Heeso carruureed

 

Heeso carruureed

Chansons pour enfants

 

Fiche libraire

 

Auteur Fatouma Mahamoud
Auteur des illustrations Moussa Ali Miguil
Titre Heeso carruureed. Tawaasiir Moussa Ali Miguil [Chansons pour enfants. Illustrations de Moussa Ali Miguil]
Éditeur Ellaf Éditions
Lieu Lagny sur Marne (France)
Pagination 73 pages : 1-44, texte somali et illustrations ; 45-70, traduction française ; 71-73 table des matières
Illustrations  12 dessins en couleurs
Langue somali
Format 19 cm x 21 cm
ISBN 978-2-491422-01
Date parution  02/12/2020
Descriptif 21 chansons pour enfants en somali, illustrées de 12 dessins en couleurs de Moussa Ali Miguil. Traduction française annotée, placée à la suite du texte somali. Les berceuses sont chantées par l’auteur ; bandes son accessibles sur le site d’ELLAF (http://ellaf.huma-num.fr/pubication-de-sons-somalis/ )
Mots-clés somali, Djibouti, République fédérale de Somalie, Ethiopie, Kenya — oralité, berceuses, poésie féminin

 

Présentation

Le livre

Fatouma Mahamoud réunit dans ce recueil, Heeso carruureed [Chansons pour enfants], vingt et une « berceuses » en somali, que chantent les femmes pour leur enfant pendant qu’elles accomplissent leurs activités quotidiennes. Les chansons se répartissent en deux catégories, sabid « chansons pour calmer l’enfant » et maaweelo « divertissements ». Elles sont regroupées par thèmes et illustrées par Moussa Ali Miguil.

La traduction annotée du recueil en français est placée à la suite des textes en somali.

Fatouma Mahamoud a tenu à chanter elle-même ces berceuses ; les enregistrements sont dispo­nibles sur le site de La bibliothèque numérique des littératures en langues africaines (http://ellaf.huma-num.fr/ellaf-editions/publications-en-somali/).

L’auteure

Fatouma Mahamoud est chercheure au Centre d’étude et de recherche de Djibouti (CERD) depuis 2010. Elle a soutenu en 2017, à l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), une thèse de doctorat sur le théâtre d’expression somali de Djibouti. Elle a publié plusieurs articles.

La langue

Le somali est la langue parlée dans plusieurs régions de la Corne de l’Afrique peuplées majori­tairement par les Somalis. Ces régions englobent le tiers sud de Djibouti, toute la République fédérale de Somalie, la province de l’Ogaden au Sud-Est de l’Ethiopie jusqu’au District Nord du Kenya. Les locuteurs somalophones sont estimés à 16,6 millions, y compris la diaspora (1,5 million), au Moyen-Orient, en Amérique du nord, en Europe et en Afrique du sud. Voir : http://ellaf.huma-num.fr/langues/somali/

 

Sommaire

 

Tusmo

Chansons pour enfants

 

Hordhac / Préface

 

I

Sabid

 

1 Lulooya / Ô sommeil
2 Miyaad gaajootay gacalle ? / Aurais-tu faim, mon chéri ?
3 Balooy badheey bal aammu / Cesse de pleurer, le malheur est loin de nous

 

II

Haddaan heestaada qaado

Je chante pour toi

4 Dhegeyso waa malab la dhuraye / Délicieux comme le miel pur

5 Manoow maankeyganoo wa / Mané, tu es ma raison

6 Annaba gaajaa na haysa / Moi aussi je sens les morsures de la faim

7 Walaalo Allaha ku siiyo / Que Dieu te donne des frères et des sœurs

8 Ayaa dilay oo dagaalay ? / Qui l’a frappé, qui lui a fait du mal ?

 

III

Ammaanta wiilka

Éloges du garçon

9 Sidii dayax daleexiyoo wa / Tu es pareil à la lune qui illumine la nuit

10 Biloow habartii Biloo wa / Bilé, tu embellis ta mère

11 Sidii nin rag oo rug weynle / Comme un grand homme à la vaste demeure

12 Gaboobe guyaal jiroo wa / Que tu aies une longue vie

 

IV

Ammaanta gabadha

Éloges de la fille

13 Dhibaay gabadh dhalatay waa dhib / Ma fille, Dhiba, ô Dhiba
14 Sakaar iyo maydhaqeey ya / Tu es aussi délicieuse qu’un filet mignon et qu’une poitrine
15 Bilaay bilicdii gu’eeya / Bila, tu es l’éclat de l’été  

V

Markaad gaadheed gabowdo

Lorsque tu atteindras l’âge mûr

16 Tolkaa waa gobe ka guurso / Épouse une fille de ton noble clan

17 Ducaale xambaaratoo ya / Tu porteras sur ton dos Doualé

18 Tolkaa wuu duulayaa / Les tiens partent au combat

19 Falaad wuu ku ciil badaaye / La colère te porte préjudice

 

VI

Duco

Prières

20 Ha waayin ha waalaloobin / Tu ne perdras pas

21 Dharaarinta lagu ma geeyo / J’espère qu’on ne te portera pas au cimetière pour enfants

 

©   Copyright Adellaf, décembre 2020

      ISBN : 978-2-491422-01-1

Òle kóson ní é ká sé mɔ̀gɔ rá yé tἑmε fàn bíyε rá ká kó kἑ à rá / Voilà pourquoi, si tu peux prendre le dessus sur quelqu’un, tu lui tends toutes les embûches possibles

 

 

Mots-clés

mandingue, dioula, Kong, Côte d’Ivoire — oralité, conte, kúman, tàlen — hyène, lièvre; condoléances

Production du corpus

ConteurTraoré Brahima, 34 ans. Étudiant dans une médersa à Kong.

Contexte de production

Date et lieu d’enregistrement Novembre 2011, Kong, Côte d’Ivoire.

Contexte: La performance est sollicitée et se déroule en situation quasi habituelle. Le conteur est informé une dizaine de jours avant les enregistrements. Le public, les assistants ou les intervenants sont assis à attendre leur tour de contage. Les enfants qui font partie du public sont éloignés afin de ne pas perturber les enregistrements.

Descriptif

Hyène et Lièvre vont présenter leurs condoléances à leurs beaux-parents.

Hyène se propose de leur offrir une vache alors que Lièvre choisit de leur offrir un mortier; lorsqu’il sera arrivé, il va piler et demander un cadeau en échange. C’est ce qui se passe effectivement. Hyène demande à Lièvre d’échanger sa vache contre le mortier. Mais lorsqu’il1 pile, personne ne lui offre rien. Suit toute une série d’inversions entre Lièvre et Hyène: le premier reçoit des cadeaux, le deuxième est roué de coups.

La répartition des rôles correspond à ce qui est attendu des deux personnages : intelligence et ruse versus stupidité et aveuglement.

 

 

 

 

 

 

 

 

6. Òle kóson ní é ká sé mɔ̀gɔ rá yé tἑmε fàn bíyε rá ká kó kἑ à rá

6. Voilà pourquoi, si tu peux prendre le dessus sur quelqu’un, tu lui tends toutes les embûches possibles

 

 

Ń tá yé ń tá yé,

Voilà mon conte. Voilà mon conte.

Súrugu ní sànde lé tí kó ári yé tága ká tága bílan sànga fó dúga. Súrugu ká sànde nyíniga:

Hyène et Lièvre décidèrent d’aller présenter leurs condoléances à leurs beaux-parents2.

─Éle dó bὲ tágara, éle dó nàn tága míni dí sànga dénri màn?

─ Eh bien, puisque tu vas aussi là-bas, que penses-tu offrir comme cadeau à ceux qui sont en deuil?

Sànde ká tó:

Lièvre répondit:

─ Ɔ̀nhɔn! Ní kɔ̀ni ká kòlon ní sàn. Fóyi tὲ ń fἑ, ń ká ò kòlon ní sàn nyí nàn ò kòlon ní bíla ń júfa rá. Ń ká tága sé dúgu rá nyí tó kí yára ní à yé. Nyí tó kí kòlokalanden dón kí yé à búgɔ nyɔ̀ngɔnan kí yé à fɔ́:

─ Eh bien écoute, je pensais leur offrir un mortier. Je ne peux pas plus. J’ai acheté un mortier et je l’apporterai dans mon sac. Lorsque j’arriverai au village, je le montrerai. J’attraperai le pilon et je me mettrai à donner des coups de pilon. En criant ceci:

[Tàlenlabaga kélen ká dɔ̀nkiri lá]

[Le conteur chante seul]

─ Mí ká mágan kpólow

─ Comme je fais retentir cela, kpólow3,

ò yàn ń sɔ́n

Vous devrez m’offrir quelque chose.

Mí ká mágan kpólow

Comme je fais retentir cela kpólow,

ò yàn ń sɔ́n

Vous devrez m’offrir quelque chose.

Mí ká mága kpólow

Comme je fais retentir cela kpólow,

ò yàn ń sɔ́n

Vous devrez m’offrir quelque chose.

Mɔ̀gɔri ká wári kἑ nyɔ̀ngɔn kàn ká à dí sànganden màn. Súrugu ká tó kélenden:

Les gens rassemblèrent une certaine somme d’argent pour donner à Lièvre. Hyène lui dit alors:

─ Ò cányi ní lé fὲ, kòlon dí yàn. Ní tí bἑ tágara ní ò sí lé yé.

─ Eh bien cet instrument serait bien mieux entre mes mains. Donne-moi ce mortier et ce pilon. J’ai eu l’idée de venir avec quelque chose de semblable avant toi.

Ká mìsi dí sànde màn ká bíla nyέn kó:

Hyène [avait prévu d’offrir une vache]. Mais [en échange du mortier] il donna la vache à Lièvre, et se mit face aux gens [avec le mortier], en criant:

[Tàlenlabaga kélen ká dɔ̀nkiri lá]

[Le conteur chante en seul]

─ Mí ká mágan kpólow

─ Comme je fais retentir cela, kpólow,

Ò yàn ń sɔ́n

Vous devrez m’offrir quelque chose.

Mí ká mágan kpólow

Comme je fais retentir cela kpólow,

Ò yàn ń sɔ́n

Vous devrez m’offrir quelque chose.

Mí ká mágan kpólow

Comme je fais retentir cela kpólow,

Ò yàn ń sɔ́n.

Vous devrez m’offrir quelque chose.

Mɔ̀gɔ sí mán dási kélen dí àle màn. Sànde ká dἑmεdεmε ká nàn bɔ́ ní mìsi yé mɔ̀gɔri kàn ári ká tó:

Mais personne ne lui donna un seul franc4. Lièvre s’avança lentement avec la vache vers les gens. Ils lui demandèrent:

─ Ee! Dɔ́gɔ Sàn é bἑ tágara ní mìsi yé míni lé?

─ Hé, petit frère Lièvre ! Où vas-tu avec cette vache?

─ Ń bἑ tágara ní à yé màsacε sànga rá lé.

─ Je l’emmène aux funérailles du roi.

Màsacε mɔ̀gɔri ká tó:

Les proches du roi lui répondirent:

─ Ee! Ee! Dɔ́gɔ Sàn é kἑra mɔ̀gɔ sɔ̀bɛ yé.

─ Hé petit frère Lièvre [San]! Toi tu sais montrer l’exemple aux autres!

Ári ká tága bón nyànnaman nyíni ká ò dí dɔ́gɔ Sàn màn ò ká fílan ká lá ká jàn ò rá ní à yὲrε yé.

Ils se mirent alors à chercher une belle maison et la lui offrirent. Et il dormit à poings fermés.

Kɔ̀rɔ súrugu àle ká mágankan kpólow kἑ à mán nyέn sɔ̀rɔ à rá, àle ká nàn ká nàn jígi. Ári ká tága ká tága bón déni súfa fἑrε ká à dí àle màn.

Hyène continuait de leur casser les pieds avec le mortier sans avoir de succès. Il alla se présenter à [la famille en deuil]. Et ils lui proposèrent de se reposer dans une espèce de cabane en mauvais état.

Dálaminan ─ Cɔ̀, éle mí bὲ sàngatigiye.

Répondant ─ Eh bien, c’est ce qu’il méritait! Et toi, tu oses faire ça, étant proche de la famille en deuil5 ?

Ká à sɔ̀rɔ sàni ári yé tága sànga dúga rá à ká sànde nyíniga:

Le conteur ─ Lorsqu’ils furent sur le point d’arriver sur le lieu des funérailles, Hyène demanda à Lièvre:

─ Ní àn ká tága sànga dúga rá àn nyí àn tɔ̀gɔ fɔ́ dí?

─ Et lorsque nous arriverons sur les lieux des funérailles, comment nous appellerons-nous?

─ Ɔ̀nhɔn! Ní yé ń tɔ̀gɔ lá Jɔ́ni Ká Kó Mí Kἑ.

─ Eh bien! Moi Lièvre, je m’appellerai « Qui a fait ça? ».

Ári tága rá sé jàman dúga rá ári kó:

Ils arrivèrent près de la foule. On demanda [les membres de la famille du défunt]:

─ Jɔ́ni ká kó ń kὲ?

─ Qui a fait ça?

À ká tó:

Hyène dit:

─ Bìlakoro fἑrε, ní lé tɔ̀gɔ tèn, ní lé tɔ̀gɔ tèn.

─ Hé! Toi, « profiteur », tu vas me laisser ce surnom maintenant!

À ká tó:

Lièvre répondit:

─ Ní nàn tɔ̀gɔ dɔ́ wέrԑ nyíni ká à lá.

─ Ah, eh bien alors je me chercherai un autre nom.

À ká tó:

Hyène lui dit:

─ É dó nàn tɔ̀gɔ júman lé lá é yἑrε rá?

─ Du coup, quel sera ton surnom?

Kó:

Le lièvre lui répondit:

─ Lòndari Jígira Míni?

─ Eh bien je me surnommerai « Où sont restés les visiteurs?».

Ári tága rá sé sànga dúga rá, ári nànan lá, fájari rá ári wíri rá. Dɔ́ ká tó:

On les logea lorsqu’ils arrivèrent aux funérailles. Ils se levèrent à l’aube et quelqu’un leur demanda [pour leur proposer une douche et un petit déjeuner]:

─ Lòndari jígira míni?

─ Où sont restés les visiteurs?

Sànde yé tó:

Lièvre répondit:

─ Ń bἑ yàn

─ Moi, je suis ici.

─ Lòndari jígira míni?

─ Où sont restés les visiteurs?

Sànde yé tó:

Lièvre répondit à nouveau:

─ Ń bἑ yàn.

─ Je suis ici.

Sànde yá ò tó mínan ká à dómu.

Lièvre mangea donc les plats qu’on lui offrit.

Dálaminan ─ Súrugu, mɔ̀gɔ tἑ àle tɔ̀gɔ lɔ́n.

Répondant: ─ Mais personne ne savait comment s’appelait Hyène.

Dúgutara màn sànde wírira ká tága búwo kὲ mɔ̀gɔri gbá kɔ̀nɔn, dúgu gbἑra mùsori wírira kó ári yé bùguri bɔ́. Ári ká flánan dòn gbá rá flánan ká tága dòn bó rá.

Très tard dans la nuit, Lièvre se leva et partit faire ses besoins à côté du lieu où on allume le feu. Au lever du jour, tout le monde se réveilla et alla nettoyer et recueillir les cendres du foyer qui s’était éteint. Ils mirent le balai au cœur du foyer, et il resta collé aux excréments:

─ Ee! Jɔ́nni ká kó ń kὲ?

─ Eh! Mais qui a fait ça?

Súrugu ká tó kélenden:

Hyène répondit sur le champ:

─ Aa! Ń fára bí, ń miὲnnan kɔ́ngɔ rá; ní ló wóoo, ní ló wóoo!

─ Ah! Je vais me bourrer le ventre aujourd’hui… J’ai faim depuis trop longtemps. C’est moi!… C’est moi!

Dálaminan ─ Nánloman!

Répondant ─ Quel idiot!

Ári ká súrugu mínan ká à bùgɔ, ká à bùgɔ ká à mágaya ká à fàga ká à bíla yí. Òle kóson ní é ká mɔ̀gɔ lɔ́n yé tἑnbε fàn bìyε rá ká à sɔ̀rɔ.

Ils encerclèrent Hyène et lui mirent une bonne raclée. Ils lui donnèrent tellement de coups qu’ils finirent par le tuer et laissèrent son corps là. C’est la raison pour laquelle, quand on connaît le point faible de quelqu’un, on essaie de lui tendre une embûche.

Tàlen ń kí júta dúga mína ń kí júbila yí bíla.

Conte, je te laisse là où je t’ai commencé.

Traoré Brahima. Kong, novembre 2011.

Traoré Brahim. Kong, novembre 2011.

Corpus inédit, © Copyright Awa Traoré

 


Notes:

1  Súrugu « hyène » en dioula est un zoonyme mâle. Les substantifs n’ayant pas en dioula de genre grammaticalement marqué, le mot súrugu peut aussi bien désigner indifféremment un référent masculin ou féminin. Dans les contes, il revoie toujours a priori au mâle et quand on veut spécifier un référent féminin, on parle toujours de la femme de Hyène (Súrugu mùso).

2  Si Hyène et Lièvre ont épousé deux sœurs, ils peuvent avoir les mêmes beaux-parents ; plus largement, ils peuvent avoir la même belle-famille étendue, sans avoir stricto sensu les mêmes beaux-parents. Le mot dioula bílan désigne en effet l’ensemble de la branche de la belle-famille. Ce qu’on traduit souvent en français populaire d’Afrique par « mes beaux » : « Je vais chez mes beaux ».

3  Kpólow: onomatopée qui désigne le bruit que le mortier et le pilon font lorsqu’ils s’entrechoquent.

4  Le franc CFA est la monnaie en vigueur en Côte d’Ivoire. Un seul franc CFA a peu de valeur. Un euro équivaut à 655 francs CFA.

5  Lièvre et Hyène sont les gendres de la famille en deuil. Être un parent proche et offrir un présent misérable ou non approprié est très mal vu. C’est pour cette raison que la famille réagit avec mépris envers Hyène.

Òle kóson mɔ̀gɔ yé é tɔ̀gɔ nyàn / Pourquoi il faut faire attention à sa réputation

 

Mots-clés

mandingue, dioula, Kong, Côte d’Ivoire — oralité, conte, kúman, tàlen — animaux sauvages; hyène, lièvre; activités agricoles, mil, grenier

Production du corpus

Conteur: Traoré Brahima, 34 ans. Étudiant dans une médersa à Kong.

Contexte de production

Date et lieu d’enregistrement:  Novembre 2011, Kong, Côte d’Ivoire.

Contexte:  La performance est sollicitée et se déroule en situation quasi habituelle. Le conteur est informé une dizaine de jours avant les enregistrements. Le public, les assistants ou les intervenants sont assis à attendre leur tour de contage. Les enfants qui font partie du public sont éloignés afin de ne pas perturber les enregistrements.

Descriptif

Des animaux sauvages décident de faire un champ. Ils prennent soin de garder au fur et à mesure leur récolte dans un grenier. A la fin des travaux, à la question de savoir où chacun ira, Hyène répond qu’il1 n’irait pas loin; Lièvre, quant à lui, déclare qu’il ira très loin, « au pays des feuilles de calebasse ». Mais il reste non loin du grenier et le vide de son contenu en prenant soin de le remplir avec des excréments d’Hyène. On accuse ce dernier d’avoir mangé tout le contenu du grenier, et il est roué de coups.

Souvent, le lièvre — tout comme l’écureuil —, sont confrontés à un adversaire plus fort qu’eux. Ils ont recours à différents stratagèmes et sortent indemnes de la confrontation en roulant leur adversaire. Rusés, ils jouent le rôle de décepteurs. Ici, Hyène, réputé glouton, est accusé d’un méfait qu’il n’a pas commis. En revanche, Lièvre, qui bénéficie d’un préjugé positif n’est pas soupçonné de son comportement réél. La réputation négative joue au désavantage d’un personnage; la réputation positive, au contraire, agit à son avantage.

 

 

 

 

 

 

 

 

5. Òle kóson mɔ̀gɔ yé é tɔ̀gɔ nyàn

5. Pourquoi il faut faire attention à sa réputation

 

 

 

Ń tá yé ń tá yé,

Voilà mon conte. Voilà mon conte.

Kóngo sògori lé tí jἑnnan ká jíe tìgε ká tága sὲnε kἑ. Ní ári ká sἑnε kἑ ári yé bóno bá tìgε ká sùmanri sígi à kɔ́nɔn. Ári kó:

Un jour, des animaux de la brousse se réunirent pour traverser un cours d’eau et aller cultiver un champ. Alors qu’ils cultivaient le champ, ils construisirent un grenier bien grand pour y garder les récoltes. Puis, ils se dirent:

─ Àn bíyε tága dúga jàn nàn ní sἑnεn ságan ká sé àn bíyε nàn ká nàn kí sùman bɔ̀ kíye à dómu kí sἑnεn kἑ.

─ Voilà, nous pouvons partir et laisser les céréales dans le grenier. Lorsqu’il faudra à nouveau cultiver les champs, nous viendrons ramasser la récolte suivante. Et au fur et à mesure que nous travaillerons la terre, nous mangerons [ce que nous laissons ici maintenant].

Ári yé nyínigari kἑ kó mɔ̀gɔ mín nàn tága dúga mína ò yé à tága dúga fɔ́. Ári ká sànde nyíniga kó:

Chacun se mit alors à expliquer aux autres où il partirait:

─ Sànde éle nàn tága míni?

─ Et toi, Lièvre, où vas-tu?

─ Ní nàn tága Légelegejefla lé.

─ Moi, je vais dans le lointain pays des feuilles de calebasse2.

─ Ee! Éle dó nàn tága dúga jànan dἑ?

─ Non ! Et ça fait loin?

[Ári ká súrugu nyíniga ò kɔ́]:

[Ils demandèrent ensuite à Hyène]:

─ Éle dó, súrugu éle dó nàn tága míni?

─ Et toi, Hyène où vas-tu?

─ Àwa,, ní tí nàn tága dúga jànan.

─ Eh bien moi, je ne vais pas aller très loin d’ici.

Jàaga àle nàn bíri nyɔ̀n bóndo kɔ́rɔ kíye ɲɔ̀n bɔ́. Àle nànan bíri nyɔ̀n bóndo kɔ́rɔ kóngo sògori bíyε tága rá. Àle bἑ bóndo kɔ́rɔ ní, àle ká nyɔ̀n bɔ́ ká à dómu, yàn ní sògori yé nàn àle ká nyɔ̀n bíyε bɔ̀ ká à dómu. Ká súrugu búwo lé cἑ ká à fá bóndo rá.

Au final, Lièvre resta caché près du grenier de mil. Il y piquait des céréales petit à petit. Il resta donc par là, dans une cachette près du grenier, tandis que les autres animaux sauvages s’en allaient loin de là. Lièvre ne s’éloignait pas trop du grenier. Et il prenait du mil pour le manger. Il mangea ainsi tout le mil avant que les autres animaux ne reviennent. Il alla alors chercher des excréments d’Hyène et les déposa dans le grenier.

Sògori nànan nàn, mín ká tága bóndo dá yἑrε ò tó:

Lorsque les animaux revinrent et qu’ils s’approchèrent du grenier, ils se mirent tous à crier:

─ Ùnhun, ùnhun, ùnhun! Ùnhun, ùnhun, ùnhun!

─ Mais quelle puanteur ici! Oh, quelle puanteur, quelle puanteur! Mais qu’est-ce que c’est que c’est cette puanteur, quelle puanteur!

Ári ká nàn kó kɔ̀rɔ súrugu lé ká sùman bɔ́ ká dómu pásike kɔ̀rɔ súrugu búwo lé bἑ ká bóndo fá, ká à sɔ̀rɔ kɔ̀rɔ súrugu mán gbógo dómu. Ári ká kɔ̀rɔ súrugu mínan ká à búgɔ, ká à búgɔ ká à kἑ kárako ári yé nàn à fàga, kó pásike àle lé ká nyɔ̀n bɔ́. Ká à sɔ̀rɔ àle mán nyɔ̀n bɔ́. Òle kóson mɔ̀gɔ yé é tɔ̀gɔ nyàn. Kɔ̀rɔ súrugu àle tí ká à fɔ́ kó à tí tága dúga jàn nàn òle kóson ári ká fàninyan lá àle rá.

Ils en conclurent que ça devait être Hyène qui avait volé la récolte pour la manger, car ses excréments étaient partout dans le grenier. Mais ce n’était pas Hyène qui avait mangé le mil. Ils capturèrent Hyène pour lui mettre une bonne raclée. Ils lui donnèrent tant de coups qu’ils faillirent le tuer, ils étaient persuadés qu’il avait volé tout le mil. Même si ce n’était pas la vérité. Ceci est la raison pour laquelle tout le monde devrait faire attention à son image personnelle. De plus, Hyène avait dit aux autres animaux qu’il ne pensait pas trop s’éloigner lorsqu’ils l’avaient interrogé. Ceci ne fit qu’accroître la méfiance qu’ils avaient envers lui.

Tàlen ń kí júta dúga mína ń kí júbila yí bíla.

Conte, je te laisse là où je t’ai pris.

Traoré Brahima, 34 ans. Kong, novembre 2011.

Traoré Brahima, 34. Kong, novembre 2011.

Corpus inédit, © Copyright Awa Traoré

 


 

Notes:

1  Súrugu « hyène » en dioula est un zoonyme mâle. Les substantifs n’ayant pas en dioula de genre grammaticalement marqué, le mot súrugu peut aussi bien désigner indifféremment un référent masculin ou féminin. Dans les contes, il revoie toujours a priori au mâle et quand on veut spécifier un référent féminin, on parle toujours de la femme de Hyène (Súrugu mùso).

2  Légelegejefla: de légelege « loin », jé « calebasse »  et flá « feuille ».

Fín mí kósɔn bà yé bùwo kέ wásawasa / Pourquoi les crottes de chèvre sont rondes

 

 

Mots-clés

mandingue, dioula, Kong, Côte d’Ivoire — oralité, conte, kúman, tàlen — sorcière, grand-mère, petit-fils, grand-père, chèvre, crottes.

Production du corpus

Conteur Ouattara Adama, 13 ans. Élève d’une école coranique à Kong.

Contexte de production

Date et lieu d’enregistrementNovembre 2011, Kong, Côte d’Ivoire.

ContexteLe conteur a été informé une dizaine de jours, avant les enregistrements (situation quasi réelle). Le public présent durant les séances de contes est de tout âge et tous les sexes. Les enfants ont été isolés durant les enregistrements afin d’avoir le moins de bruit possible dans leur voisinage immédiat, le public, les autres assistants ou intervenants sont assis à attendre leur tour d’intervention.

Descriptif

Une vieille femme, considérée par tous les sorciers du village comme leur patronne, a appris l’équitation à son petit-fils. Elle prend des braises dans le foyer, le feu se répand, son petit-fils se brûle, il lui demande si elle est folle et il l’appelle par son nom de sorcière. Elle menace de le tuer, il prend la fuite à cheval, elle le poursuit ; il se réfugie chez son grand-père qui lui demande de partir. Un tisserand fait de même.

Le garçon tombe sur un bouc qui lui dit qu’il avalera la grand-mère. Le bouc demande au garçon sous quelle forme il veut voir les restes de la grand-mère dans ses excréments, sous forme de boules ou sous forme de crottes. Le bouc avale la grand-mère, ce que le garçon a demandé se produit.

Ce conte réfère à deux pratiques courantes dans de nombreuses sociétés : la relation entre la grand-mère et le petit-fils permet une certaine liberté d’expression à ce dernier ; par ailleurs, on évite de prononcer le nom d’une personne. La grand-mère étant une sorcière, le conte évoque cette relation dans un cadre extraordinaire et sous le régime de la démesure et de l’amplification. Celles-ci permettent de produire le comique.

 

 


 

 

 

7. Fín mí kósↄn bà yé bùwo kέ wásawasa  /  7. Pourquoi les crottes de chèvre1 sont rondes

 

 

 

 

 

 

 

Ń tá yé ń tá yé,

Voilà le mien, voilà le mien.

Mùso dɔ́ lému dúgu súbagari bíyɛ y̕ à lɔ́n àle lé bὲ ári kùntigi yé. Sísan à mámadeni dɔ́ bὲ yí, [súbaga] à tí y̕ sò bɔ̀ri lɔ́n. Òle à ká nà à mámaden kàran sò bɔ̀rira. Mámaden màn ká sò bɔ̀ri lɔ́n sísan. Lá dɔ́ mámamuso màn ká tága tá bɔ́ gbá rá, tá ká jànja gbá rá. Mámaden màn ká sèn dó gbá rá tá ká mámadén jὲni. Òle mámaden ká tó:

Une femme vivait dans un village où tous les sorciers la considéraient comme leur patronne. Cette femme avait un petit-fils qui savait monter à cheval. Elle avait enseigné l’équitation à son petit-fils, c’est pourquoi celui-ci savait très bien monter à cheval. Un jour, la grand-mère enleva du feu du foyer et le feu se répandit au sol. Le petit-fils y marcha et le feu le brûla. Alors, il protesta:

─ Fὲrɛ máma é ká à tó tá ká ń jἑni. Òle à ká tó:

─ Regarde grand-mère, le feu m’a brûlé à cause de toi.

[Mámaden màn ká tó]:

[Le petit-fils poursuivit]:

─ Fà lé bὲ é rá wá?

─ Es-tu folle?

É ká à lɔ́n à bὲ mɔ̀gɔ mí súfa yé é ká à fɔ́ à mà ń Gbὲgɛ à yé é fága. Òle sísan mámaden màn ká tó à màn:

On sait comment sont ces genres de sorcières. Si l’on prononce leur nom qu’elles utilisent pour faire la sorcellerie, elles tuent. Eh bien le petit-fils prononça alors :

─ Ń gbὲgɛ.

─ N gbὲgɛ.

À ká tó mámaden màn:

Elle a répondu au petit-fils :

─ Bí ó rá wá éle ò nín bɔ̀ra dúnunya kɔ́nɔn. Sísan à fátara à kɔ́, mámaden màn ká sò tá sísan kí bɔ́ri. Kirikirikiri! Bòn, sísan à bὲ bɔ̀rira, mámaden màn tágara sé Bèmacε kɔ́rɔ kó:

─ Aujourd’hui tu disparaîtras du monde des vivants. Elle sortit à sa poursuite. Mais le petit-fils s’enfuit à cheval. Kirikirikiri ! Cours, cours. Il arriva chez son grand-père qui lui demanda:

─ À dó kὲra dí lé?

─ Qu’est ce qui se passe?

Mámaden màn kó:

Le petit-fils répondît:

─ Ń máma lé kó à tí fɔ́ àle màn ń gbὲgɛ òle à kó é ní búgɔ. Ń dó láni bὲ ń ná lá cógomi à dó yé ń búgɔ bí.

─ C’est ma grand-mère qui ne veut pas que je l’appelle “N Gbὲgɛ”. Et comme j’ai désobéi, elle veut me donner une bonne raclée. Je suis sûr qu’elle est décidée à me donner une bonne raclée aujourd’hui.

Òle rá à ká tó:

Alors le grand-père dit:

─ Sígi ń kɔ́rɔ yèn. À ká sígi sísan. Mámamuso màn bὲ yó yèn ní Ferké. Òle à bὲ à rá:

─ Eh bien, assieds-toi ici à côté de moi. Donc il s’assit là à côté du grand-père. La grand-mère se trouvait déjà à une distance semblable à celle d’ici à Ferké2. On pouvait l’entendre de loin:

[Tàlenlabaga ká dɔ̀nkiri lá]

[Le conteur entonne un chant]

─ Mámɔri yé ń kíri ná ó ná.

─ Mámɔri m’appelle “maman3”, ” Oh maman”!

Mámɔri yé ń kíri ná ó ná.

Mámɔri m’appelle “maman”, ” Oh maman”!

Mámɔri nànan sò yἑlεman lɔ́n.

Mámɔri, comme il peut faire des pirouettes sur le cheval,

Mámɔri kó Ń Gbégere.

Mámɔri m’appelle “N Gbégere“.

sèn kán lé mága:

Ses pas résonnaient comme le tonnerre:

[Tàlenlabaga ká wòwawo dɔ̀nkiri mín lá]

[Le conteur entonne l’onomatopée chantée suivante]

─Kígitikagata.

─ Kígitikagata.

Bílan ò màgan:

Le pagne qui couvrait ses parties intimes résonnait comme ceci:

[Tàlenlabaga ká wòwawo dɔ̀nkiri mín lá]

[Le conteur entonne l’onomatopée chantée suivante]

─ Pípaa dɔ́ bἑ ń nyán ní dɔ́ bἑ ń kɔ́.

─ Pípaa ! J’ai un pagne en avant, j’ai un autre pagne en arrière.

À jùmugu fìla bἑ màganra sísan:

Le mouvement de chaque fesse faisait ce bruit:

[Tàlenlabaga ká wòwawo dɔ̀nkiri mín lá]

[Le conteur entonne l’onomatopée chantée suivante]

─ Sán túrugutεrεgε.

─ Sán Túrugutεrεgε.

Sán túrugutεrεgε.

Sán túrugutεrεgε4.

À dá kíniboro à ní númanboro, kíniboro ò yé màgan:

Sa bouche avait un côté droit et un côté gauche. Le côté droit résonnait comme ceci:

[Tàlenlabaga ká wòwawo dɔ̀nkiri mín lá]

[Le conteur entonne l’onomatopée chantée suivante]

─ Ń gbágakankan.

─ N Gbágakankan.

Númanboro ò yé màgan:

Et le côté gauche résonnait comme ceci:

[Tàlenlabaga ká wòwawo dɔ̀nkiri mín lá]

[Le conteur entonne l’onomatopée chantée suivante]

─ Ń gbógokoko.

─ N gbógokoko !

Bèmacε màn ká tó:

Le grand-père demanda :

─ Míni lé màgan tèn.

─ Mais, qu’est ce qui provoque ce vacarme?

Kó:

Il répondit:

─ Ń ná lé bἑ màganra tèn! Ń ná lé bἑ màganra tèn.

─ C’est ma grand-mère qui fait ce bruit ! C’est ma grand-mère qui fait ce bruit!

Kó bón:

Alors le grand-père dit:

─ Dɔ́ lá é sèn nɔ̀n kàn. À já tìgɛ kó júgu fὲ à ká bɔ̀ri ká tága sé Kpἑrɛdantigi dɔ́ màn sísan.

─ Eh bien ! Dans ce cas-là, continue ton chemin et marque bien tes empreintes au sol. Le petit avait très peur. Il partit rapidement de là et alla chez un tisserand.

Kó:

Le tisserand lui demanda:

─ À kἑra dí lé?

─ Qu’est ce qui se passe?

Kó:

Il répondit:

─ Ń ná lé kó é ń búgɔ. Ń dó láni bὲ ń ná rá à dó tὲ ń tó.

– C’est ma grand-mère qui veut me donner une bonne raclée. Je suis sûr qu’elle ne va pas arrêter jusqu’à ce qu’elle m’ait dans ses mains.

Òle à ká tó:

Le tisserand lui dit alors:

─ Sígi é kɔ́rɔ.

─ Eh bien, assieds-toi ici à côté de moi.

Màmamuso màn bὲ yèn ní Náfanan sísan. À ká dɔ̀nkiri dáminan sísan:

La grand-mère se trouvait déjà à une distance semblable à celle d’ici à Nafanan5. Elle entonna à nouveau le chant:

 [Tàlenlabaga ká dɔ̀nkiri mín lá]

[Le conteur entonne le chant suivant]

─ Mámɔri yé ń kíri ná ó ná.

─ Mámɔri m’appelle “maman”, ” Oh maman”!

Mámɔri yé ń kíri ná ó ná.

Mámɔri m’appelle “maman”, ” Oh maman”!

Mámɔri nànan sò yἑlεman lɔ́n.

Mámɔri, Comme il peut faire des pirouettes sur le cheval,

Mámɔri kó Ń Gbégere.

Mámɔri m’appelle “N Gbégere”.

Kígitikagata.

Kígitikagata.

Pípaa dɔ́ bὲ ń nyán ní dɔ́ bὲ ń kɔ́.

Pípaa, J’ai un pagne en avant, j’ai un autre pagne en arrière.

Sán túrugutεrεgε, Sán túrugutεrεgε.

Sán Túrugutεrεgε, Sán túrugutεrεgε.

Ń gbágakankan.

N gbágakankan.

Ń gbógokoko.

N gbógokoko.

Kpὲrɛdanbaga ká tó:

Le tisserand demanda :

─ Míni lé màgan tèn?

─ Qu’est ce qui provoque ce vacarme-là?

Kó:

Le petit répondit:

─ Ń ná lé bὲ màganra tèn.

C’est ma grand-mère qui provoque ce vacarme.

Kó:

Alors le tisserand dit:

─ Wíri ká dɔ́ lá é sèn nɔ̀n kàn. Ní ò tὲ ní màn lára é nà àn fíla tó yí.

─Eh bien ! Dans ce cas-là, continue ton chemin et laisse bien marquées tes empreintes au sol. Si tu ne le fais pas, je crois qu’aucun d’entre nous ne restera en vie.

Sísan dén cὲ màn ká tága kànyɛn sàgajígi dɔ́ màn. À bὲ kpὲrɛ dàn nàn. Sàgajigi tóro kélen, nyàndεn kélen, gbàn kélen, sén kélen bὲ kpὲrɛ dánan sísan à ká tó:

Le petit s’enfuit de là et rencontra un bélier qui faisait du tissage. Le bélier avait une oreille, un œil, une corne, une jambe6, et il tissait. Il lui dit donc:

─ Sígi é kɔ́rɔ yèn.

─ Eh bien, assois-toi ici à côté de moi.

Mámamuso màn à ká dɔ̀nkiri tɔ̀gɔ lá ká nà sé sàgajigi kɔ́rɔ.

La grand-mère avançait en chantant le même chant au fur et à mesure qu’elle s’approchait du bélier.

─ Mámɔri yé ń kíri ná ó ná.

─ Mámɔri m’appelle “maman”, ” Oh maman”!

Mámɔri yé ń kíri ná ó ná.

Mámɔri m’appelle “maman”, ” Oh maman”!

Mámɔri nànan sò yἑlεman lɔ́n.

Mámɔri, comme il peut faire des pirouettes sur le cheval,

Mámɔri kó Ń Gbégere.

Mámɔri m’appelle “N Gbégere”.

─Kígitikagata.

─ Kígitikagata.

Pípaa dɔ́ bὲ ń nyán ní dɔ́ bὲ ń kɔ́.

Pípaa, J’ai un pagne en avant, j’ai un autre pagne en arrière.

Sán túrugutεrεgε, Sán túrugutεrεgε.

Sán Túrugutεrεgε, Sán túrugutεrεgε.

Ń gbágakankan.

N gbágakankan.

Ń gbógokoko.

N gbógokoko.

Òle sàgajigi ká tó déncεman màn:

Le bélier demanda alors au petit:

─ Ní ń kí mámamuso kùnun nyí à bò kὲ pɔ̀tɔpɔtɔ, wála nyí à kὲ wárawara?

─ Lorsque je vais manger ta grand-mère, veux-tu voir ses restes dans mes excréments sous forme de boue ou sous forme de boules rondes?

À ká tó:

Le petit répondit:

─ À kὲ wárawara.

─ Ce serait mieux de la rendre sous forme de boules rondes.

Sàgajigi ká à mámamuso kùnun sísan. Ká à bò kὲ wárawara à yἐrε nyɛ̀nan.

Le bélier avala donc la grand-mère. Et par la suite les restes de la grand-mère apparurent dans ses selles sous forme de boules rondes, en présence du petit.

Tàlen ń kí tá dúga mína ń kí bíla.

Conte je te laisse là où je t’ai pris.

Ouattara Adama, 13 ans. Kong, 2011.

Ouattara Adama, 13 ans. Kong, 2011.

Corpus inédit, © Copyright Awa Traoré

 


 

Notes:

1  Lapsus du conteur; selon le conte, il pourrait s’agir de brebis, mouton, ovin:  sàga en dioula. C’est le terme employé plus loin dans le texte.

2 Ferké: abréviation de Ferkéssédougou, une ville située au nord de la Côte d’Ivoire. Administrativement, Kong dépend de cette ville et se trouve à une centaine de kilomètres.

3  Les petits-fils parfois appellent leur grand-mère, maman, quand celle-ci les élève.

4  Sán túrugutεrεgε, en dioula : « Qui balance et balance ».

5  Náfanan est un village situé à 18 kilomètres de Kong.

6  Le physique atypique du bélier indique à coup sûr qu’il s’agit d’un génie.

Súrugu bànnan sáraga bɔ̀ màn à ká à kɔ́ yé / Un marabout prédit à Hyène que s’il ne faisait pas de sacrifice il subirait une perte

 

Mots-clés

mandingue, dioula, Kong, Côte d’Ivoire — oralité, conte, kúman, tàlen — hyène, marabout, bouc; offrande, condoléances, enterrement.

Production du corpus

ConteurTraoré Brahima, 34 ans. Étudiant dans une médersa à Kong.

Contexte de production

Date et lieu d’enregistrement Novembre 2011, Kong (Côte d’Ivoire).

ContexteLa performance est sollicitée et se déroule en situation quasi habituelle. Le conteur est informé une dizaine de jours avant les enregistrements. Le public, les assistants ou les intervenants sont assis à attendre leur tour de contage. Les enfants qui font partie du public sont éloignés afin de ne pas perturber les enregistrements.

Descriptif

Hyène demande à un marabout d’intercéder auprès de Dieu pour qu’il lui accorde de la chance. Le marabout répond à ce dernier qu’il1 doit réaliser la quête de la vérité et faire une offrande à Dieu. S’il ne fait pas l’offrande, il perdra ce qu’il aura trouvé. Hyène ne veut pas faire l’offrande.

Hyène rencontre Bouc en train de se rendre à des condoléances. Il demande à Bouc d’énumérer trois vérités incontestables. Bouc dit: « Le jour qui est synonyme de joie pour l’un, peut être équivalent de tristesse pour un autre; si j’avais su que tu prendrais ce chemin aujourd’hui, je ne l’aurais pas pris; ce serait un mensonge si tu me disais: “Mon frère, tu peux aller en paix, je ne te mangerai pas.” ».

Hyène avoue qu’il dirait ce mensonge. Bouc a donc dit les trois vérités qu’Hyène lui avait demandées. Il laisse partir Bouc en se disant que le marabout avait eu raison: n’ayant pas fait l’offrande, il a perdu ce qu’il avait trouvé.

Ce conte est un exemple de pédagogie explicite exposée en deux phases: dans un premier temps, une transgression est envisagée et une sanction est annoncée; dans un deuxième temps, la transgression est réalisée, puis commentée et expliquée; la sanction est subie par le personnage fautif qui reconnaît son erreur. À la différence de ce conte, très souvent, la transgression d’un interdit n’est pas annoncée, ni expliquée, mais simplement réalisée et sanctionnée.

 

 

 

 

 

 

 

 

4. Súrugu bànnan sáraga bɔ̀ màn à ká à kɔ́ yé

4. Un marabout prédit à Hyène que s’il ne faisait pas de sacrifice il subirait une perte

 

 

Ń tá yé ń tá yé,

Voilà mon conte. Voilà mon conte.

Dúnunyan kó bἑ sí lé rá à ní kέnɛya ní hɛ̀rεjigɛ.

Toutes les choses présentes dans ce monde peuvent se résumer de la façon suivante : la vie, la santé et la chance.

Nàmulaminε ─ É kὲ.

Répondant ─ Il en est ainsi.

Ní é túgu ká à fɔ́ yé hɛ̀rεjigɛ nyíni Ala fὲ fɔ́ yé wíri ká lɔ̀ é yὲrɛ yé lé.

Le conteur ─ Si tu veux que Dieu te concède quelque chose, il faudra que tu en prennes l’initiative.

Nàmulaminε ─ Ò bὲ cíɛn ní yé.

Répondant ─ C’est tout à fait vrai.

Kó lón dɔ́ rá súrugu lé tágara kàramɔgɔcԑ dɔ́ fὲ kó ò yé Ala dári kὲ à yé : hἑrԑjigɛ kó rá.

Le conteur ─ On raconte qu’un jour Hyène s’en alla voir un marabout pour qu’il demande à Dieu de lui accorder de la chance.

Nàmulaminε ─ Ɔ̀nhɔn !

Répondant ─ Bah dis donc !

Kàramɔgɔcԑ ká à fɔ́ súrugu nyέnan kó à yá cíɛn nyíni ká à kὲ sáraka yé.

Le conteur ─ Le marabout dit à Hyène de partir en quête de la vérité et d’en faire ensuite une offrande à Dieu.

Nàmulaminε ─ Káwako !

Répondant ─ Quelle surprise !

Òle súrugu kó kàramɔgɔcԑ màn ní à mán cíɛn kὲ sáraka yé míni lé kὲ ? Míni lé bὲ yí ?

Le conteur ─ Hyène demanda alors au marabout ce qui se passerait s’il ne faisait pas d’offrande de la vérité.

Kàramɔgɔcԑ kó :

Le marabout lui dit :

─ Fín bíyɛ tí nyíni ká lɔ́n. Ní é mán cíɛn kɛ̀ sáraka yé éle nàn fìn dɔ́ tɔ̀mɔn, dɔ́ dó yé nàn à bɔ̀si é rá.

─ Eh bien, je ne peux pas te donner de réponse sûre. Mais si tu ne fais pas l’offrande de la vérité, ce qui va se passer, c’est qu’un jour tu trouveras quelque chose et quelqu’un te l’enlèvera.

Ò ló súrugu kó :

Hyène lui répondit alors :

─ Ní ò ló ò yá nɔ̀gɔn.

─ Bon, s’il ne s’agit que de ça, il ne faut pas s’inquiéter plus que ça.

Jɔ́n ní bὲ dúnunyan rá mí yé sé ká fín bɔ̀si àle rá ? Mɔ̀gɔsi tí sé ká fín bɔ̀si àle rá. Ní ò ló àle tí ò sáraka kélen mí bɔ́. Òle kàramɔgɔcԑ ká tó kó :

Parce que, qui, en ce monde, serait capable de lui enlever quelque chose à lui ? Personne ne pourrait faire une telle chose. Et, en ce qui le concernait, il n’avait aucune intention de faire un tel sacrifice. Alors, le marabout lui dit :

─ Ala rá é dó nàn fín dɔ́ tɔ̀mɔn.

─ Eh bien, au nom de Dieu, je te le dis, il va t’arriver quelque chose.

À dó ká bàn ní à mán sáraka bɔ́.

Il n’envisageait, pour rien au monde, de réaliser une offrande de cette sorte.

À tí bὲ tágara dúgu dɔ́ rá. Ò rá dó súrugu nànan síra mínan à bὲ tágara ká tága à sɔ̀rɔ kóngo sògori ní só sògori óri lára nyɔ̀ngɔn kàn kó ári bὲ tágara sàngan fó dúga. Óri túgu kó kɔ̀rɔ bàkɔrɔni màn :

Il se mit alors en marche en direction d’un village. Il prit un chemin et sur son trajet, Il rencontra des animaux sauvages et domestiques qui s’étaient rassemblés pour aller présenter leurs condoléances à des funérailles. Ils dirent à leur grand frère Bouc :

─ Kɔ̀rɔ bàkɔrɔni nàn àn tága sànga fó dúga rá.

─ Frère Bouc, viens avec nous, nous allons présenter nos condoléances.

Ò kó :

Il leur répondit :

─ Ári yá bíla nyέn ń bὲ sὲrira bàn.

─ Allez-y, partez devant, je dois prier un peu.

Nàmulaminε ─ Játe !

Répondant ─ C’était vrai !

Bàkɔrɔni ká lɔ̀ ká à tá sὲri kὲ bàn. Bàkɔrɔni nàn síra tá kó é tága ká à sɔ̀rɔ súrugu bὲ síra rá à bὲ nànan ò mán cíɛn kὲ sáraka yé. Súrugu bὲ síra kàn kí nàn, bàkɔrɔni bὲ síra kàn kí nàn, súrugu nàn sé túrunan nàn bàkɔrɔni ká nàn sé túrunan nàn ári ká nyɔ̀ngɔn bín kúrukurucɛ tànsí.

Bouc resta donc à l’écart pour faire sa prière. Quand il se remit en chemin, il tomba nez à nez avec Hyène qui avançait sans avoir fait le sacrifice de la vérité. Il marchait sur ce chemin et Bouc de même. Lorsque Hyène arriva à un croisement, Bouc arriva au même endroit. Ils se rencontrèrent donc tous les deux.

Nàmulaminε ─ Kóngoligo !

Répondant ─ Comme c’est surprenant !

Súrugu ká bàkɔrɔni yé à júsu súmanan ká yὲrɛko.

Hyène vit Bouc ce qui le remplit de joie et il se mit à rire.

Nàmulaminε ─ É kó à ká búwo kὲ jíe rá.

Répondant ─ Allez ! Comme s’il avait fait ses besoins dans l’eau2.

Súrugu ká tó :

Hyène lui demanda :

─ Kɔ̀rɔ bàkɔrɔni éle sé míni ?

─ Grand-Frère Bouc, où vas-tu ?

Òle bàkɔrɔni kó à bὲ tágara sànga fó dúga. À kó :

Bouc l’informa qu’il allait présenter ses condoléances à un enterrement. Hyène lui dit :

─ Kɔ̀rɔ bàkɔrɔni é yé kó jára ní yé, kó kábini sɔ̀gɔman ní mán dómini kὲ bàn.

─ Frère Bouc, eh bien je suis bien content de te voir. Je n’ai rien mangé depuis ce matin.

Nàmulaminε nyándi lé jàman mán ─ Túwo lé bὲ à bóro wá ?

Répondant tourné vers le public ─ Bouc aurait-il de la nourriture avec lui ?

Òle kɔ̀rɔ bàkɔrɔni kó :

Bouc demanda alors :

─ Súrugu túwo lé bὲ é bóro wá ?

─ Et toi, frère Hyène, tu as de la nourriture avec toi, ou non ?

Òle à ká tó :

Hyène lui répondit alors :

─ Éle yὲrɛ ò ká à lón ní nì éle ò tá nyɔ̀ngɔn nyí fín mí bὲ yí ?

─ Ah ! Il semblerait que tu ne comprennes pas comment notre rencontre va se terminer !

Nàmulaminε ─ Kíti tὲ ò rá

Répondant ─ Eh bien moi, je n’ai aucun doute sur la façon dont les choses vont se passer.

─ Kíti tὲ ò rá éle ní nì fíla yá bín tàn mɔ̀gɔ tὲ yí; éle yὲrɛ ká à lón mí bɛ̀ yí.

Le conteur ─ Eh bien tu as raison ! On ne peut avoir de doutes sur ce qui va se passer. Il n’y a personne par ici, tu peux donc être sûr de ce qui va se produire.

Nàmulaminε ─ É kὲra nágafila lé yé.

Répondant ─ Eh bien ! Tu es comme une prière surérogatoire3.

Kɔ̀rɔ súrugu ká ákiri bíla :

Hyène se souvint alors de quelque chose :

─ Kàramɔgɔcԑ tí ká sáraka fɔ́ ní yé ní mán ó kὲ ? Ò rá dó kɔ̀rɔ bàkɔrɔni bὲ àle nyέn kɔ́rɔ cógominan ò tí sé ká tága ká àle tó yí.

─ Le marabout ne m’avait-il pas dit que si je ne faisais pas d’offrande de la vérité, les choses se passeraient mal pour moi ?

É ká à yé sáraka bɔ̀ báriya mànyi, àn bὲ ò kúman lé fɔ́ra tàn. Ò ló kɔ̀rɔ bàkɔrɔni ká tó súrugu màn :

Il est certain que Bouc était entre ses griffes et qu’il ne pourrait pas s’échapper. Bouc dit alors à Hyène :

─ Ní ká ń tága dúga fɔ́ éle nyέnan, éle yé é tá tága dúga fɔ́ nyí.

─ En ce qui me concerne, je t’ai déjà dit quelle serait ma destination. Maintenant, c’est à toi de me dire vers quel chemin tu vas.

Kó :

Bouc le prévint :

─ Únhun, kànan fàninyan fɔ́ nyí dὲ.

─ Mais attention ! Ne me mens pas !

Ò ló súrugu ká tó bàkɔrɔni màn :

Hyène lui demanda alors :

─ Éle yé cìan lón wá ?

─ Est-ce que tu sais, toi, ce qu’est la vérité ?

Súrugu kó bàkɔ̀rɔni màn :

Hyène lui demanda ensuite :

─ Cíɛn bɛ̀ jóri ?

─ Combien y a-t-il de vérités ?

Bàkɔrɔni ká tó :

Bouc lui répondit :

─ Cíɛn bὲ sáawa. Kó ní é kó cíɛn sáawa fɔ́ mɔ̀gɔ tὲ yí mí yé sé kí é sɔ̀sɔ.

─ Eh bien, il existe trois vérités. Et on prétend que si tu es capable de prononcer les trois vérités, personne n’aura le pouvoir de te vaincre.

[Tàlenlabaga ká súrugu yá kó kɔ̀rɔ dɔ̀ fɔ́]. Ká à sɔ̀rɔ lá dɔ́ ári ká súrugu mínan ḱ ó bíla sànzaran nàn. kóngo sògori tɛ̀nbɛ tɔ̀ ári yé tó :

[Le conteur rappelle alors un épisode passé de la vie d’Hyène] Il y a quelques temps, les chasseurs avaient capturé Hyène. Et ils l’avaient mis en cage. Quand ils l’avaient emporté les animaux sauvages lui avaient dit :

─ Ee ! Kɔ̀rɔ súrugu ári dó kí é mínan ?

─ Grand-frère Hyène, mais c’est qu’ils t’ont attrapé !

─ Ári dó ní é kὲ dí lé ?

─ Tout le monde sait ce qu’ils vont faire de toi !

Súrugu ─ Ɔ̀nhɔn ! Ári kònni ká ń mínan. Ári nàn ń mínan lé wá, ári nàn sékɔ ká ń bíla lé wá ní kònni mán à lón ári yé nàn ń kὲ dí lé.

Hyène ─ Eh oui, ils m’ont attrapé. Et je ne sais pas s’ils vont me laisser dans cette cage ou s’ils vont me libérer. Je ne sais pas ce qu’ils vont faire de moi.

Àle yá cɛ́wu à tí à fɔ́ ári yé nàn à nyími dɛ̀ ?

Le conteur ─ Vous voyez comme il est intelligent ! Pourquoi ne dit-il pas que le plus probable est qu’ils le mangent ?

Dálaminan ─ À tí ò fɔ́.

Répondant ─ Ça ne l’intéresse pas de le dire.

Ò ló kɔ̀rɔ bàkɔrɔni nànan sé kó :

Le conteur ─ Bouc s’approcha alors de lui et lui dit :

─ Kɔ̀rɔ súrugu ári dó kí é mínan ? Ári dó ní é kɛ̀ dí lé ?

─ Frère Hyène, ils t’ont attrapé. Tout le monde sait ce qu’ils vont faire de toi.

─ Ári kònni ká ń mínan. Ári nàn ń mínan lé wá, ári nàn ń bíla lé wá, éle kɔ̀rɔ bàkɔrɔni ári yὲrɛ ní é fàga lé wá ní mán ò lón.

Hyène ─ Oui, ils m’ont bien attrapé. Je ne sais pas s’ils vont me mettre en cage ou s’ils vont me relâcher à la fin. Mais je ne sais pas non plus, frère Bouc, si tu subiras le même sort que moi ou non.

À ká tó kó :

Hyène ajouta :

─ Kɔ̀rɔ bàkɔrɔni íncha Alla àn nyí nàn nyɔ̀ngon nyí lá dɔ́.

─ Frère Bouc, un jour nous nous rencontrerons toi et moi, si Dieu le veut4. [fin de la parenthèse rétrospective]

Òle ári nánan nyɔ̀ngɔn bín ò kó bὲ kɔ̀rɔ súrugu kɔ̀nɔn ári tí ká àle mínan lá mí nán.

Le conteur ─ Hyène se souvenait de tout ce qui s’était passé pendant qu’il était enfermé.

─ É ká cíεn sáwa mí kúman fɔ́ à fɔ́ ní yé nyí à fἑrε ní sɔ̀sɔri mán kἑ à rà nyí é tó yí.

─ Présente-moi les trois vérités dont tu m’as parlé pour que je les apprenne. Si ce sont des vérités incontestables, je te laisserai partir.

Ò ló kɔ̀rɔ bàkɔrɔni kó :

Bouc lui répondit :

─ Cíεn jóonan jóonan kἑ, dɔ́ tá júsu súman lá òle bὲ dɔ́ tá júsu kási lá yé.

─ Eh bien, la première est que le jour qui est synonyme de joie pour l’un, peut être équivalent à un jour de tristesse pour d’autre.

Kɔ́rɔ súrugu ká tó :

Hyène déclara :

─ Sɔ̀sɔri tɛ̀ nyí nàn, lá mí nàn ári ká ní mínan ká ní bíla sànzanran nàn ní júsu tí kásini bὲ éle nànan sé fɔ́ é ká dɔ̀nkɛ.

─ Ça, il n’y a pas de doute. Le jour où ils m’ont attrapé et où ils m’ont mis en cage était un jour triste pour moi, alors que toi tu t’es mis à danser.

Nàmulaminε ─ É kὲ.

Répondant ─ C’est vrai.

À ká tó kó :

Hyène déclara :

─ Ùnhun sɔ̀sɔri tὲ ò rá. Kó à tɔ̀ tóra cíɛn fíla, kélen wὲrɛ fɔ́ nyí.

─ Bien, on ne peut pas réfuter cette vérité. Il reste donc deux vérités. Explique-moi la suivante.

À ká tó :

Bouc l’interpella :

─ Kɔ̀rɔ súrugu ?

─ Grand-frère Hyène…

Kɔ̀rɔ súrugu ká tó kó :

Hyène répondit :

─ Nàmu.

─ Oui, dis-moi.

Kó :

Bouc lui dit :

─ Ah ! Ní tí ká à lón éle bὲ síra mí lé tára bí játe játe ní tí síra ń tá.

─ Ah ! Si j’avais su que tu prendrais ce chemin aujourd’hui, je ne l’aurais pas pris.

Súrugu ká tó :

Hyène déclara :

─ Ò bὲ cíɛn ní yé éle yá à lón ní bὲ síra mí kàn éle yé túgun ká à tá. Cíɛn kɛ̀ra fíla. Ní é ká cíɛn sáwanan sɔ̀rɔ ká à fɔ́ kúman bànan ní tí sé é màn.

─Oui, c’est vrai. Si tu avais su que je passais par ce chemin tu ne l’aurais sûrement pas emprunté. Bon, nous avons donc deux vérités. Si tu me dis quelle est la dernière vérité, c’est terminé, je ne te mangerai pas.

À kó :

Bouc l’interpella :

─ Kɔ̀rɔ súrugu ?

─ Grand-frère Hyène… ?

Kɔ̀rɔ súrugu ká tó :

Hyène répondit :

─ Nàmu.

─ Oui, dis-moi.

─ Ní nì éle fíla nyɔ̀ngɔnyeni kó mɔ̀gɔ wὲrɛ tὲ yí Alla lé bὲ àn cὲrɛ yé. Éle yá à fɔ́ kɔ̀rɔ bàkɔrɔni tága ń yáfara é màn ń tí ní é nyími ní é ká tága ká tága à lákari dúga ó dúga ári yé tó fàninyan ló.

─ Imagine que nous nous retrouvions tous les deux, que le seul témoin de notre rencontre soit Dieu et que tu me dises : « Mon frère tu peux aller en paix, je ne te mangerai pas ». Si tu racontes cela à quiconque et n’importe où, il te dira que tu mens.

Nàmulaminɛ ─ Cíɛn ! Ní yὲrɛ yé à fɔ́.

Répondant ─ C’est vrai, c’est exactement ce que je dirais.

Cíɛn sáwanan nànan dáfa, mí é nyέn bὲ súrugu rá tàn à límaniyara dὲ, à ká tó ní kɔ́ngɔ yé. À ká tó :

Il conclut avec la troisième vérité, alors Hyène lui accorda son pardon. Il avait faim mais que pouvait-il faire de plus ? :

─ Kɔ̀rɔ bàkɔrɔni tága.

─ Mon frère, tu peux partir.

Bàkɔrɔni tágani kúwɔ dó à ká tó :

Pendant que Bouc s’en allait, Hyène se remémora :

─ Kàramɔgɔcԑ tí kó ní yá sáraka mí búwɔ ní mán à kὲ ò fúwon lé ká ní sɔ̀rɔ tàn, ò kó lé ká ní sɔ̀rɔ tàn.

─ Comme je n’ai pas fait l’offrande que le marabout avait préconisée, j’ai perdu quelque chose. Voilà que ce qui devait arriver arriva.

Tàlen ń kí tá dúga mína ń kí bíla.

Conte, je te laisse là où je t’ai pris.

Traoré Brahima, 34 ans. Kong, novembre 2011.

Traoré Brahima, 34 ans. Kong, novembre 2011.

Corpus inédit, © Copyright Awa Traoré

 


 

Notes:

1  Súrugu « hyène » en dioula est un zoonyme mâle. Les substantifs n’ayant pas en dioula de genre grammaticalement marqué, le mot súrugu peut aussi bien désigner indifféremment un référent masculin ou féminin. Dans les contes, il revoie toujours a priori au mâle et quand on veut spécifier un référent féminin, on parle toujours de la femme de Hyène (Súrugu mùso).

2  Selon une croyance populaire, l’hyène aime faire ses besoins dans l’eau. Cela représente pour lui un objet de divertissement.

3  « Peut-être qu’il va t’arriver quelque chose comme si tu avais fait une prière sans y être obligée ». C’est comme une bénédiction que reçoit celui qui fait sa prière surérogatoire, autrement dit, une prière qu’on fait en sus des cinq prières obligatoires.

4  Le conteur utilise l’expression arabe incha Allah [‘in šā’ Allāh] « si Dieu le veut ».

Tòriri bɛ́mari sáraga sògo bɔ́, súrugu, nínden fíla kúman tó yí / La cérémonie de sacrifice des grenouilles et le double langage d’Hyène

 

Mots-clés

mandingue, dioula, Kong, Côte d’Ivoire — oralité, conte, kúman, tàlen — hyène, lièvre, grenouilles; ancêtres, sacrifice, double langage.

Production du corpus

ConteurBarro Baladji, 32 ans. Paysan à Kong.

Contexte de production

Date et lieu d’enregistrementnovembre 2011, Kong (Côte d’Ivoire).

ContexteLa performance est sollicitée et se déroule en situation quasi habituelle. Le conteur est informé une dizaine de jours avant les enregistrements. Le public, les assistants ou les intervenants sont assis à attendre leur tour de contage. Les enfants qui font partie du public sont éloignés afin de ne pas perturber les enregistrements.

Descriptif

Les grenouilles préparent un sacrifice en l’honneur de leurs ancêtres et achètent un taureau à cette occasion. Hyène se rend au lieu du sacrifice et affirme être l’aîné des grenouilles et le chef de famille. À ce titre, il1 procède au partage. Il réserve la viande pour lui-même, pour sa femme et pour son oncle et décide que les intestins sont destinés au sacrifice. Les grenouilles sont déçues. Hyène va au fleuve pour chercher de l’eau.

Lièvre, qui est le frère des grenouilles, passe par là, elles lui racontent l’histoire. Lièvre monte à cheval et va chercher Hyène au fleuve. Il lui dit que le taureau sacrifié vient du territoire du Lion qui cherche Hyène pour le punir. Hyène renie ses frères.

Les animaux lui demandent d’abandonner le double langage s’il veut être accepté par eux.

Ce conte est relativement long, ceci s’explique par les interventions des deux répondants qui commentent de manière détaillée le texte dit par le conteur.

Le répondant ponctue le discours du conteur ou du griot par des formes linguistiques invariables. Du point de vue de l’énonciateur principal, il peut être le destinataire privilégié à qui il s’adresse personnellement sans pour autant l’apostropher. Dans ce conte, la présence des deux répondants entraîne l’ébauche d’un dialogue entre eux, de même qu’avec le conteur. Ce dernier développe plusieurs aspects de l’action par des descriptions détaillées.

 

 

 

 

 

 

 

3. Tòriri bɛ́mari sáraga sògo bɔ́, súrugu, nínden fíla kúman tó yí 

3. La cérémonie de sacrifice des grenouilles et le double langage d’Hyène

 

 

Kàramɔgɔ, ń tá yé ń tá yé,

Le conteur ─ Camarade2, voilà mon conte. Voilà mon conte.

Nàmulaminε fɔ́lɔ ─ É ní kóngo, é só yé.

Premier répondant3 ─ Courage. Eh bien tu es sur ton terrain,4 il est donc tout à toi.

Tòriri lé tí kὲrɛ ári yé ári bɛ́manri sáraga tὲwi.

Les grenouilles décidèrent de préparer un sacrifice en l’honneur de leurs ancêtres.

Dálaminan fílanan─ Bèlebele.

[Deuxième répondant] : ─ Incroyable !

Tɔ̀riri kélen kélen míri yé tàn. Ári bɛ́ma cὲ kɔ̀rɔ kɔ̀rɔ míri tí sàra. Kó ári yé sáraga ń tὲwi.

Il s’agit des mêmes grenouilles que l’on voit par ici. Leurs ancêtres étaient morts5. Et elles proposèrent de préparer un sacrifice en leur honneur.

Dálaminan fɔ́lɔ ─ Sáraga tὲwi bá lé bɛ̀ ò yé.

Premier répondant : ─ C’est-à-dire un grand banquet de sacrifice.

Ári kó ári yé sáraga ń tὲwi, jága ári ká bìn ká tága mìsi tóran kélen sàn.

Le conteur ─ Elles dirent qu’elles allaient préparer ce sacrifice en l’honneur de leurs ancêtres. Elles se mirent toutes d’accord et partirent acheter un taureau.

Dálaminan fɔ́lɔ ─ Samba fὲ yí.

Premier répondant ─ Chez Samba6 !

Dálaminan fílanan ─ Únhun, le Viɛ fὲ yí.

Deuxième répondant ─ Non ! Chez Le Viɛ7 !

─ Anhan Bὲma Ali fὲ wὲrɛ rá.

Le conteur ─ Bon ! Donc dans l’enclos des vaches de Bὲma Ali.

Mìsi tóran kélen mí sànan ári ká tága mìsi fàga. Ári ká mìsi fàga ári bὲ à bósora.

Elles s’apprêtèrent à sacrifier le taureau qu’elles avaient acheté. Après l’avoir tué, elles se mirent à le découper.

Súrugu àle tὲmbɛ tɔ̀ ká tága à yé tɔ̀riri bὲ mísi bósora.

Le conteur : ─ Et toi, Hyène, tu passais justement par-là ! Et Hyène vit que les grenouilles étaient en train de découper le taureau.

Á ká tó :

Il leur dit :

─ Éee ! Dɔ́gɔ yɔ̀gɔri bási lé ká ní tá kà nàn ní bɔ́ álori kàn. Bási lómu, álori ká à lɔ́n ní bὲ álori kɔ́rɔ yé. Àn bíyɛ bá dénman kélen. Álori ká à lɔ́n bási lé kà ní bɔ́ álori kàn ? Kòni ári ká à lɔ́n ári kɔ̀rɔ lé bὲ ní yé ?Án bíyɛ bá dénman kélen, ní lé bὲ álori kɔ̀rɔ yé.

─ Hééééé, petits frères 8 ! C’est le sang9 qui a guidé mes pas jusqu’ici. Ce sang ! Vous savez bien que je suis votre frère. Que nous avons tous la même mère. Vous savez que c’est ce sang qui m’a fait venir à votre rencontre ? Vous savez que je suis votre frère ? Que nous avons tous la même mère. Je suis votre frère.

Dálaminan fɔ́lɔ ─ Bèlebele.

Premier répondant ─ Comme c’est incroyable !

─ É k̕ à míɛn, sísan álori kó ári yé án bɛ́manrí sáraga téwi álori mán à fɔ́ ní nyέnan ó ? Álori ká à lɔ́n ní lé bὲ ári bíyɛ nyέnmɔgɔ yé wá ?

Le conteur ─ Tu as compris ? À ce que je vois, vous vouliez faire un banquet en hommage à nos ancêtres et vous ne me l’avez pas dit, n’est-ce pas ? Vous ne savez donc pas que je suis le chef de famille ?

Tòriri ká tó :

Les grenouilles lui répondirent :

─ Ń kɔ̀rɔ sáwari, ń kɔ̀rɔ sáwari !

─ Pardonne-nous, frère ! Pardonne-nous, frère !

Ká dòn sóronari só rá ká súruku dári, ári ká mùru dí súrugu màn à ká sìgi kíye mìsi bóso.

Elles demandèrent pardon Hyène et lui donnèrent le couteau. Il s’assit afin de découper le taureau et il le fit.

Súrugu ká mìsi ń bóso, mìsi bóso bànan ká mìsi lá láduwa sáawa.

Une fois le taureau découpé, il le répartit en trois parts10.

Dálaminan fɔ́lɔ ─ Eee ! Sáraga sògo.

Premier répondant : ─ Héééé ! La viande du sacrifice.

─ Ɔ̀nhɔn sáraga sògo.

Le conteur ─ Oui, la viande du sacrifice.

Kó :

Hyène déclara :

─ Kélen mí yé tàn ò bὲ só mɔ̀gɔ sámba yé, tɔ̀ kéleman ò bὲ mùso tá yé.

─ Ce morceau de viande que vous voyez-là est pour ma maison. Et celui-ci sera pour ma femme.

Àle tá mùso.

Le conteur ─ Pour sa femme, bien sûr.

─ Mí ye tàn ò bὲ àle béli só tá yé.

─ [Hyène] Ce dernier morceau sera pour la maison de mon oncle.

Sògo tɔ̀ tóra núgu. Nùgu gbὲrɛgbεrɛ kó òle yé kὲ sáraga yé. Tòriri ká sìgi ká ári bóro kὲ ári yὲ kɔ́rɔ tàn.

Il resta un peu de viande, mais il s’agissait des intestins. C’est donc cette partie des intestins qu’il dit qu’il fallait utiliser pour le sacrifice. Les grenouilles s’assirent autour en appuyant la tête sur leurs pattes, de cette façon [gestes du narrateur], pour montrer leur déception.

Sísan dɔ́gɔ sànde àle yé bɔ́ míni ní sò yé, sò gbὲ nyúman. À bὲ nànan ká nàn sé ká tòriri bóro sɔ̀rɔ ári yὲ kɔ́rɔ kó :

À ce moment-là passa leur frère Lièvre11 sur son cheval, un beau cheval blanc. Il trouva alors les grenouilles avec les pattes sous le menton et dit :

─Aa ! Kɔ̀rɔ tòri à dó kὲra dí lé ?

─ Hééé ! Grenouilles, mes frères ! Quoi de neuf ?

Kó :

Une des grenouilles déclara :

─ Án bὲ án bέman yɔ̀gɔri sáraga tèwira súrugu ká nàn bɔ́ án kàn kó án kɔ̀rɔ bὲ à yé. Kó án bὲ sáraga tèwira án mán à fɔ́ à yé, ò rá dó án ká mùru dí à màn kó à yé mìsi bóso. À ká mìsi lá láduga sáawa tàn kó nùgu lé yá kὲ sáraga yé.

─ Eh bien, nous étions en train de préparer un sacrifice en l’honneur de nos ancêtres. Et Hyène est passé par là en disant qu’il était notre frère. Il nous a reproché de préparer le sacrifice sans l’avoir prévenu. Alors nous lui avons donné le couteau pour découper le taureau. Il a réparti le taureau en trois parts de cette façon. Et il a dit que les intestins étaient la partie à utiliser pour le sacrifice.

Dálaminan fɔ́lɔ ─ Òle yá kὲ sáraga yé.

Premier répondant : ─ Que le sacrifice se ferait de cette façon.

Ò yé à sɔ̀rɔ mí yé kὲ tàn à ká bára tá ká tága kúwɔ rá ká tága jíe bí.

Le conteur ─ Eh bien maintenant, il a pris la calebasse et il est parti chercher de l’eau au fleuve.

Dálaminan fílanan ─ É nàn ò bárabara kó ò nyími.

Deuxième répondant : ─ Il va revenir rapidement afin de cuisiner et manger le taureau.

Sànde séra kó :

Lièvre demanda :

─ Súrugu dɔ́ ?

─ Dans quelle direction est-il parti ?

Kó :

Les grenouilles lui répondirent :

─ À tágara kúwɔ rá é tága jíe dɔ́ bí.

─ Vers cette partie du fleuve, où on puise de l’eau.

Ò ká sò tá sísan ká kúwɔ síra tá kí yé tága. Párawu párawu, à séra à nyέn bὲ súrugu rá à ká jíe bí bára bὲ à kùnnan.

Lièvre, sur son cheval, prit la direction du fleuve. Il arriva au trot rapide et vit qu’Hyène avait déjà rempli la calebasse d’eau et l’avait placée sur sa tête.

Dɔ́gɔ Sàn ká à kὲ kárako àle bὲ tὲmbɛra. À ká mágan [Surugu] :

Petit frère Lièvre, Dɔ́gɔ Sàn12, fit semblant d’être sur le point de partir. Hyène s’écria:

─ Dɔ́gɔ Sàn eee !

─ Héééé, petit frère Lièvre !

Ò ká lɔ̀, ò lɔ̀ra ó ká mágan :

Celui-ci s’arrêta. Lorsqu’il le vit immobile, Lièvre lui demanda :

─ Kɔ̀rɔ súrugu à bὲ dí ?

─ Mon frère Hyène, tout va bien ?

Kó :

Hyène lui dit :

─ É mán ń dɔ́gɔ yɔ̀gɔri yé wá ?

─ Tu n’as pas vu mes frères là-bas ?

─ Ń kí é dɔ́gɔ yɔ̀gɔri yé ári bὲ ári bέma sáraga tὲwira kó ári ká mìsi fàga, kó ári kɔ̀rɔ nànan kúwɔ rá dónki, kómi é tá céra bὲ yí ń dá rá ń kó nyí nàn tὲnbɛ ká é dúga nyíni ká à fɔ́ é yé.

─ Si, je suis tombé sur eux. Ils étaient en train de préparer le sacrifice en l’honneur de vos ancêtres. Ils m’ont dit qu’ils avaient sacrifié un taureau. Et que leur grand-frère Hyène était venu par là, vers le fleuve. Mais j’ai un message à te transmettre, donc je suis parti à ta recherche pour te le transmettre.

Ò ká tó :

Hyène lui répondit :

─ Céra júman ?

─ Quel est donc ce message ?

Kó :

Le lièvre déclara :

─ É dɔ́gɔ yɔ̀gɔri ká mìsi mí mínan ári bὲ à sáraga búwɔra, jága ári ká mìsi bɔ́ kɔ̀rɔ jàra tá wὲrɛ lé rá. Jàra láni bὲ é dɔ́gɔ yɔ̀gɔri kɔ́rɔ, à ká ári nyíniga ári ká tó é tágara kúwɔ rá. Ári ká tó :

─ Eh bien, il s’avère que le taureau que tes frères ont choisi pour le sacrifice vient du territoire de frère Lion. Et maintenant Lion est à tes trousses, il est couché à côté de tes frères. Il leur a demandé où tu étais et ils lui ont dit que tu étais venu de ce côté du fleuve. Ils lui ont dit textuellement :

─ Án nyí án kɔ̀rɔ kɔ̀nɔn.

“Nous attendons notre grand-frère.”

Ò rá dó jàra dó bὲ é kɔ̀nɔnan. Kó yá tága à rá yá tága kónyan nyέnbɔ.

Lion guette donc ton retour. Il dit que tu devais revenir et qu’il fallait régler rapidement ce problème.

Dálaminan fɔ́lɔ ─ Yá gbànyan lé.

Premier répondant : ─ Il faut donc que tu te dépêches.

─ À kó án nyí kóri lé ká sé nyɔ̀ngɔn fὲ.

─ Il a dit que nous devions venir tous les deux.

Súrugu àle ká mágan :

Hyène protesta :

─ Ári kɔ̀rɔ bὲ jɔ̀nni yé ? Ási ! Nyέn à lɔ́n à kùn lá kíle tὲ yí ní lé ? Ári kɔ̀rɔ bὲ ní lé yé wá ? Súrugu ní tòri bὲ kélen ? Síye bὲ ní kàn, síye bὲ tòri kàn wá ? Ń kó óri nyέnden bὲ ári kùn nàn lé. És séke ní yé sònzori lé wá ? Ɔ̀nhɔn ári mán ári kɔ̀rɔ lɔ́n ári kùn lá kíle tὲ yí.

─ Mais qu’est-ce que c’est cette histoire ? Nous sommes tous frères ici ? C’est incroyable, je crois qu’ils ont tous perdu la raison. Est-ce que j’ai l’air d’être leur frère ? Où a-t-on vu que Hyène et Grenouille avaient quelque chose en commun ? Moi j’ai des poils sur tout le corps. Grenouille a-t-il des poils ? Il me semble qu’ils ont les yeux sur le front. Et puis, est-ce-que je m’accroupis comme eux ? Ces grenouilles n’ont aucune idée de ce que représente le fait d’être frères. Ils sont sûrement devenus fous.

Súrugu àle ká pánangan òle sànde ká tó :

Hyène se montrait très en colère. Lièvre lui dit alors :

─ Àle yὲrɛ tí bὲ nànan à bὲ míni (jàra) ?

Le conteur ─ Eh bien maintenant c’est Lion qui va arriver. Où sera-t-il ?

Òle súrugu ká bára bἐn, yíri mísin ò yíri mísin bὲ àle sácε rá ká bíyɛ kári kí tága yí.

Hyène lâcha alors la calebasse remplie d’eau et se mit à courir de telle manière qu’il rasa toutes les jeunes pousses d’arbres sur son chemin.

Dálaminan fɔ́lɔ ─ Síranyan fὲ ?

Premier répondant ─ Serait-ce par peur ?

─ Síranyan fὲ. Pátisangana !

Le conteur ─ Oui, ce serait à cause de la peur. Maudite soit-elle !

Dálaminan fɔ́lɔ ─ Éle dó kó é kɔ̀rɔ yɔ̀gɔri ló à nána fɔ́ kó jàra tá lé bὲ mìsi yé à ká tó kárako à kɔ̀rɔri tὲ.

Premier répondant : ─ Tiens ! Qui s’est mis à dire que les grenouilles étaient ses frères ? Et quand tu as appris que le taureau était la propriété du lion, tu n’as plus rien voulu savoir de tes soi-disant frères.

─ À ká tó à dɔ́gɔ tὲ ári yé. Kó óri nyέnden bὲ ári kùn nàn lé. Éle nyέnden tὲ é kùn nàn óri yé sònzori éle tí sònzori.

[Le conteur] ─ Et maintenant tu viens nous dire que ce ne sont plus tes petits frères. Qu’ils ont les yeux sur le front alors que ce n’est pas ton cas. Et c’est seulement maintenant que tu dis qu’ils ne sont pas du tout tes petits frères. Qu’ils ont les yeux sur le front alors que toi tu les as ailleurs. Et que tu ne marches pas accroupi comme ils peuvent le faire.

À bὲ tàn, lámi tére rá yé tága à fɔ́ ári nyέnan bási, ò ká kὲ dí lé ? Kó bási lé kí é tá kíni é bɔ́ é dɔ́gɔ yɔ̀gɔrí kàn ? Ò lá rá dó é tí mán à fɔ́ é dɔ́gɔ yɔ̀gɔrí ló wa ?

Donc il ne reste plus rien de cette fraternité, de ce lien de sang dont tu as tant parlé ? Tu es venu en disant que le sang t’avait appelé à rejoindre tes petits frères. N’est-ce-pas ce que tu as dit à tes soi-disant petits frères ?

Nɛ̀nden fíla mí tàn, kánganan ári yá ò tó ? Ní ári mán ò tó à tí nyέn.

Vous avez une langue bifide comme le varan13. Hyène, oubliez donc l’usage du double langage. Si vous ne l’abandonnez pas, nous ne vous accepterons pas.

Tàlen ń kí tá dúga mína ń kí bíla.

Conte, je te laisse là où je t’ai pris.

Barro Baladji 32 ans. Paysan. Kong, novembre 2011.

Barro Baladji 32 ans. Paysan. Kong, novembre 2011.

Corpus inédit, © Copyright Awa Traoré

 


 

Notes:

1  Súrugu « hyène » en dioula est un zoonyme mâle. Les substantifs n’ayant pas en dioula de genre grammaticalement marqué, le mot súrugu peut aussi bien désigner indifféremment un référent masculin ou féminin. Dans les contes, il revoie toujours a priori au mâle et quand on veut spécifier un référent féminin, on parle toujours de la femme de Hyène (Súrugu mùso).

2  Littéralement, Kàramɔgɔ signifie « maître », mais dans cet emploi c’est plutôt une apostrophe familière, qu’on rencontre assez fréquemment dans les contes. Celui à qui le conteur s’adresse ainsi est un de ceux qui a joué le rôle de répondant pendant le récit, Barro Babouakari.

3  L’assistant ou répondant est quelqu’un qui fait partie du public, qui apporte sa voix narrative et qui interfère de temps à autre pendant le récit dans le but d’accompagner le narrateur principal.

4  E só yé est aussi l’expression qu’on utilise pour donner sa langue au chat dans les séances de devinettes. Dans ce contexte cela suggère que le conteur est chez lui et peut donc raconter son histoire tout à loisir.

5  Cette phrase peut s’expliquer par la situation d’énonciation: le terme « ancêtre » pouvant être perçu comme difficilement compréhensible, il est expliqué par une définition qui est en fait une tautologie.

6  Samba, nom d’un berger qui faisait parfois commerce de son bétail.

7  Le Viε, mot dioula emprunté au français « le vieux », surnom d’un autre berger qui fait également le commerce de ses bêtes.

8  Cette apostrophe n’est pas innocente, elle introduit un rapport hiérarchique où Hyène se présente implicitement comme l’aîné, donc celui qui a l’autorité.

9  C’est une référence implicite à leur prétendu lien de parenté.

10  Chez les Dioula, pour que le sacrifice soit sacré, le partage doit d’abord bénéficier aux pauvres. Hyène ne les mentionne même pas, ce qui laisse penser que son partage était frauduleux dès le début. [Les parts du partage correspondent à un rite de l’islam : une part est destinée à la famille, une autre aux voisins et la dernière aux pauvres].

11  Sánde « lièvre » en dioula est un zoonyme mâle. Lorsqu’il est au féminin, généralement après le mot, on ajoute mùso « femme ».

12  Dɔ́gɔ Sàn : Sàn est une abréviation de Sànde. Il s’agit d’une expression hypocoristique qui s’emploie aussi en apostrophe.

13  bifide : fourchu. Le varan a la langue bifide, c’est pour cette raison que les Dioulas le considèrent comme l’emblème du mensonge et de la tricherie.

Les Oiseaux dans la littérature malgache

 

 

Les Oiseaux dans la littérature malgache

de Louise Ouvrard

 

Mots-clés

malgache — poésie, devinettes, chants, textes narratifs — oiseau

Éditeur scientifique

Textes réunis, traduits et annotés par Louise Ouvrard.

Descriptif

Cette anthologie de 277 pages réunit différents types de textes en malgache ayant l’oiseau comme personnage commun. Les textes proviennent de manuels scolaires et d’un recueil de littérature orale.

En dehors du fait que Madagascar est un sanctuaire de la biodiversité avec une grande quantité d’espèces endémiques aussi bien végétales qu’animales, le thème de l’oiseau se justifie également à d’autres égards.

Il présente l’avantage de ne pas être spécifique à un genre littéraire donné. Ainsi l’oiseau occupe-t-il une place toute particulière dans la littérature malgache, que celle-ci soit orale ou écrite et il est présent aussi bien dans les textes poétiques que dans les textes narratifs.

L’oiseau atteste la permanence d’un patrimoine culturel. Il renvoie à un système de représentations, de croyances. Sa fréquence permet à la littérature d’esquisser des « personnages types » (ou actants) aux fonctions sémantiques constantes. Parmi les oiseaux, se distinguent ainsi des espèces au comportement connu, prévisible et stable. C’est le cas du faucon, du hibou ou du drongo, personnages centraux de l’extrait présenté ci-dessous.

L’anthologie comprend trois parties : la première consiste en une introduction générale à la littérature malgache ; la deuxième analyse un chant publié par Rainihifina dans le volume 3 du Lovantsaina [Héritage culturel] ; et la troisième partie présente, dans une édition bilingue, 41 textes de longueur variable, des chants, des poésies et des contes. On y trouve également deux courts textes humoristiques rimés (kalambalala), genre littéraire oral betsileo.

L’ouvrage est accompagné d’un index qui répertorie les oiseaux figurant dans le volume, accompagnés de leur traduction française et de leur nom scientifique.

 

Référence de l’ouvrage

OUVRARD, Louise, 2015, Les Oiseaux dans la littérature malgache. Analyse d’un chant traditionnel betsileo. Suivie d’une Anthologie bilingue malgache malgache-français, Moroni, KomEdit, 277 p., dessins.

Bibliographie

    • ANDRIANARAHINJAKA, Lucien Xavier Michel, 1987, Le système littéraire betsileo, Fianarantsoa, Ambozontany, 993 p.
    • DECARY, Raymond, 1950, La faune malgache – Son rôle dans les croyances et les usages indigènes, Paris, Payot, 236 p.
    • RAINIHIFINA, Jesse, 1961, Lovantsaina III – Fitenenana betsileo [Héritage culturel III – Paroles betsileo], Fianarantsoa, Imprimerie Catholique, 270p.

 


 

 

Vorona nifidy mpanjaka — Les oiseaux ont choisi un roi (pp. 214-215)

Extrait

 

 

Ce conte porte sur le choix de leur roi par tous les oiseaux de la terre. Au cours de cette élection, seul l’un d’entre eux est absent, Hibou, car il assiste sa femme qui couve. Les oiseaux décident donc qu’il faudra tuer Hibou et que l’oiseau qui ne le ferait pas deviendrait l’ennemi de tous les autres. C’est pour cela que Hibou ne sort plus de peur d’être tué. Faucon se propose pour être roi mais n’est pas élu en raison de son mauvais caractère.

 

 […]

Koa dia nifanara-kevitra ny vorona fa ny railovy no hofidina ho mpanjakany, satria izy no tsara tarehy sy lava sanga nahay feo samy hafa.

[…]

Les oiseaux ont alors pris leur décision. Ce sera le drongo1 qu’ils éliront comme roi parce qu’il est beau, qu’il a une longue mèche et qu’il sait émettre des chants variés.

Izany, hono, no nanaovan’ny olona ny railovy hoe mpanjakan’ny vorona rehetra.

C’est pour cela, paraît-il, que les gens ont fait du drongo le roi de tous les oiseaux.

 

Note:

1  Passereau de la famille des Dicruridae.

Fín mí kósɔn súrugu yé síran kànganan nyέn / Pourquoi Hyène a peur de Varan d’eau

 

Mots-clés

mandingue, dioula, Kong, Côte d’Ivoire — oralité, conte, kúman, tàlen — hyène, varan d’eau ; lutte entre animaux

Production du corpus

ConteurBarro Babouakari, 50 ans. Maître d’école coranique à Kong.

Contexte de production

Date et lieu d’enregistrement:

Novembre 2011, Kong (Côte d’Ivoire).

Contexte:

La performance est sollicitée et se déroule en situation quasi habituelle. Le conteur est informé une dizaine de jours avant les enregistrements. Le public, les assistants ou les intervenants sont assis à attendre leur tour de contage. Les enfants qui font partie du public sont éloignés afin de ne pas perturber les enregistrements.

Descriptif

Quand Hyène arrive au bord de l’eau, il1 s’en asperge. Le conteur explique qu’« il agit ainsi à cause de Varan d’eau ».

En effet, des animaux se sont battus ; Varan d’eau les a terrassés tous ; il ne reste qu’Hyène. Celui-ci demande à Varan d’eau s’il croit pouvoir se mesurer à lui. La lutte commence. En présence de tous les animaux, Varan d’eau terrasse Hyène et plonge dans l’eau. Le conteur conclut : « C’est la raison pour laquelle, jusqu’à aujourd’hui, Hyène agit ainsi en s’approchant de l’eau ».

Ce conte a une structure inhabituelle: dès le début, le conteur énonce la raison d’un comportement étonnant. Par la suite et sous forme de rétrospective, il explique les facteurs qui aboutissent au résultat constaté.

 

 

 

 

 

 

 

2. Fín mí kósɔn súrugu yé síran kànganan nyέn     2. Pourquoi Hyène a peur de Varan d’eau

 

 

Ń tá yé ń tá yé,

Voilà mon conte. Voilà mon conte.

É ká à yé súrugu ká sé jié dára é bára ká jíε kἑ :

Tu vois ! Quand Hyène arrive au bord de l’eau, il commence par toucher l’eau puis, il s’en asperge :

Pácapaca.

Floc, floc !

Mí súrugu ká sé jié dára é jié kἑ :

Une fois au bord de l’eau, Hyène s’asperge d’eau : il s’en asperge abondamment.

Cágacagacaga Cágacagacaga !

Floc, floc, floc !

Kɔ́rɔ lé túgun bἑ à rá, kánganan lé kósɔn. Lá dɔ́ ári ká sògori bɔ́ kó ári yé bóndori kἑ. Ní mí ká mí bɛ̀n ò yé ò kἑ :

Et il fait ça uniquement à cause de Varan d’eau. Un jour, les animaux se rassemblèrent pour se battre. Lorsque l’un des animaux en terrassait un autre, il le faisait dans un vacarme assourdissant.

Bírinw !

Boum !

Káganan ní ári bíyε ká bóndori kἑ kélen kélen ári sí mán sé à rá. À nànan tó súrugu, ko :

Varan d’eau se battit contre tous les animaux, les uns après les autres. Et aucun d’entre eux ne réussit à le vaincre. Si bien qu’à la fin il ne restait que’Hyène. Varan d’eau lui dit alors :

─ Súrugu yá nàn.

─ Allez Hyène, approche-toi !

Súrugu ká tó :

Hyène lui répondit avec mépris :

─ Curuuw, ɔ̀hɔh ! Ń bóndori kἑ nyɔ̀ngɔn dɔ́ lé bἑ éle yé wá ?

─ Hehehe, hahaha ! Mais tu crois vraiment que tu peux rivaliser avec moi ?

Ári fínginnan à ní kánganan ká nɔ́rɔ nyɔ̀ngɔn nàn, à ká à kúwonin kἑ ká súrugu mínimini ká à bíla cἑ rá ká à sɔ̀nni já ká tága à sɔ̀nni dòn súrugu bòda rá. Súrugu kó :

Et la lutte commença. Hyène et Varan s’empoignèrent. Varan manœuvra avec sa petite queue pour pouvoir l’enrouler autour de Hyène et il réussit à l’immobiliser avec sa queue. Il sortit ensuite ses griffes et les enfonça dans les fesses d’Hyène. Hyène se mit alors à crier :

─ À bἑ ń sɔ̀gɔra ! À bἑ ń sɔ̀gɔra ! À bἑ ń léngelengenira ! À bἑ ń léngelengenira !

─ Mais tu me piques ! Tu me piques ! Mais, tu me chatouilles, tu me chatouilles !

Ká tága bἑn tá wóngow. Ári kó :

Il s’effondra alors sur le sol avec fracas. Les autres animaux se mirent à crier :

─ À ká à bὲn, à ká à bὲn.

─ Il l’a vaincue ! Il l’a vaincue !

Kángana ká pábawu ká tága bíla jié rá, óle kósɔn ní súrugu ká à fɔ́ é tága jié mí dúga rá àli bí ní à ká sé jié dá rá é bára ká jié kἑ :

Varan d’eau plongea alors à toute allure dans l’eau. C’est la raison pour laquelle, jusqu’à aujourd’hui, lorsqu’Hyène s’approche de l’eau et se prépare à boire, il s’en asperge d’abord à toute vitesse:

Ságasagasagasaga.

Plouf, plouf !

Ní kánganan tἑ yí ní à mán mágankan míεn sísan é sɔ̀rɔ ká jíe mí ká tága. Àle jɔ̀nan kánganan rá. Òle kósɔn kó mɔ̀gɔ dɔ́ ká nàn jɔ̀n dɔ́ lé rá.

Il s’assure ainsi que Varan d’eau ne passe pas par là. Une fois que tout est calme, elle boit et puis s’en va. Autrefois, il ne prêtait pas plus d’attention que cela à Varan d’eau. Et personne ne devrait négliger quiconque.

Tàlen ń kí tá dúga mína ń kí bíla.

Conte, je te laisse là où je t’ai pris.

Barro Babouakari 50. Kong, novembre 2011.

Barro Babouakari, 50 ans. Kong, novembre 2011.

Corpus inédit, © Copyright Awa Traoré

 


 

Notes:

1  Súrugu « hyène » en dioula est un zoonyme mâle. Les substantifs n’ayant pas en dioula de genre grammaticalement marqué, le mot súrugu peut aussi bien désigner indifféremment un référent masculin ou féminin. Dans les contes, il revoie toujours a priori au mâle et quand on veut spécifier un référent féminin, on parle toujours de la femme de Hyène (Súrugu mùso).

Fέn mín kósɔn sà bὲ jíe rá / Pourquoi le serpent vit dans l’eau de nos jours

 

Mots-clés

mandingue, dioula, Kong, Côte d’Ivoire — oralité, conte, kúman, tàlen — jeune fille exigeante, difficile ; métamorphose, génie, mariage, famille, magie, vieille femme

Production du corpus

Conteur: Ouattara Adama, 13 ans. Élève d’une école coranique à Kong.

Contexte de production

Date et lieu d’enregistrement

Novembre 2011 ; Kong (Côte d’Ivoire).

Contexte

La performance est sollicitée et se déroule en situation quasi habituelle. Le conteur est informé une dizaine de jours avant les enregistrements. Le public, les assistants ou les intervenants sont assis à attendre leur tour de contage. Les enfants qui font partie du public sont éloignés afin de ne pas perturber les enregistrements.

Descriptif

Une jeune fille ne veut épouser qu’un homme sans cicatrice. Un python se métamorphose en jeune homme. La fille rejoint son mari à son domicile. Sa soeur cadette la suit et découvre la vraie nature du mari. L’épouse prend la fuite, aidée par sa soeur cadette et une vielle femme.

Le texte appartient au conte-type de la « Fille difficile » : la structure narrative est organisée en trois séquences : a) le personnage féminin (fille ou jeune femme), ne veut épouser que celui qui présente une particularité physique, souvent l’absence de toute cicatrice ; b) un être surnaturel (génie, animal ou végétal, par exemple), se métamorphose en un beau jeune homme ; c) la fille accepte de l’épouser ; d) son « mari » retrouve sa nature première. La fin connaît de nombreuses variations : la fille est tuée – ou non – par son « mari » ; elle prend la fuite ; elle est sauvée (avec l’aide d’un adjuvant) ; rentrée chez elle, elle accepte généralement que son mari soit choisi par sa famille. Le conte s’inscrit dans une vision patriarcale de la famille et de la place de la femme.

La variante attestée, ici, présente la particularité d’associer au conte-type une facette étiologique, i.e. il explique l’origine d’un phénomène naturel, culturel ou social. Le conte inclut de nombreux commentaires et il explicite la « morale ». Le destinataire principal, la chercheure extérieure à la culture, est ainsi inscrit dans le texte.

 

 


 

 

 

1. Fέn mín kósɔn sà bὲ jíe rá

1. Pourquoi est-ce que le serpent vit dans l’eau1 de nos jours 2 (I)

 

 

 

 

 

 

Ń tá yé ń tá yé,

Voilà le mien, voilà le mien.

Súnguruni dɔ́ lé bὲ yí sísan à kó cὲ mín bἑ yí jóri nɔ̀n tἑ à rá àle bὲ ò cὲ lé fὲ sísan.

Il était une fois une jeune fille. Elle disait qu’elle ne désirait se marier qu’avec un homme sans aucune cicatrice sur le corps.

Jínan cὲ, míninyan bèlebele dɔ́ lé bἑ kóngo rá à ká à yἑrε yἑlεman mɔ̀gɔ yé sísan ká nàn súngurun fὲ yí, súngurun námuso fὲ yí sísan.

Un génie, un énorme python qui vivait dans la brousse s’était transformé en un être humain. Il était allé chez la jeune fille, disons chez la mère de la jeune fille.

À nànan sé à ká súngurun nànmuso fò. Súngurun ká cὲ fὲrɛ fὲrɛ à mán jóri nɔ̀n yé à rá. Kó :

Il a salué la mère quand il est arrivé. La jeune fille contempla le jeune homme et ne découvrit aucune cicatrice sur son corps. Elle dit :

─ Ń nán ń bὲ cὲ mín lé fὲ.

─ Maman, c’est cet homme que moi je désire.

Súngurun nán ká à fɔ́ cὲ nyànan sísan kó :

La mère de la jeune fille a dit alors au jeune homme :

─ Ń déncε, ní dénmuso járabira éle rá.

─ Mon fils, ma fille est tombée amoureuse de vous.

Míninyan cὲ dó bἑ à fɛ̀ ká mɔ̀gɔ lé dómu óle à ká à yὲrɛ kὲ mɔ̀gɔ yé sísan. Ári ká tó kó lámisa lón é nàn à fúru.

L’homme python cherchait à manger un être humain, et c’était pour cette raison qu’il s’était transformé en homme. Alors la famille a décidé qu’il se marierait avec la jeune fille le jeudi3.

Sísan cὲ ká tága bín nàn sísan. Ári ká kú túgun kὲ sísan, míninyan ká yὲlɛman à nɔ̀n rá.

L’homme est retourné en brousse après s’être marié avec la jeune fille. Ils firent des buttes afin de planter les ignames, c’est alors que l’homme serpent retrouva sa forme de serpent.

É mága :

Il travaillait son champ en fredonnant :

[Tàlenlabaga kélen ká dɔ̀nkiri lá]

[Le conteur chante seul]4

─ Lámsa lón nyí mùso kúra tá

─ Jeudi j’épouserai une nouvelle femme.

Lámsa lón nyí mùso kúra tá.

Jeudi j’épouserai une nouvelle femme.

À bἑ ó dɔ̀nkiri lé lára sísan.

Le serpent avait l’habitude de fredonner cette chanson.

Lɔ́n dɔ́ mùso dɔ́gɔmuso ká tága sísan ká tága bɔ́ à kàn à bἑ à fɔ́ra.

Un jour, la petite sœur de la femme se rendit sur les lieux où il se transformait et vaquait à ses activités champêtres. Ce fut ainsi qu’elle le surprit à chanter ladite chanson.

Súngurun ká nàn à fɔ́ à kɔ̀rɔmuso yé. Kɔ̀rɔmuso màn mán lá à rá. Sísan lá mín nàn é nàn súngurun dómu, dɔ́gɔmuso màn ká gbàn à kɔ́. Kó :

La jeune fille revint sur ses pas pour en informer sa sœur aînée. La grande sœur ne croyait pas ce qu’elle lui avait dit. Le jour où le serpent pensait manger la jeune fille arriva. La petite sœur l’avait suivie. Elle ajouta :

─ À tó nyí tígi é b̕ lasira.

─ Permets moi de t’accompagner.

À ká bàn.

La grande sœur refusa.

Sísan à ní cὲ bὲ tágara, ári bὲ tágara.

Alors la grande sœur rejoint son mari. Ils sont sur le départ.

Súnguru dɔ́gɔmuso yé à yὲrɛ yὲlɛman ká kὲ bùguri yé, bùguri nyέn díman, kúra kúra yé, kɔ̀rɔmuso màn yé tó :

La petite sœur se métamorphosa en cendre. Une cendre d’une blancheur parfaite, toute fraîche. La grande sœur s’exclama :

─ É bùguri mín cáɲi dὲ!

─ Regarde, cette cendre si précieuse!

É tó kó :

La petite sœur répond :

─ Ń kɔ̀rɔ ní lómu.

─ Grande sœur, c’est bien moi.

É tó :

La grande sœur rétorque :

─ Ní mán à fɔ́ yé tága lú rá wá ?

─ Voyons, ne t’avais-je pas demandé de repartir à la maison ?

É tó kélende :

Elle répondit avec plus d’énergie :

─ Kɔ̀rɔ à tó ń tága ní é yé.

─ Grande sœur, permets-moi-t’accompagner.

Ári ká tága sé nyέnfɛ túgu, súnguru ká à yὲrɛ yὲlɛman kɔ̀lɔman nyànaman yé. À ká tó :

Elles s’éloignèrent de leur point de départ. La jeune fille se transforma en un parfait bâton. La grande sœur s’exclama alors de nouveau :

─ É! Kɔ̀rɔ, kɔ̀lɔman mín túgu cányi dὲ.

─ Hé, mon aîné5 ce bâton est lui aussi bien beau.

Òle rá dó dɔ́gɔmuso mà kó :

La petite sœur répondit de nouveau :

─ Kɔ̀rɔ ní lómu!

─ Grande sœur, c’est bien moi.

Òle cὲ mà ká tó :

Le mari ajouta :

─ À tó án nyí tága.

─ Laisse-la nous suivre dans ce cas.

Ári tágara sé sísan, cὲ ká tó :

Une fois qu’ils atteignirent le champ, l’homme leur demanda :

─ Bɔ́n ári yá lɔ̀ ká ń kɔ̀nɔn yàn.

─ Bon, veuillez m’attendre ici.

Cὲ bὲ tágara ári kí yé à dἐndɛn, à bὲ tágara ári kí yé à dἐndɛn. Cὲ ká tága yὲlɛman sà yé sísan.

L’homme commençait à s’éloigner. C’est ainsi qu’elles le suivirent en cachette. Il continuait à s’éloigner pendant qu’elles continuaient à l’épier.

Tò bὲ ári kùnan, dɔ́gɔmuso mà ká mága sísan :

Elles portaient la nourriture en équilibre sur leur tête. La petite sœur dit alors au serpent qui s’affairait aux travaux champêtres.

─ É ní cé.

─ Courage!

À ká à yὲrɛ yὲlɛman mɔ̀gɔ yé sísan. Ká ári nyíninka kó :

Le serpent se métamorphosa du coup en être humain. Il demanda6 à son épouse et à sa petite sœur :

─ Kɔ̀ni ári má ń yé!

─ Vous avez vu l’état dans lequel je me trouvais, n’est-ce pas ?

Òle dɔ́gɔmúso mà ká tó kó :

La petite sœur répondit :

─ Ɔ́nhɔ̀n, mí é yé.

─ Que non, nous ne t’avons pas vu.

Sísan cὲ ká à yὲrɛ yὲlɛman sà yé sísan, é nà à kùnu, dɔ́gɔmuso ká kɔ̀rↄ mínan sísan kí yé bóri. Ári kí bóri, sà ká gbàn ári kɔ́. Ká fáta ári kɔ́, ká fáta ári kɔ́, ká fáta ári kɔ́.

Alors l‘homme se métamorphosa soudainement en serpent. Il était sur le point de les engloutir. La petite sœur saisit alors sa grande sœur pour s’enfuir. Elles continuèrent à courir pendant que le serpent était à leurs trousses durant un bon bout de temps.

Kɔ̀rɔmuso mà tágara sé mùsokɔrɔba dɔ́ má, mùsokɔrɔba sígini bὲ à bὲ kòra à kó :

L’ainée vint à rencontrer une vieille femme qui s’était assise pour se laver. La vieille femme lui dit :

─ Ń dénmuso, nà ń kɔ́ kò ń yé.

─ Ma fille, viens me laver le dos.

À kó :

La grande sœur répondit :

─ Ń nán ń tí sé, fín dɔ́ lé bὲ àn gbέnan.

─ Grand-mère, je ne peux pas pour l’instant. Il y’a un génie qui est en train de nous pourchasser.

Kɔ̀rɔmuso mà ká tέmin ká tága sísan. Dɔ́gɔmuso mà nànan sé, mùsokɔrɔba ká tó :

L’ainée s’éloigna rapidement de l’endroit. La veille femme répéta son invite à la petite sœur quand celle-ci arriva vers elle :

─ Nà ń kɔ́ kò ń yé.

─ Viens-me laver le dos.

Dɔ́gɔmuso mà ká gbálan mínan sísan ká à kɔ́ kó á yé. À kɔ́ dúga dɔ́ ká wága, à ká tó kó :

La petite sœur prit l’éponge et commença à frotter le dos de la veille. Une partie de son dos s’ouvrit brusquement. La petite sœur poussa un cri de frayeur :

─ Ée! Ń nán é kɔ́ dúga dɔ́ wágara!

─ Hé, grand-mère une partie de votre dos est entrain de s’ouvrir sous mes yeux.

À kó :

La veille femme demanda :

─ É ká míni lé yé ?

─ Qu’est-ce qu’y as-tu vu ?

À ká tó :

La petite sœur répondit :

─ Ń ká fìnfin ní yé.

─ J’y ai vu un charbon.

Kó :

La vieille femme de nouveau demanda :

─ À ní míni ?

─ Quoi d’autre ?

Kó :

La petite sœur poursuivit :

─ À ní sísɛ kíri.

─ Un œuf de poule.

À ní míni ?

─ Quoi d’autre ?

─ À ní bὲrε.

─ Une pierre.

Kó :

La vieille dame ajouta :

─ Bón fín mín bὲ ári gbínnan tèn, ní é ká tága sé, ní à ká á fɔ́ é sùnrunyan tèn ári rá, yé bἑrɛ fíri é yὲrɛ kɔ̀. Bɛ̀rɛ yé kὲ fára bélebele dɔ́ yé, ári yé tó kí yé tága. Kàna à bέn é yὲrɛ nyɛ́n, yé à fíri é kɔ́. Ári yé tó kí tága, yàni à yé ò fára tὲmen ári yé jànfa. Ní à ká à fɔ́ é sùnrunyan yé fínfin tɔ̀gɔ fíri é kɔ́ túgun é kὲ tú bélebele, yàni à yé ò tìgɛ ári yé jànfa túgu.

─ Ce génie que qui est en train de vous poursuivre, quand il sera sur le point de vous atteindre, tu devras jeter la pierre à terre. La pierre se transformera ainsi en une roche géante. Continuez à vous éloigner. Attention, ne la lance pas devant toi, jette – la plutôt derrière toi. Profitez – en pour vous éloigner jusqu’à ce que ce génie puisse atteindre l’autre côté de la roche. Jette ce morceau de charbon derrière toi quand il se rapprochera de nouveau de vous. Il se transformera en une énorme forêt afin que vous puissiez vous éloigner, car il mettra du temps à la traverser.

Sísɛ kíri, yé ó fíri é kɔ́ túgun é kὲ bá jíe yé, yàni à yé ó tìgɛ ári yé sé ári dùgu rá.

Jette enfin derrière toi l’œuf de poule. Celui-ci se transformera en un lac. Le temps que le serpent le traverse, vous atteindrez un endroit où vous serez sauves.

Bón ári bὲ tágara sísan, [dɔ́gɔ ní kɔ̀rɔmuso mà], ári tágara sé nyέnfɛ dɔ́gɔmuso mà ò ká bἑrɛ fíri à yὲrɛ kɔ́ à ká kὲ fára bélebele dɔ́ yé sísan. Yàni míninyan tɔ̀gɔ yé à tígɛ sísan ári ká jánfa. Míninyan bὲ sùnrunyanra ári rá, ári ká cáribon fíri ári yὲrɛ kɔ́ sísan à ká kὲ tú bá yé sísan. Ári bὲ bórira, sísan dɔ́gɔmuso mà ní kɔ̀rɔmuso mà ká tága bíla nyɔ̀ngɔn nàn sísan. Kó é kíri bɔ̀si à rá, ká à fíri ári yὲrɛ kɔ́, jóonan jóonan. Kíri ká bɔ̀si à rá kélende ká bèn ári nyέnfɛ sísan, ká kὲ bá jíe bèlebele yé ári nyέnfɛ, ári tí sé ká tὲmɛ. Míninyan nànan sé sísan kí yé sùrunyan ári rá. Kɔ̀nɔni dɔ́ ká nà bɔ́ sánan ká sígi, ári nà tìgɛ nyέmiman sísan ári mán à lɔ́n.

Les deux sœurs commencèrent à s’échapper. Une fois qu’elles s’ éloignèrent, la petite sœur jeta la pierre derrière son dos. Celle-ci se transforma en une énorme roche. Lorsque le génie réussit à franchir cet obstacle, elles étaient déjà très loin. Il les rejoignit de nouveau. Ce fut alors qu’elles jetèrent le charbon derrière leur dos. Celui-ci se transforma en une immense forêt. Elles poursuivirent leur fuite, mais soudain la petite sœur et son ainée commencèrent à se disputer. La grande sœur réclamait l’œuf afin de le jeter derrière elle. L’œuf soudainement leur avait échappé des mains et s’était rompu devant elles. Elles ne pouvaient plus passer ; alors l’homme serpent se rapprocha d’elles, sur ces entrefaites un oiseau atterrit près des deux sœurs qui ne savaient plus comment traverser.

Kɔ̀rɔmuso mà ká à yé kó :

La grande sœur chanta dès qu’elle vit l’oiseau :

[Tàlenlabaga kélen ká dɔ̀nkiri lá]

[Le conteur chante seul] :

─ Nà ń tà ó bá yé ń kùnun,

─ Viens me prendre, le fleuve va m’engloutir.

Nà ń tà ó bá yé ń kùnun,

Viens me prendre, le fleuve va m’engloutir.

Ní àn ká sé só bá yé kùnun,

Quand nous arriverons à la maison, le fleuve va m’engloutir.

Ɲyí són kὲmɛ rá bá yé ń kùnun,

Je t’offrirai cinq cents francs CFA, le fleuve va m’engloutir

Kὲmɛ ní kὲmɛ rá bá yé kùnun.

Cinq cents plus cinq cents, le fleuve va m’engloutir.

Dɔ́gɔmuso mà ká tó :

La petite sœur a entonné :

[Tàlenlabaga kélen ká dɔ̀nkiri lá]

[Le conteur chante seul]

─ Kàna à tà ó bá yé kùnun,

─ Ne la prends pas, fleuve engloutis-la.

Kàna à tà ó bá yé kùnun,

Ne la prends pas, fleuve engloutis-la.

Ní ń ká sé só bá yé kùnun,

Quand nous arriverons à la maison, fleuve engloutis-la.

Ɲyí són kὲmɛ rá bá yé ń kùnun,

Je t’offrirai cinq cents francs CFA, fleuve engloutis-la.

Kὲmɛ ní kὲmɛ rá bá yé kùnun.

Cinq cents francs CFA plus cinq cents francs. Fleuve engloutis-la.

Òle kɔ̀nɔn mán à tá dɔ́gɔmuso mà ká à fɔ́ kúra yé.

L’oiseau ne l’a pas prise alors. La petite sœur répéta.

[Tàlenlabaga kélen ká dɔ̀nkiri lá]

[Le conteur chante seul]

─ Nà ń tà ó bá yé ń kùnun,

─ Viens me prendre, le fleuve va m’engloutir.

Nà ń tà ó bá yé ń kùnun,

Viens me prendre, le fleuve va m’engloutir.

Ní àn ká sé só bá yé kùnun,

Quand nous arriverons à la maison, le fleuve va m’engloutir.

Ɲyí són kὲmɛ rá bá yé ń kùnun,

Je t’offrirai cinq cents francs CFA, le fleuve va m’engloutir.

Kὲmɛ ní kὲmɛ rá bá yé kùnun,

Cinq cents plus cinq cents, le fleuve va m’engloutir.

Kὲmɛ ní kὲmɛ táran bá yé kùnun.

Cinq cents plus la moitié de cinq francs, le fleuve va m’engloutir.

Kɔ̀nɔn ká dɔ́gɔmuso mà tá, ká tága à bíla bá jíe nyέn dɔ̀min kàn. Ká kɔ̀rɔmuso mà tó yí, sísan sà bὲ sùrunyanan à rá. Kɔ̀rɔmuso mà ká tó :

L’oiseau saisit la petite sœur et la laissa sur l’autre rive du fleuve. Il n’écouta pas l’appel de la grande sœur. Le serpent pendant ce temps se rapprochait de plus en plus. La grande sœur dit :

[Tàlenlabaga kélen ká dɔ̀nkiri lá]

[Le conteur chante seul]

─ Nà ń tà ó bá yé ń kùnun,

─ Viens me prendre, le fleuve va m’engloutir.

Nà ń tà ó bá yé ń kùnun,

Viens me prendre, le fleuve va m’engloutir.

Ní àn ká sé só bá yé kùnun,

Quand nous arriverons à la maison, le fleuve va m’engloutir.

Ɲyí són kὲmɛ rá bá yé ń kùnun,

Je t’offrirai cinq cents francs CFA. Le fleuve va m’engloutir.

Kὲmɛ ní kὲmɛ táran bá yé kùnun.

Cinq cents plus la moitié de cinq francs. Le fleuve va m’engloutir.

Dɔ́gɔmuso mà ká tó :

La petite sœur dit :

─ Kàna à tà ó bá yé kùnun,

─ Ne la prends pas, fleuve engloutis-la.

Kàna à tà ó bá yé kùnun,

Ne la prends pas, fleuve engloutis-la.

Sá bá múso ló bá yé kùnun,

C’est la femme du grand serpent, fleuve engloutis-la.

Ní àn ká sé só bá yé kùnun,

Quand nous arriverons à la maison, le fleuve va m’engloutir,

Ɲyí són kὲmɛ rá bá yé ń kùnun,

Je t’offrirai cinq cents francs CFA, le fleuve va m’engloutir

Kὲmɛ ní kὲmɛ rá bá yé kùnun.

Cinq cents plus cinq cents, le fleuve va m’engloutir.

Òle sá m̕ à tà. Sà sùrunyanan é nà à tá wágati mí nàn, dɔ́gɔmuso mà ká tó :

Alors l’oiseau ne l’a pas prise, pendant ce temps le serpent s’était rapproché et il était sur le point de l’attraper. La petite sœur cria :

[Tàlenlabaga kélen ká dɔ̀nkiri lá]

[Le conteur chante seul]

─ À tà ó bá yé kùnun,

─ Prends-la, le fleuve va m’engloutir.

À tà ó bá yé kùnun,

Prends-la, le fleuve va m’engloutir.

Ní àn ká sé só bá yé kùnun,

Quand nous arriverons à la maison, le fleuve va m’engloutir,

Ɲyí són kὲmɛ rá bá yé ń kùnun,

Je t’offrirai cinq cents francs CFA, le fleuve va m’engloutir

Kὲmɛ ní kὲmɛ rá bá yé kùnun,

Cinq cents francs plus cinq cents francs, le fleuve va m’engloutir.

Kὲmɛ ní kὲmɛ táran bá yé kùnun.

Cinq cents plus la moitié de cinq cents, le fleuve va m’engloutir.

Bón sísan kɔ̀nɔn ká à tà sísan, ká tága à jígi, sísan kɔ̀nɔn ká kɔ̀rɔmuso mà jígi, à kí bóri kí tága. Ká dɔ́gɔmuso mà tó yí kí tága. Sà séra kɔ̀nɔn má, sá ká tó kɔ̀nɔn má :

L’oiseau alors s’envola avec elle. Il la sauva puis libéra la grande sœur. Elle avait commencé à courir en abandonnant sa petite sœur. Le serpent arriva au niveau de l’oiseau et lui demanda :

[Tàlenlabaga kélen ká dɔ̀nkiri lá]

[Le conteur chante seul]

─ À tà ó bá yé kùnun,

─ Prends-le, le fleuve va m’engloutir.

À tà ó bá yé kùnun,

Prends-le, le fleuve va m’engloutir.

Ní àn ká sé só bá yé kùnun,

Quand nous arriverons à la maison, le fleuve va m’engloutir,

Ɲyí són kὲmɛ rá bá yé ń kùnun,

Je t’offrirai cinq cents francs CFA, le fleuve va m’engloutir

Kὲmɛ ní kὲmɛ táran bá yé kùnun.

Cinq cents et la moitié de cinq cents, le fleuve va m’engloutir.

Sísan kɔ̀rɔmuso mà ó ká tága ká dɔ́gɔmuso mà lɔ̀ni tó yí, dɔ́gɔmuso mà ká kó :

La grande sœur avait abandonnée la petite sœur, celle-ci chanta :

[Tàlenlabaga kélen ká dɔ̀nkiri lá]

[Le conteur chante seul]

─ Kàna à tà ó bá yé kùnun,

─ Ne le prends pas, fleuve engloutis-le.

Kàna à tà ó bá yé kùnun,

Ne le prends pas, fleuve engloutis-le.

Ní ń ká sé só bá yé kùnun,

Quand nous arriverons à la maison, fleuve engloutis-le.

Ɲyí són kὲmɛ rá bá yé ń kùnun,

Je t’offrirai cinq cents francs CFA, fleuve engloutis-le.

Kὲmɛ ní kὲmɛ rá bá yé kùnun.

Cinq cents francs CFA plus cinq cents francs, fleuve engloutis-le.

Òle kɔ̀nɔn dɔ̀nkiri lá túgu, dɔ́gɔmuso mà ká à fɔ́ :

L’oiseau a repris alors la même chanson et la petite soeur ajouta :

[Tàlenlabaga kélen ká dɔ̀nkiri lá]

[Le conteur chante seul]

─ Kàna à tà ó bá yé kùnun,

─ Ne le prends pas, fleuve engloutis-le.

Kàna à tà ó bá yé kùnun,

Ne le prends pas, fleuve engloutis-le.

Ní ń ká sé só bá yé kùnun,

Quand nous arriverons à la maison, fleuve engloutis-le.

Ɲyí són kὲmɛ rá bá yé kùnun,

Je t’offrirai cinq cents francs CFA, fleuve engloutis-le.

Kὲmɛ ní kὲmɛ rá bá yé kùnun.

Cinq cents francs CFA plus cinq cents francs. Fleuve engloutis-le.

Dɔ́gɔmuso mà ká tó túgu :

La petite sœur dit encore une fois :

[Tàlenlabaga kélen ká dɔ̀nkiri lá]

[Le conteur chante seul]

─ À tà ó bá yé kùnun,

─ Prends-le, s’il te plaît, le fleuve va m’engloutir.

À tà ó bá yé kùnun,

Prends-le, s’il te plaît, le fleuve va m’engloutir.

Ní àn ká sé só bá yé kùnun,

Quand nous arriverons à la maison, le fleuve va m’engloutir.

Ɲyí són kὲmɛ rá bá yé ń kùnun,

Je t’offrirai cinq cents francs CFA. Le fleuve va m’engloutir.

Kὲmɛ ní kὲmɛ táran bá yé kùnun.

Cinq cents et la moitié de cinq cents. Le fleuve va m’engloutir.

Sísan kɔ̀nɔn ká sà tá, ári bɛ̀ tágara ári ká tága sé jíe mílie dúga rá sàn, dɔ́gɔmuso mà ká dɔ̀nkiri lá :

L’oiseau a alors pris le serpent. Ils s’envolèrent et quand ils atteignirent le centre du cours du fleuve, la petite sœur reprit à nouveau la chanson :

[Tàlenlabaga kélen ká dɔ̀nkiri lá]

[Le conteur chante seul]

─ À b̕ la yí bá yé kùnun,

─ Lâche-le à cet endroit, le fleuve va m’engloutir.

À b̕ la yí bá yé kùnun,

Lâche-le à cet endroit, le fleuve va m’engloutir.

Ń àn ká sé só bá yé kùnun,

Quand nous arriverons à la maison, fleuve engloutis-le.

Nyí són kὲmɛ rá bá yé kùnun,

Je t’offrirai cinq cents francs CFA, fleuve engloutis-le.

Kὲmɛ ní kὲmɛ rá bá yé kùnun.

Cinq cents francs CFA plus cinq cents francs, fleuve englouti-le.

Kɔ̀nɔn ká sá b̕ la jíe rá, ò sà tɔ̀gɔ lé kὲra bì jíe rá sà yé, ní ò tɛ̀ gálɛngalɛn sà tí tὲ jíe rá. Ò káman jíe rá sà yá fári túguni, à tí bὲ fín mín kɔ́ à má ò sɔ̀rɔ dó, ò fári yá ká tó à rá fɔ́ bí tére rá.

L’oiseau alors lâcha le serpent dans l’eau. C’est ce même serpent que nous retrouvons dans l’eau de nos jours. Autrefois il n’y avait pas de serpent dans l’eau. En plus c’est pour cette raison que le serpent des eaux est féroce. Ce qu’il cherche, c’est à dévorer quelqu’un, puisqu’on l’en avait empêché. C’est cette même agressivité qui lui est restée jusqu’à nos jours.

Ní é ká fín sɔ̀rɔ kàna nyína é síginyɔngɔn, é lámɔgɔ, dɔ́gɔ kɔ́.

Si l’on a acquis un bien, il ne faut pas oublier d’en offrir à son voisin, celui à qui l’on fait confiance. N’oublie pas non plus ton petit- frère.

Mùso ní é kó yé cὲ tà kàna yáda.

Enfin la femme qui désire se marier à un homme, ne devrait pas être trop exigeante.

Tàlen ń kí tá dúga mína ń kí bíla.

Conte, je te laisse là où je t’ai pris.

Ouattara Adama, 13 ans. Kong, 2011.

Ouattara Adama, 13 ans. Kong, 2011.

Corpus inédit, © Copyright Awa Traoré

 


 

Notes:

1   Jí, en dioula véhiculaire, désigne l’eau, et par extension tout liquide. Les ressortissants de Kong ont pour coutume de réaliser le mot sous la forme phonétique jíe, pour designer l’eau, le jus. Nous avons conservé jíe dans tout notre corpus pour rester fidèle à la forme dialectale locale.

2 Nous verrons d’autres versions : conte numéro 1 de notre répertoire de contes des femmes, voir ci-après celui des hommes.

3  Dans les cérémonies nuptiales dioula, le jour de la consommation sexuelle de l’union a lieu un jeudi.

4  Les chansons de ce conte sont chantées par une seule personne. Ces chansons ont un lien avec la situation que vit ou vivra chaque protagoniste du récit.

5  Il est courant chez les Dioula que la femme ait recours à cette expression pour communiquer avec son époux. C’est un terme d’adresse qui a une valeur affective chez les Dioula. Ce kɔ̀rɔ, mis pour kɔ̀rɔcε, veut en fait dire aîné, ce qui pour l´épouse est une façon de reconnaître sa soumission au mari, car le puîné est toujours soumis à l’aîné. De fait, en principe, l’épouse est toujours plus jeune que le mari.

6  Nyìninka, dioula, du verbe demander. Les ressortissants de Kong ont pour coutume de réaliser phonétiquement le mot en Nyìninga.