanda. Il est membre du Comité scientifique de l’Encyclopédie des littératures en langues africaines. Il est l’auteur de plusieurs textes littéraires inédits en kinyarwanda. Byakumarira iki ? est son premier roman.

La langue

Le kinyarwanda, connu au Burundi sous le nom de kirundi, est parlé par environ 40 millions de locuteurs dans la région des Grands Lacs. Il est langue nationale et langue officielle du Rwanda ; il est langue d’enseignement dans les trois premières années du primaire.

 

 

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Byakumarira iki

Wellérisme

 

Le mot est peu connu en français, c’est un anglicisme qui vient d’un héros des Pickwick Papers (1836-1837) de Charles Dickens. Mais ce n’est pas Dickens qui a inventé le concept, pas plus que son personnage, Sam Weller, qui apparaît à partir du chapitre dixième de son livre. L’Encyclopedia Americana (1965: 608) soutient que, déjà au 3ème siècle avant J.-C., Théocrite usait des wellérismes; tandis que d’après W. Mieder et A. Kingsbury (1994), le genre existe depuis l’époque des Sumériens (5ème millénaire a.C.). Et depuis, il est populaire dans beaucoup de langues européennes et certaines langues africaines.

– “La vertu se trouve au milieu”, comme disait le diable entre deux prostituées.
– “Je la guérirai avec de bonnes paroles”, comme disait le pasteur en jetant la Bible à la tête de sa femme.

Mais il faudra attendre que C. Dickens mette plusieurs phrases de cette forme d’humour dans la bouche d’un serviteur dévoué de Mr. Pickwick nommé Sam Weller, qui avait tendance à enfiler des paroles sentencieuses (souvent des proverbes) en les accompagnant de la formule “comme disait…”, leur donnant ainsi plus de poids, pour que le genre soit connu. Ce qui a incité le public à les appeler “wellerisms” en 1839, soit deux ans après la publication du livre.

– “Now we look compact and comfortable”, as the father said when he cut his little boy’s head off to cure him of squinting.
– “I see”, said the blind man after he had fallen into the ditch.

Le mot en question figure dans très peu de dictionnaires de langue française. Il est absent des encyclopédies et il est largement ignoré du public. Souvent on confond encore le wellérisme et le dicton, le proverbe, l’aphorisme, etc. L’Encyclopedia Americana le définit comme:
“a form of comparison in which a familiar saying or proverb is identified, often punningly, with what was said by someone in a specified but humorously in apposite situation”.
Il se caractérise donc par un discours ou un avis émis par un personnage bien identifié dans une situation déterminée qui tourne à l’ironie et engendre le comique. La structure montre deux parties distinctes: l’anecdote qui peut s’exprimer comme un récit ou une question. Dans le cas du Rwanda, il peut aussi prendre la forme d’un substantif narratif qui est un nom propre de personnage historique ou fictif. Sous sa forme de récit, l’anecdote se compose d’un sujet humain vivant ou un animal, suivi d’une relative indiquant ce que le sujet a fait ou subi. L’énoncé est en général prononcé par le sujet de l’anecdote, mais il arrive aussi qu’il soit le propos du partenaire ou, plus rarement, d’un tiers (P. Crépeau & S. Bizimana, 1979: 6).
Des proverbes et des devinettes s’intègrent facilement dans le wellérisme et ceci fait naître une confusion totale entre les trois. Dans la littérature rwandaise, par exemple, A. Bigirumwami (1967), P. Crépeau & S. Bizimana (1979) classent les wellérismes dans les proverbes dialogués. Comme nous l’avons dit, la parole dite peut avoir une structure de proverbe; mais le wellérisme insistera toujours sur la situation, les circonstances dans lesquelles telle parole a été produite; tandis que le proverbe se contente de livrer la matière brute, une vérité à dimension universelle que chacun va adapter à telle ou telle situation au moment de son intégration dans le discours.
Ainsi, certains proverbes sont des wellérismes qui ont été dépouillés de la partie précisant les circonstances de leur naissance. Au lieu de considérer le wellérisme comme un proverbe, à la rigueur on pourrait prendre certains proverbes pour des wellérismes tronqués.
Dans certains cas, on peut penser qu’au début était le conte comme dirait N. Mayugi (1983) qui parle de “condensation originelle”. Dans cette perspective, à la suite d’une évolution tout à fait normale, le conte a donné naissance au récit étiologique qui a évolué en wellérisme avant d’aboutir au proverbe qui en constitue le noyau dur.
Ainsi, dans le wellérisme, l’énonciateur est déterminé même s’il peut être fictif, alors que dans le proverbe il reste en général indéterminé, indéfini. Le wellérisme a des considérations idiosyncrasiques ou individuelles, une expérience singulière où quelqu’un exprime une pensée à partir de son moi, là où le proverbe porte sur des croyances ou une sagesse collective par-delà les singularités et les subjectivités. Le proverbe généralise à outrance pendant que le wellérisme est particularisant; c’est l’individu qui parle. Le proverbe reste un énoncé clos et minimal (condensation), le wellérisme tend à la narrativisation et prend la forme d’un micro-récit ou d’un conte en raccourci (expansion). Le wellérisme nécessite un contexte d’insertion et décrit une situation alors que le proverbe est souvent considéré comme autonome. Le wellérisme transgresse des règles prescrites par la morale pratique, les bonnes manières et les règles de convenance; il fait fi de la décence, de la respectabilité et de la pudeur. Le proverbe est une parole sacrée et d’autorité qui cultive le sérieux. Il est garant de la stabilité de l’ordre établi. Le wellérisme exalte le comique et garde une fonction essentiellement ludique, philosophique (contestataire).

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Bibliographie:

  • ALSTER, B., 1975, “Paradoxical proverbs and satire in Sumerian literature”, in Journal of Cuneiform Studies, 27, p. 201-230.
  • ARNOLD, T., 1976, “De l’humour populaire au projet philosophique africain: une possible continuité”, in L’informateur, n°1, p. 33-47.
  • BIGIRUMWAMI, A., 1967, Imigani migufi = proverbes, inshamarenga = dictons, ibisakuzo = devinettes, Nyundo.
  • BRYAN, G.-B. & Mieder, W., 1997, “As Sam Weller said, when finding himself on the stage”: wellerisms in contemporary dramatizations of Charles Dickens’ Pickwick Papers”, in Proverbium, vol.3, n° 11, p. 57-76.
  • CRÉPEAU, J.-P. & Bizimana, S., 1979, Proverbes du Rwanda, Butare/Tervuren, INRS/MRAC.
  • DICKENS, C., 1964 (7ème ed.), Pickwick Papers, London, Oxford Clarendon Press.
  • DUNDES, A., “Some Yoruba wellerisms, dialogue proverbs and tongue-twisters”, in Folklore, vol. 75, n°2, p. 113-120.
  • MAYUGI, N., 1983, “Le génie créateur de la culture rundi et l’enseignement de la langue nationale”, in Culture et Education, p. 43-50.
  • MIEDER, W. & KINGSBURY, S.-A., 1994, A Dictionary of wellerisms, Oxford, Oxford University Press.
  • NKEJABAHIZI, J.-C., 2009, Les wellérismes du Rwanda. Textes, traduction et commentaires, Butare, Eds de l’université nationale du Rwanda.
  • NKEJABAHIZI, J.-C., 2013, Les wellérismes du Rwanda. Approche ethnolinguistique, Butare, Eds de l’université nationale du Rwanda.
  • OLBRECHTS-TYTECA, L., 1974, Le comique du discours, Bruxelles, Ed. de l’ULB.
  • ORERO, P., 2000, “La traducción de wellerismos”, in Quaderns. Revista de traducció, 5, p. 123-133.
  • OUELLET, B., 1995, “Aphorismes et proverbes dans la conversation quotidienne”, in Actes des 9ème journées de linguistique, université Laval, CIRAL, p. 93-98.
  • RODEGEM, F.-M., 1975, “Une forme d’humour contestataire au Burundi: “les wellérismes”, in Cahiers d’Etudes Africaines, 55, XIV-3, p. 521-542.
  • TAYLOR, A., 1952, “A Bibliographical Note on wellerisms”, in Journal of American Folklore, 65, p. 420.
  • A supplement to the Oxford English Dictionary, Oxford Clarendon Press, 1986, p. 1253: “wellerism”.
  • Encyclopedia Americana, vol. 28, NY, 1965, p. 608: “wellerism”.
  • The Oxford English Dictionary, vol. XII, Oxford Clarendon Press, 1933, p. 294: “wellerism”.


Jean-Chrysostome Nkejabahizi

Bugingo wa cumi na batatu

 

 

Patrick MUGABO, 2010, Bugingo wa cumi na batatu [Bugingo XIII].

 

 

 

Mots-clés:  kinyarwanda– Rwanda– roman – Bugingo XIII – Patrick – Mugabo

 

 

Contexte:
Le livre a été publié sous forme de “Printing on Command” chez Lulu, Raleigh (USA) en 2010. C’est le premier roman de l’auteur et c’est à lui qu’appartient le copyright.
P. Mugabo, né en 1983 à Kigali (Kicukiro district) est ancien élève du Groupe scolaire officiel de Butare et du Lycée de Kigali. Il rejoint ensuite la faculté des Sciences de l’université nationale du Rwanda où il obtient une licence (équivalent Master) en biologie en 2007.

 

Résumé:
Quatre personnages principaux sont présents: Bugingo Camil (i.e. « Celui qui possède la vie et/ou la chance»), surnommé Boy; Suzanne, la mère de Bugingo Camil; Sarah surnommée Nina; Helen, la mère de Sarah.
Le roman est bâti sur le thème classique de la quête. Nina et Boy grandissent ensemble en Ouganda. Helen, la mère de Nina, part faire des études au Royaume-Uni un mois seulement après la naissance de sa fille. Son père, membre de la rébellion rwandaise en Ouganda, rentre au Rwanda avec la prise du pouvoir par le Front Patriotique Rwandais et est nommé Général-Major dans la nouvelle armée. Les parents laissent Nina aux bons soins de Suzanne, la mère de Boy, qui vit également en Ouganda. Lorsque Suzanne, déplacée comme la plupart des anciens réfugiés en 1994, décide de rentrer au Rwanda avec Boy, Nina est obligée de rejoindre sa mère au Royaume-Uni. Elle a six ans.
Une fois adulte, elle se lance alors à la recherche de son ami d’enfance, afin que reprenne leur ancienne idylle. Le roman raconte cette recherche longue et difficile, puisqu’elle devra vérifier plus d’une dizaine d’identités avant de tomber, comme par enchantement, sur celle d’un « prisonnier au garage de son père » qui est, en fait, le treizième Bugingo, et donc le vrai Bugingo! La rencontre signe le début (ou la continuité) d’une aventure amoureuse qui ne dit pas son nom, mais c’est sans compter sur une opposition farouche d’un certain Captain Richard, amoureux de Sarah (dont Nina était le nom d’enfance) et pilote d’hélicoptère dans la même armée que Steven Kamanzi, le père de Sarah et qui semble aussi avoir les faveurs de la mère de celle-ci.
De son côté, Camil ne bénéficie d’aucun soutien de la part de sa mère Suzanne qui préfère que son fils trouve une fiancée de même condition sociale et lui recommande une certaine Anita. En effet, Suzanne est veuve du génocide de 1994 et de condition modeste. D’ailleurs, Helen qui a une vie aisée ne manquera pas de le lui rappeler par ce proverbe: “Amabóko atáreeshyá ntaaramúkanya”  : « Les bras qui n’ont pas les mêmes coudées ne peuvent se donner des accolades » (p. 338).
Les deux héros dont les destins se croisent seront aidés dans leur combat par un talent hors-pair et une force de caractère: Sarah est pianiste de renom tandis que Camil est champion d’Afrique en karaté, style Wado Ryu. Le garçon, dans une dernière bataille, sur scène, croise le fer avec Richard; Sarah est blessée durant le combat ; le sang de Camil se mêle à celui de Sarah, comme dans Tristan et Yseult, avant que son adversaire ne soit confondu.
Le style de l’auteur, teinté d’humour, comprend une forte dose d’emprunts (anglais, français, swahili) et ceci peut dérouter plus d’un rwandophone ordinaire. Ce style brosse, en quelque sorte, le tableau du paysage linguistique rwandais actuel où l’on parle en mélangeant trois et parfois quatre langues.

 

Extrait :
Jane ntiyavuganaga na Sarah ngo babure kuzanamo Boy. Ntiyabikundaga ariko yabaga abyiteze. Boy bari barareranywe kuva bakiri impinja, batandukanywa muri 1989, igihe Sarah ajya i Burayi. Bari bafite imyaka itandatu. Mbere yo gutandukanywa, Jane ni we wakoze akazi katoroshye ko kubasobanurira no kubemeza ko bagiye kumara iminsi itanu batari kumwe. Mbere nta hantu umwe yajyaga ajya ngo asige undi; barerwaga nk’impanga. No kuri uwo munsi wa nyuma kugira ngo abana bemere gutandukanywa, Jane yabanje kubarahira ko ntawuzongera kubatandukanya, uretse ko n’ubundi bitongeye (Bugingo, p. 136)


Traduction:
Jane ne pouvait jamais s’entretenir avec Sarah sans évoquer Boy. Cela ne lui plaisait pas, mais elle s’y attendait toujours. Sarah avait grandi avec Boy depuis leur tendre enfance et ils avaient été séparés en 1989, lorsqu’elle est partie en Europe. Ils avaient six ans. Avant leur séparation, Jane avait dû user de tout son savoir-faire pour les convaincre qu’ils allaient être séparés pendant cinq jours seulement. Avant, l’un ne pouvait aller nulle part sans l’autre; ils étaient élevés comme des jumeaux. Même ce dernier jour, pour que les enfants acceptent d’être séparés, Jane avait dû promettre que personne ne pourrait les séparer de nouveau, et effectivement cela ne s’est jamais répété.

 

Jean-Chrysostome Nkejabahizi