Diala de Tammba, poème pastoral peul 1

version enregistrée en contexte réel d’énonciation

 

 

 

Ataasiyo !

Attention !
Jala Tammba Diala de Tammba
Jaljallo debbo Femme Diallo
Jaannaba[1] nyekko La chaleur de la saison sèche progresse
Leydi ɓuuɓii paraaji L’eau qui ruisselle a rafraîchi la terre
Nyemmbii torooje Comme les figuiers sauvages
Kahe ɓawlii Les caïlcedrats sont noirs[2]
Kaareeje ndawnii Les karités ont blanchi[3]
Leykal Sininkoro Petit pays de Sininkoro
Baninkoro Baninkoro
Ɓeeɓaa daande maayo La rive du fleuve ne tarit pas
Seeɗa nyaamee On mange un peu
Sella waalee On passe la nuit dehors
Moƴƴuɓe mbaynee On dit au revoir aux bonnes personnes[4]
Bonɗi njahdee On part avec les méchants[5]
Mawɗi e Maniga la[6] Les grands [moutons] chez les Malinkés
Mawɗi e manndinnja Les grands [moutons] là où l’on parle le malinké
Mawɗi tippee tilee Les grands [moutons] sont entrés [dans la brousse], c’est fini
Alla tiiɗ e maa Dieu t’a aidé
Tiiɗaa garde[7] baali La surveillance des moutons n’est pas difficile
Mutirii Kale A disparu à Kalé
Suppitorii Kannguɗe A ressurgi à Kanngudé
Hawri e Ceerno Aali Kibbo A rencontré Maître Aali Kibbo
O wii winnda lootoo Il dit : écrit et se lave[8]
Winndanee lootoo On lui écrit et il se lave[9]
Haɓee Alla nootoo Se bat et Dieu répond
Janngii Lawwal[10] A appris Lawwal
Janngii Lakdari[11] A appris Lakdari
Nano fuuɗaama La [main] gauche est teinte au henné
Nyaamo tookaama La [main] droite est venimeuse[12]
Debbi ndarnii kumtii kuuɓi ladde Les brebis se sont accouplées, elles ont mis bas, remplissant la brousse
So borti ngoorii Les agneaux partent au pâturage
Ceŋi gaaworɗe Accrochés aux flancs [de leurs mères]
Debbi mbaɗii kuŋkuuji Les femelles ont des croupes charnues
Gori mbaɗii tuubaaji[13] Les mâles ont des pantalons[14]
Cegeeji ɓilii buti Les brebis gestantes ont la vulve visible
Buuti kay e bulanka [Les moutons ont mangé du] buuti[15] et ils ont de la peinture bleue[16]
Alla hulaaka On ne craint pas Dieu
Enɗam reenaaka On ne respecte pas la parenté
Misiida juulaaka On ne prie pas à la mosquée
Miskiino sakkaaka On ne fait pas l’aumône aux indigents
Mbakkiimi bagaas J’ai mis mes bagages sur l’épaule
Mi wayraani baasi Je n’ai pas laissé de problème derrière moi
Jam waawi baasi La paix l’emporte sur les problèmes
Ndunngu waawi ceeɗu La saison des pluies l’emporte sur la saison sèche
Halal waawi njananndi Le bien propre l’emporte sur le bien d’autrui
Ceelawal[17] waawi ceeɗɗi Baafi Le grand bicolore l’emporte sur ceux qui passent la saison sèche au Bafing[18]
Kaabi baali mbii Les brebis ayant agnelé ont dit :
Baasi alaa maayo Il n’y a pas de problème au fleuve
Maniga ceekiiɗo Les Malinké aux scarifications
Ceemeedo mbaroodi Où il y a des lionnes
Jamaa yoo tappu jamɗe Que l’assemblée [fasse] battre le fer
Garde[19] yoo nanngu jammbe Que le garde [des Eaux et Forêts] s’empare des haches[20]
Jawal yoo yaɓɓu kaaƴe Que le grand mouton piétine les pierres
Kaabi yoo njaɓɓu peɗal Que les brebis ayant agnelé piétinent les branches
Persidaa eeral Goral Jallo Le berger est président du mouton blanc [nommé] Diallo le Grand Homme
Jawal nelii golle mbiltiima Le grand mouton est un message de la réussite du travail
Yoga tiggitoo ɓennataa Certains se dressent [pour faire quelque chose] mais s’arrêtent en chemin
Ɓernde mum nyawii Le cœur est malade[21]
Yejjitii nyaaƴo Il a oublié la fierté
Leer[22] jeeɗiɗi ceeɗu Au septième mois de la saison sèche
So midi[23] wullii Lorsque midi hurle
Jokolɓe miili joloyde Les jeunes hommes robustes ont pensé à la descente[24] [au fleuve]
Yoga jola ƴakka gerte Certains descendent [mais] croquent de l’arachide
Gera boombi Ils font la cour aux jeunes filles
Ndeen boɗeejii nana bojji jamɓe Alors les [moutons] rouges entendent le bruit des haches
Gori ndardii pelle-pelle Les béliers ont formé groupes
Culu[25] wonti sofeer[26] isperes[27] Le moucheté est devenu le chauffeur du train express[28]
Ataasiyo ! Attention !
Jala Tammba Diala de Tammba
Jaljallo debbo Femme Diallo
Ataasiyo ! Attention !
Albarka culu cuɓɓu[29] Merci à la mouchetée et aux longs poils sur la croupe
Ngiwngu e Suumanaaɓe Qui vient des Peuls Suumanaaɓe
Fooɗee diccoo On la tire, elle s’agenouille
Woppee dikkoo On la lâche, elle met bas son premier agneau
Jamma jenngii À la nuit tombée
So jeereende yeewii Si la brousse est solitaire et déserte
Mi yeewtida e culal labaari Je cause avec le grand moucheté, qui est beau
Puɗɗoraaɗi maral Ceux qui sont au commencement des biens
Mi maɓɓa galbal Je rassemble le troupeau
Mi tipporoo ɗi gaaworɗe Je dirige les [moutons] par leurs flancs
Ɗi cammii kebbe Ils ont gaulé [de leurs pattes] les graines piquantes des graminées
Ɗi njaɓɓii tuppe Ils ont piétiné les épines sur le sol
Minen e masaalahaa Nous sommes dans l’entente
Leykal mooyaama gelooɗi Petite terre où marchent les dromadaires
Saafaama lubaaji On a trait les brebis allaitantes
Jartaa wuynuuji On fait téter les cordées d’agneaux
Mbiyaa albarka maa Tu dis : merci à toi
Sawndintaa coggi [Il] ne confie pas le troupeau à quelqu’un d’autre
Sawndotaako firigaaji Ne fréquente pas les tentes des Maures
Tippantaake njaganaayi Ne se repose pas sur un oreiller
Seydi[30] Kulibali ! Maître Coulibali[31] !

 

[1] De l’arabe jahannama : géhenne.

[2] Le feuillage dense donne à l’arbre un aspect sombre.

[3] Ont fleuri.

[4] La famille.

[5] Les moutons.

[6] Mot bambara signifiant : chez.

[7] Du français : garder.

[8] Il écrit des écritures saintes et se lave avec l’eau de lavage de ces écritures.

[9] Idem.

[10] Titre d’un ouvrage dans les études coraniques.

[11] Petit abrégé de fiqh malékite.

[12] La main est très efficace, forte.

[13] Dans l’enregistrement, la fin de l’unité rythmique 34 et le début de la 35 sont tronquées. En effet, Barel Jah est perturbé par l’homme qui est à sa droite et qui lui prend le bras. Nous avons choisi de restituer ici l’intégralité de ces deux unités rythmiques conformément à la version hors contexte.

[14] Ils ont également des croupes charnues.

[15] Plat fait avec une plante que mangent les moutons.

[16] Couleur avec laquelle on peint les moutons pendant les ƴare (les fêtes de retour de transhumance).

[17] Mouton au pelage bai à l’avant et blanc à l’arrière.

[18] Cours d’eau dont la confluence avec le Bakoye forme le fleuve Sénégal.

[19] Du français : garde.

[20] La loi interdit aux bergers de couper des branches d’arbres pour nourrir leurs moutons. Si un garde de l’administration des Eaux et Forêts surprend un berger dans cette circonstance il peut confisquer la hache du berger.

[21] Il a manqué de courage.

[22] Du français : l’heure.

[23] Du français : midi.

[24] Descendre au fleuve pour faire boire les animaux.

[25] Mouton à la robe mouchetée.

[26] Du français : chauffeur.

[27] Du français : express.

[28] Ce mouton est en tête du troupeau.

[29] Mouton avec de longs poils sur le haut des cuisses.

[30] De l’arabe : sayyid.

[31] Patronyme du berger pour lequel Barel Jah déclame le poème.