Conte dioula: La cérémonie de sacrifice des grenouilles et le double langage de l’hyène

 

  1. La cérémonie de sacrifice des grenouilles et le double langage de l’hyène.

 

Le narrateur ─ Camarade [1],  voilà mon conte. Voilà mon conte.

Premier répondant [2] ─ Courage. Eh bien tu es sur ton terrain [3], il est donc tout à toi

Les grenouilles décidèrent de préparer un sacrifice en l’honneur de leurs ancêtres.

[Dexième répondant]: ─ Incroyable !

Il s’agit des mêmes grenouilles que l’on voit par ici. Leurs ancêtres étaient morts. Et elles proposèrent de préparer un sacrifice en leur honneur.

Premier répondant: ─ C’est-à-dire un grand banquet de sacrifice.

Narrateur ─ Elles dirent qu’elles allaient préparer ce sacrifice en l’honneur de leurs ancêtres. Elles se mirent toutes d’accord et partirent acheter un taureau.

Premier répondant ─ Chez Samba [4]!

Dexième répondant ─ Non ! Chez Le Viɛ [5]!

Narrateur ─ Bon! Donc dans l’enclos des vaches de Bὲma Ali.

Elles s’apprêtèrent à sacrifier le taureau qu’elles avaient acheté et une fois mort, elles le découpèrent.

Le narrateur:  ─ Et toi, Hyène, tu passais justement par-là ! Et Hyène vit que les grenouilles étaient en train de découper le taureau.

Il leur dit :

 ─ Hééééé, petits frères [6]! C’est le sang [7] qui a guidé mes pas jusqu’ici. Ce sang ! Vous savez bien que je suis votre frère. Que nous avons tous la même mère. Vous savez que c’est ce sang qui m’a fait venir à votre rencontre ? Vous savez que je suis votre frère ? Que nous avons tous la même mère. Je suis votre frère.

Premier répondant  ─ Comme c’est incroyable !

Le narrateur  ─ Tu-as compris?

 ─ À ce que je vois, vous vouliez faire un banquet en hommage à nos ancêtres et vous ne me l’avez pas dit, n’est-ce pas ? Vous ne savez donc pas que je suis le chef de famille ?

Les grenouilles lui répondirent :

 ─ Pardonne-nous, frère ! Pardonne-nous, frère !

Elles demandèrent pardon à l’hyène et lui donnèrent le couteau. Elle s’assit afin de découper le taureau et elle le fit. Une fois le taureau découpé, elle le répartit en trois parts [8].

Premier répondant:  ─ Héééé ! La viande du sacrifice.

Narrateur  ─ Oui, la viande du sacrifice.

Hyène déclara:
─ Ce morceau de viande que vous voyez-là est pour ma maison. Et celui-ci sera pour ma femme.
Narrateur ─ Pour sa femme, bien sûr.
─ Ce dernier morceau sera pour la maison de mon oncle.
Il resta un bout de viande, mais il s’agissait des intestins. C’est donc cette partie des intestins qu’il dit qu’il fallait utiliser pour le sacrifice. Les grenouilles s’assirent autour, en plaçant leurs pattes sous les pommettes, de cette façon [gestes du narrateur], pour montrer leur déception.
À ce moment-là passa leur frère Lièvre [9] sur son cheval, un beau cheval blanc. Il trouva alors les grenouilles avec les pattes sous le menton et dit :
─ Hééé ! Grenouilles, mes frères ! Quoi de neuf ?
Une des grenouilles déclara :
─ Eh bien nous étions en train de préparer un sacrifice en l’honneur de nos ancêtres. Et Hyène est passée par là en disant qu’il était notre frère. Il nous a reproché de préparer le sacrifice sans l’avoir prévenu. Alors nous lui avons donné le couteau pour découper le taureau. Il a réparti le taureau en trois parts de cette façon. Et il a dit que les intestins étaient la partie à utiliser pour le sacrifice.
Premier répondant: ─ Que le sacrifice se ferait de cette façon.
Narrateur ─ Eh bien maintenant, il a pris la calebasse et est parti chercher de l’eau au fleuve.
Deuxième répondant: ─ Il va revenir rapidement afin de cuisiner et manger le taureau.

 

  1. Tòriri bɛ́mari sáraga sògo bɔ́, súrugu, nínden fíla kúman tó yí.

 

 

Kàramɔgɔ, ń tá yé ń tá yé,

 ─ É ní kóngo, é só yé.

 

Tòriri lé tí kὲrɛ ári yé ári bɛ́manri sáraga tὲwi.

 

Dálaminan ─ Bèlebele.

Tɔ̀riri kélen kélen míri yé tàn. Ári bɛ́ma cὲ kɔ̀rɔ kɔ̀rɔ míri tí sàra. Kó ári yé sáraga ń tὲwi.

 

Dálaminan ─ Sáraga tὲwi bá lé bɛ̀ ò yé.

Ári kó ári yé sáraga ń tὲwi, jága ári ká bìn ká tága mìsi tóran kélen sàn.

 

Dálaminan ─ Samba fὲ yí.

Dálaminan ─ Únhun, le Viɛ fὲ yí.

 ─ Anhan Bὲma Ali fὲ wὲrɛ rá.

 

 

Súrugu àle tὲmbɛ tɔ̀ ká tága à yé tɔ̀riri bὲ mísi bósora.

 

Á ká tó:

─ Éee! Dɔ́gɔ yɔ̀gɔri bási lé ká ní tá kà nàn ní bɔ́ álori kàn. Bási lómu, álori ká à lɔ́n ní bὲ álori kɔ́rɔ yé. Àn bíyɛ bá dénman kélen. Álori ká à lɔ́n bási lé kà ní bɔ́ álori kàn? Kòni ári ká à lɔ́n ári kɔ̀rɔ lé bὲ ní yé?Án bíyɛ bá dénman kélen, ní lé bὲ álori kɔ̀rɔ yé.

 

Dálaminan ─ Bèlebele.

 

 ─ É k̕ à míɛn, sísan álori kó ári yé án bɛ́manrí sáraga téwi álori mán à fɔ́ ní nyέnan ó? Álori ká à lɔ́n ní lé bὲ ári bíyɛ nyέnmɔgɔ yé wá?

Tòriri ká tó:

 ─ Ń kɔ̀rɔ sáwari, ń kɔ̀rɔ sáwari!

Ká dòn sóronari só rá ká súruku dári, ári ká mùru dí súrugu màn à ká sìgi kíye mìsi bóso.

Súrugu ká mìsi ń bóso, mìsi bóso bànan ká mìsi lá láduwa sáawa.

Dálaminan ─ Eee!Sáraga sògo.

 ─ Ɔ̀nhɔn sáraga sògo.

Kó:
─ Kélen mí yé tàn ò bὲ só mɔ̀gɔ sámba yé, tɔ̀ kéleman ò bὲ mùso tá yé.

 

Àle tá mùso.

─ Mí ye tàn ò bὲ àle béli só tá yé.
Sògo tɔ̀ tóra núgu. Nùgu gbὲrɛgbεrɛ kó òle yé kὲ sáraga yé. Tòriri ká sìgi ká ári bóro kὲ ári yὲ kɔ́rɔ tàn.

 

 

Sísan dɔ́gɔ sànde àle yé bɔ́ míni ní sò yé, sò gbὲ nyúman. À bὲ nànan ká nàn sé ká tòriri bóro sɔ̀rɔ ári yὲ kɔ́rɔ kó:

─Aa! Kɔ̀rɔ tòri à dó kὲra dí lé?

Kó:

─ Án bὲ án bέman yɔ̀gɔri sáraga tèwira súrugu ká nàn bɔ́ án kàn kó án kɔ̀rɔ bὲ à yé. Kó án bὲ sáraga tèwira án mán à fɔ́ à yé, ò rá dó án ká mùru dí à màn kó à yé mìsi bóso. À ká mìsi lá láduga sáawa tàn kó nùgu lé yá kὲ sáraga yé.

 

 

Dálaminan ─ Òle yá kὲ sáraga yé.

Ò yé à sɔ̀rɔ mí yé kὲ tàn à ká bára tá ká tága kúwɔ rá ká tága jíe bí.

Dálaminan ─ É nàn ò bárabara kó ò nyími.

 

Corpus inédit – © Copyright Awa Traoré

 


Notes:

[1] Littéralement Kàramɔgɔ, signifie : « maître », mais dans cet emploi c’est plutôt une apostrophe familière, qu’on montre assez fréquemment dans les contes. Celui à qui le conteur s’adresse ainsi est un de ceux qui a joué le rôle de répondant pendant le recit : Barro Babouakari.

[2] L’assistant  ou repondant c’est quelqu’un qui fait partie du public qui apporte sa voix narrative et interfère de temps à autre pendant le récit dans le but d’accompagner le narrateur principal. Son rôle est essentiellement phatique.

[3] E só yé, diula, est aussi l’expression qu’on utilise pour donner sa langue au chat dans les séances de devinettes. Dans ce contexte cela suggère que le conteur est chez lui et peut donc raconter son histoire tout à loisir.              

[4] Samba, nom d’un berger qui vendait quelques têtes de son bétail.

[5] Le Viε, mot dioula emprunté au français le vieux, surnom d’un autre berger qui vendait également quelques têtes de bétail.

[6] Cette apostrophe n’est pas innocente, elle introduit un rapport hiérarchique où Hyène se présente implicitement comme l’aîné, donc celui qui a l’autorité.

[7] C’est une référence implicite à leur prétendu lien de parenté.

[8] Chez les Dioula, pour que le sacrifice soit sacré, le partage doit d’abord bénéficier aux pauvres. L’hyène ne les mentionne même pas, ce qui laisse penser que son partage était frauduleux dès le début. [Les parts du partage correspondent à un rite de l’islam : une part est destinée à la famille, une autre aux voisins et la dernière aux pauvres].

[9] Sánde, “lièvre” en dioula est un zoonyme mâle. Lorsqu’il est au féminin, généralement après le mot, on ajoute múso, “femme”.

[10] Dɔ́gɔ Sàn, Sàn est une abréviation de Sànde. Il s’agit d’une expression hypocoristique qui s’emploie aussi en apostrophe.

[11] Le varan a la langue bifide, c’est pour cette raison que les dioulas le considèrent comme l’emblème du mensonge et de la tricherie.

 

 

 

La cérémonie de sacrifice des grenouilles et le double langage de l’hyène (pdf)

 

 

CONTE 3

 

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