Djaré

 

Mots-clés

peul, fulfulde de l’Aadamaawa (Cameroun et États voisins) — oralité, conte, chantefable, taalol — marâtre, berger, serpent, jarre à eau, mare

Production du corpus

Conteuse: Djam Doûdou a 55 ans. Elle ne s’exprime qu’en fulfulde. Elle est née à Hodandé [Hoɗannde] Dargala. Mariée, elle n’a jamais eu d’enfant. Elle a appris à conter auprès de sa mère et de sa grand-mère. Quand elle était petite, elle savait beaucoup de contes. Maintenant, elle en a oublié beaucoup.

Contexte de production

Hodandé [Hoɗannde] (Dargala) 06/03/2011

Enregistré en matinée suite à un rendez-vous pris avec la conteuse.

Descriptif

Une femme a des jeunes garçons. Elle est la marâtre de l’un d’entre eux (Djaré). Djaré est berger. La femme va puiser de l’eau dans une mare. Un serpent met de la terre dans sa jarre à eau. La femme n’arrive pas à charger la jarre sur sa tête. Le serpent lui propose son aide en échange d’un cadeau. La femme lui donne son fils Djaré. Les enfants bergers, le soir venu, viennent faire boire leurs bêtes. Le serpent s’installe sur un arbre. Le serpent chante pour repérer Djaré. Plusieurs des enfants repérés ne sont pas Djaré.

Arrive enfin Djaré. Un dialogue chanté s’entame entre Djaré et le serpent. Le serpent empêche Djaré de faire boire ses bêtes. Une longue lutte s’engage entre Djaré et le serpent. Djaré tue le serpent. Il fait boire ses bêtes. Djaré enlève le foie et les poumons du serpent. Il les accroche à sa lance. Djaré rentre trouver sa marâtre. Djaré demande à sa marâtre de griller la viande qu’il a rapportée. Djaré lui demande d’en goûter un morceau. Le morceau reste en travers de la gorge de la marâtre. Djaré lui donne un coup à la nuque. Le morceau de viande ressort avec l’âme de la marâtre. La marâtre meurt.

Conte avec chant.

Collecte et édition

Collecté sous la direction de: Hadidja Konaï

Image et son: Henry Tourneux

Transcription et traduction: Boubakary Abdoulaye et Henry Tourneux

Annotation: Henry Tourneux

 

 

 

 

 

 

 

(Rire) (Rire)
Taalel taalel ! Petit conte ! Petit conte !
Na’am ! Na’am!
Gommbel gommbel ! Petite tige ! Petite tige !
Mhm ! Mhm !
– Jaree na ? – C’est Jaree [que je raconte] ?
– Jaree ! – C’est Jaree !
– Jaree taalanmi du ? – C’est donc Jaree que je conte ?
– Jaree taalataa ! – C’est Jaree que tu contes !
– Yoo, debbo oo, – Bon ! La femme,
Mhm ! Mhm !
o mari ɓiɓɓe suka’en saare, ammaa o yaadikko maako. elle a à la maison des jeunes garçons1, mais elle est sa marâtre.
Ooho ! Ooho !
Ɓiɗɗo oo, ooran na’i foroy. Ce garçon, il conduit toujours les vaches au pâturage.
Ooho ! Ooho !
O yehi nyeɗoygo ndiyam haa mbeela ndaayiinga. Elle est allée puiser de l’eau à une grande mare éloignée.
Mhm ! Mhm !
O wi’i, o yehi toon goo, Elle a dit… quand elle y est arrivée,
Mhm ! Mhm !
mboodi ummii naasti, un serpent s’est levé et est entré,
wurtii weendu goo, wari hebbini loonde maako loope. il est sorti de la mare, et est venu remplir sa jarre de terre.
Mhm ! Mhm !
Suy huywiti ndiyamhal nii. Puis il a recouvert [le tout] avec un peu d’eau.
Mhm ! Mhm !
O wari roondaago, ɗum roondaaki. Elle est venue pour mettre [la jarre] sur sa tête, elle n’y a pas réussi2.
Mhm ! Mhm !
O widdoyino. Elle était allée derrière [un buisson3].
Mhm ! Mhm !
« Alla am, heey ! Moy warata roondammi ? » « Eh, mon Dieu ! Qui viendra me charger [la jarre] sur la tête ? »
Mhm ! Mhm !
Suy mboɗga goo wurtii, wi’i : mi roondete. Alors, le gros serpent est sorti et a dit : « Je vais te la charger !
To mi roondi ma, ko ndokkataa yam ? » Si je te la charge, que me donneras-tu ? »
Mhm ! Mhm !
O wi’i : « – Woodi ɓinngel am ɗon wara ɗoo yarnugo, wi’etee Jaree. Elled dit : « – J’ai un garçon qui vient ici abreuver [les vaches], il s’appelle Jaree.
Mhm ! Mhm !
Mi hokki ma mo. Je te le donne.
– Ooho ! Ooho !
– Aa ! Booɗɗum, walaa ayiibe ! » – Ah ! D’accord, il n’y a pas de problème ! »
Mhm ! Mhm !
O roondi mo, o huuci. Il l’a chargée et elle est rentrée.
Zuura waddi hoore yaraano. Le début d’après-midi a vu arriver les premiers animaux à l’abreuvoir.
Mhm ! Mhm !
Nga wurtii nga jooɗii dow lekki. Le gros serpent est sorti et s’est installé sur un arbre.
Na’i ngaroyi. Les vaches sont arrivées.
chant Moy woni Jaree ? chant Qui est Jaree ?
            Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo !  
Mhm ! Mhm !
            Junngo maako taaraango buuti, yaroo yaroo !  
            Labbe maako cilmaaɗe4 ceede, yaroo yaroo !  
Mhm ! Mhm !
            Naa miin woni Jaree,  
            Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo !  
            Ngorgi am woni Jaree,  
            Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo !  
            Junngo maako taaraango buuti, yaroo yaroo !  
            Labbe maako cilmaaɗe ceede, yaroo yaroo !  
Oon kam yarni, Lui, il les a abreuvées,
Mhm ! Mhm !
dilli ! et il s’en est allé !
Mhm ! Mhm !
Oo boo wari. Un autre est venu.
            chant Moy woni Jaree ?  
            Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo !  
            Junngo maako taaraango buuti, yaroo yaroo !  
            Labbe maako cilmaaɗe ceede, yaroo yaroo !  
Mhm ! Mhm !
            Naa miin woni Jaree,  
            Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo !  
            Junngo am boo taaraaki buuti, yaroo yaroo !  
Mhm ! Mhm !
            Labbe maako cilmaaɗe ceede, yaroo yaroo !  
Mhm ! Mhm !
Oo boo yarni, Lui aussi, il a abreuvé [ses vaches]
Eehe ! Eehe !
dilli ! et il s’en est allé !
Oo boo wari. Un autre est venu.
            chant Moy woni Jaree ?  
            Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo !  
            Junngo maako taaraango buuti, yaroo yaroo !  
Mhm ! Mhm !
            Labbe maako cilmaaɗe ceede, yaroo yaroo !  
Mhm ! Mhm !
            Naa miin woni Jaree,  
            Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo !  
            Junngo maako taaraango buuti, yaroo yaroo !  
            Labbe maako cilmaaɗe ceede, yaroo yaroo !  
Mhm ! Mhm !
            Ngorgi am woni Jaree,  
            Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo !  
Mhm ! Mhm !
Oo boo yarni dilli. Lui aussi, il a abreuvé [ses vaches] et il est parti.
Mhm ! Mhm !
Yaro5 waroyi. Yaro6 est arrivé.
Mhm ! Mhm !
            chant Moy woni Jaree ?  
            Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo !  
            Moy woni Jaree ?  
            Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo !  
            Junngo maako taaraango buuti, yaroo yaroo !  
            Labbe maako cilmaaɗe ceede, yaroo yaroo !  
Jaree wi’i: Jaree dit :
            chant : Miin woni Jaree,  
            Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo !  
            Junngo am boo taaraango buuti, yaroo yaroo !  
            Li… labbe am boo cilmaaɗe ceede, yaroo yaroo !  
Mhm ! Mhm !
            Moy woni Jaree ?  
            Jaree mo kaaki boɗeeji, yaroo yaroo !  
Mhm ! Mhm !
            Junngo maako taaraango buuti, yaroo yaroo !  
            Labbe maako cilmaaɗe ceede, yaroo yaroo !  
Mhm ! Mhm !
« – A yarnataa ! « – Tu ne les abreuveras pas !
– Mi yarnan ! – Je les abreuverai !
– A yarnataa ! – Tu ne les abreuveras pas !
– Mi yarnan ! – Je les abreuverai !
(Rire) (Rire)
– A yarnataa ! – Tu ne les abreuveras pas !
– Mi yarnan ! » – Je les abreuverai ! »
Ɓe piisti haɓre : Ils commencèrent à se battre :
Mhm ! Mhm !
bibir, babar, bibir, babar ! bibirbabarbibirbabar !
O7 wi’i : « Hey Jaree, tijjii iga kaɓanooɗen na ? [Le serpent] dit : « Hé Jaree ! Ne vois-tu pas depuis quelle heure8 nous nous battons ?
Haa naange dilli mutoygo en ɗon kaɓa. » Jusqu’à ce que le soleil se couche nous nous battons. »
Mhm ! Mhm !
Suy, o wi’i : « Mi tijjataako. Puis, [Jaree] dit : « Je ne lève pas les yeux.
Tiija aan oon, daada maa danyri tijjii-tijjii. » Lève-les toi-même, toi que ta mère a mis au monde en levant les yeux. »
O tijjii, Jaree fiirni mo daande jooti ba keenya. [Le serpent] leva les yeux, Jaree lui coupa la tête qui se remit en place comme avant.
Mhm ! Mhm !
Ɓe kaɓi, ɓe kaɓi, ɓe kaɓi, ɓe kaɓi. Ils se sont battus, ils se sont battus, ils se sont battus.
Kadi boo, o wi’i Jaree : « Tijja ! » De nouveau, [le serpent] dit à Jaree : « Lève les yeux ! »
Jaree wi’i mo : « Tijja aan oon ! » Jaree lui dit : « Lève-les toi-même ! »
O tijjii kadi boo, Jaree fiirni daande. Il leva les yeux de nouveau et Jaree lui coupa la tête.
Mhm ! Mhm !
Daande jootii, kadi boo ɓe puɗɗiti haɓre. La tête revint en place, et ils reprirent le combat.
Mhm ! Mhm !
Ɓe kaɓi, ɓe kaɓi haa naange muti. Ils se sont battus, ils se sont battus, ils se sont battus jusqu’au coucher du soleil.
O wi’i : « Kayya Jaree haa naange muti tawi en ɗoɗɗoon. » [Le serpent] dit : « Voyons, Jaree ! Le soleil est couché et nous sommes toujours là. »
O tijjii nii Jaree fiirni mo daande, hoɗi gaɗa mbeela buum ! Dès qu’il leva les yeux, Jaree lui coupa la tête qui atterrit de l’autre côté de la grande mare, boum !
Mhm ! Mhm !
Jaree ƴeewni na’i muuɗum naasti yaraano njari. Jaree appela ses vaches qui entrèrent dans l’eau pour s’abreuver.
Mhm ! Mhm !
Jaree nanngi juuli, Jaree fit ses ablutions et pria,
Mhm ! Mhm !
ɓoli nga, [puis] il dépouilla le [serpent],
Mhm ! Mhm !
hooƴi keŋel bee bumsungel, ɗisi e labbo muuɗum. prit son petit foie et ses petits poumons, et les planta au bout de sa lance.
Mhm ! Mhm !
Yimɓe boo gaɗi faya9 ɗon ndilla ɗaɓɓitoygo Jaree. Les gens accoururent et partirent à la recherche de Jaree.
Mhm ! Mhm !
Ɓe potti e Jaree, warti. Ils rejoignirent Jaree et celui-ci revint [avec eux].
Yaadikko toon waɗa wasiila : La marâtre, là-bas, faisait des manières :
« – Mm ! Jaree am wartaay hannde. « – Hum ! Mon cher Jaree n’est pas rentré aujourd’hui.
Ayyee ! Jaree am wartaay hannde. » Ayyee ! Mon cher Jaree n’est pas rentré aujourd’hui. »
Mhm ! Mhm !
Yoo, ɓe potti e Jaree. Bon, ils rejoignirent Jaree.
« Jaree am jam ? » « Mon cher Jaree, ça va ? »
Jaree wi’i : « Jam koo ɗume ! Jaree dit : « Cela va très bien !
Mhm ! Mhm !
Mi hiirnu, mi waraay yaraano law. » Je suis arrivé tard dans la soirée et je ne suis pas allé vite à l’abreuvoir. »
Jaree huuci hettiri ɓaawo maako nii jooɗii. Jaree est rentré passa derrière elle et s’assit.
O hokkiri ɗum nyiiri mum ɗon nyaama. Elle lui donna son repas et il était en train de manger.
Mhm ! Mhm !
Hoo’i kusel wi’i mo yoo : « Ndaa ! Wulanam ɗoo. Il a pris de la viande et lui a dit : « Tiens ! Grille-la-moi !
(Kanko oon halkuno mo) (C’est elle qui l’avait envoyé à sa perte !)
Ndaa ! Wulanam kusel ɗoo. » Tiens ! Grille-moi cette viande. !. »
(Rire) (Rire)
O jaɓi kusel goo o wuli o ɗon jooɗii yeeso kaatinɗe nii. Elle prit la viande, la grilla et elle était assise devant le foyer.
Nde o wuli, Jaree wi’i mo : Quand elle l’eut grillée, Jaree lui dit :
« Yoo hooƴ le ta’el mettooɗaa, mukkooɗaa ! » « Bon ! Prends-en un petit morceau et goûtes-y, mets-le en bouche ! »
O hoo’i ta’el goo o mukki nii, Elle prit un petit morceau et le mit dans sa bouche,
(Haala wonnake !) (C’est fichu !)
suy wari fali e daande kap ! puis ça s’est coincé dans sa gorge, kap !
Week ! Week ! Sey guufndaale pakkitittoo. Week10 ! Week ! Puis il coula de la bave [de sa bouche].
Week ! Yimɓe ngari kawti. Week ! Les gens virent se rassembler.
« E no haɓar ? » « Qu’est-ce qui se passe ? »
O wi’i : « Ndaree ! Cottee ! » Il dit : « Arrêtez ! Ecartez-vous ! »
Mhm ! Mhm !
O lukki her ɓaawo hoɓɓudu ɗoo kap noon ! Il donna un coup de poing sur la nuque [de sa marâtre] kap !
Ɓiira taƴre fiitidi e yonki maako. Ɓiira ! Le morceau [de viande] sauta en même temps que sa vie.
O maayi. Elle mourut.
Takkaande mundus ! C’est fini !
(Rire) (Rire)

Corpus inédit, © Copyright Henry Tourneux

 


 

Notes:

1   Lapsus de la conteuse : « Elle a à la maison un jeune garçon. »

2  Litt. : cela ne s’est pas porté sur la tête.

3  Euphémisme pour dire qu’elle est allée faire ses besoins.

4  En principe, on devrait avoir ici cilmbaaɗe ; la racine verbale silmb– « décorer » n’est pas attestée dans l’usage au Diamaré. On la trouve dans le fulfulde du Nigeria (Seydou 1998, Dictionnaire des racines verbales, p. 630).

5  Lapsus de la conteuse pour Jaree.

6  Lapsus de la conteuse pour Jaree.

7  Le serpent se voit maintenant attribuer un pronom de reprise désignant en principe un être humain.

8  Dans le texte original, il n’est pas question d’heure, mais de lever la tête pour voir la position du soleil.

9  Faya : fait d’accourir pour porter assistance à qqn. Non attesté au Diamaré. Présent au Nigeria avec radical à voyelle longue faaya (C. Seydou (éd.), 1998, Dictionnaire des racines verbales, p. 203).

10  Onomatopée imitant le bruit de quelqu’un qui esssaie de vomir.

Daada Luguzaare / La mère de Lougouzâré

 

Mots-clés

peul, fulfulde de l’Aadamaawa (Cameroun et États voisins) — oralité, conte, chantefable, taalol — grue couronnée, corbeau

Production du corpus

Conteuse: Djénabou (surnommée Kilélé). Djénabou a 55 ans. Elle est née à Hodandé [Hoɗannde] Dargala. Elle a appris à conter auprès de sa grand-mère.

Contexte de production

Hodandé [Hoɗannde] (Dargala) 06/03/2011

Enregistré en matinée dans une case, suite à un rendez-vous pris avec la conteuse.

Descriptif

La mère de Lougouzâré met au monde sa fille Lougouzâré. On dit que Lougouzâré a accouché. Pourtant Lougouzâré est morte. On envoie la grue couronnée. La grue chante. La grue chante bien. La grue chante le message du roi. La grue dans sa chanson annonce que Lougouzâré a un enfant. Le village écoute. Un corbeau arrive. Le corbeau chante. Il annonce le décès de Lougouzâré.

Conte avec chant, incomplet

Collecte et édition

Collecté sous la direction de: Hadidja Konaï

Image et son: Henry Tourneux

Transcription et traduction: Boubakary Abdoulaye et Henry Tourneux

Annotation: Henry Tourneux

 

 

 

 

 

 

 

– Daada Luguzaare ! – La mère de Luguzaare1 !
– Yoo ! Daada Luguzaare boo, – Bon ! La mère de Luguzaare
Mhm ! Mhm !
danyi Luguzaare mum. a mis au monde se Luguzaare.
Ooho ! Ooho !
Ɓe mbii : « Luguzaare maa, On lui dit : « Ta Luguzaare,
Mhm ! Mhm !
ɓesni a accouché »
Mhm ! Mhm !
jaka, Luguzaare maako goo maayi. » alors que sa Luguzaare est morte.
Ayyii ! Ayyii !
Yoo ! Kumaarewal wari. Bon ! La grue couronnée est venue.
Ɓe nuli kumaarewal, On a chargé la grue couronnée de faire une commission :
Mhm ! Mhm !
wari : et elle est venue :
chant Daada Luguzaare, kumaa ! chant Mère de Luguzaare, kumaa2 !
Laamiiɗo nelamno, kumaa ! Le chef m’a chargé d’une commission, kumaa !
Neldimmi sadallo, kumaa ! Il m’a envoyée avec l’herbe (?) sadallokumaa !
Buurɗi boɗeeji, kumaa ! des balais rouges, kumaa !
Tappirde woɗeere, kumaa ! une enclume rouge, kumaa !
Luguzaare ɓesni, wi’i : Luguzaare a accouché et a dit :
Ngaron ngaron ! Vous venez, vous venez !
Mhm ! Mhm !
Ɓe mbii : « Hii onon ! Ils ont dit [entre eux] : « Eh là !
Mhm ! Mhm !
Ɗum ɗume, ɗuum kam ? » Qu’est-ce que c’est que ça ? »
Ɓe keɗii, ɓe keɗii. Ils ont écouté, ils ont écouté.
Ooho ! Ooho !
Kaddoo, ngal fuɗɗiti : De nouveau, [la grue] a repris :
Mhm ! Mhm !
chant Daada Luguzaare, kumaa ! chant Mère de Luguzaare, kumaa !
Laamiiɗo nelamno, kumaa ! Le chef m’a chargé d’une commission, kumaa !
Neldimmi sadallo, kumaa ! Il m’a envoyée avec l’herbe (?) sadallokumaa !
Tappirde woɗeere, kumaa ! des balais rouges, kumaa !
Buurɗi boɗeeji, kumaa ! une enclume rouge, kumaa !
Luguzaare ɓesni, wi’i : Luguzaare a accouché et a dit :
Ngaron ngaron ! Vous venez, vous venez !
Mhm ! Mhm !
Ngaal kam huuci. [La grue] est rentrée chez elle.
Mhm ! Mhm !
Lorti nuli gaakuwal. [Le chef] a de nouveau chargé d’une commission le corbeau.
Mhm ! Mhm !
Oon kam, ngaa kam saawino. Lui… elle [la grue], elle avait dissimulé [la vérité].
Mhm ! Mhm !
Gaakuwal wari : Le corbeau est arrivé :
chant Daada Luguzaare, kumaa ! chant Mère de Luguzaare, kumaa !
Laamiiɗo nelamno, kumaa ! Le chef m’a chargé d’une commission, kumaa !
Neldimmi sadallo, kumaa ! Il m’a envoyée avec l’herbe (?) sadallokumaa !
Buurɗi boɗeeji, kumaa ! des balais rouges, kumaa !
Tappirde woɗeere, kumaa ! une enclume rouge, kumaa !
Luguzaare maayi, wi’i : Luguzaare est morte et a dit :
Ngaron ! ngaron ! ngaron ! Vous venez ! Vous venez ! Vous venez !
Mhm ! Mhm !
Takala mulus ! C’est fini !

Corpus inédit, © Copyright Henry Tourneux

 


 

Notes:

1  Hadidja rappelle à la conteuse le titre du conte qu’elle avait promis.

2  Ce mot est constitué des deux premières syllabes du nom de la grue couronnée : kumaarewal. C’est aussi la façon abrégée dont on appelle cet oiseau dans les contes.

Girliŋ Kaba / La fille sans mains

 

Mots-clés

peul, fulfulde de l’Aadamaawa (Cameroun et États voisins) — oralité, conte, chantefable, taalol — fille sans mains, coépouses, tamarinier

Production du corpus

Conteuse: Djénabou (surnommée Kilélé). Djénabou a 55 ans. Elle est née à Hodandé [Hoɗannde] Dargala. Elle a appris à conter auprès de sa grand-mère.

Contexte de production

Hodandé [Hoɗannde] (Dargala) 06/03/2011

Le conte a été enregistré dans une case suite à un rendez-vous pris avec la conteuse.

Descriptif

Le roi s’en va chercher femme. Il s’en va avec ses esclaves. Deux jeunes amies sont sur un tamarinier. Le roi se repose avec ses courtisans sous le tamarinier. L’une des jeunes fait tomber des tamarins à moitié mûrs sur le roi. Il fait tomber des tamarins à moitié mûrs sur les courtisans [la conteuse a interverti les choses]. Les courtisans constatent qu’il y a des gens sur le tamarinier. Le roi nie d’abord. Il fait tuer les courtisans. Le roi finit par constater que c’est vrai.

On fait descendre les jeunes filles de l’arbre. Un courtisan épouse la jeune fille valide. Le roi décide d’épouser la fille sans mains. La cour rentre au village. Les autres femmes du roi constatent que le roi a épousé une femme sans mains. En pleine nuit, l’amie de la fille sans mains transporte cette dernière dans le creux d’un arbre. Elles fabriquent des mains à la femme du roi.

Le septième jour du mariage, la nouvelle femme du roi doit se montrer en public. Les coépouses jurent qu’elle est infirme et, si elle ne l’est pas, qu’elles se transforment en marmite, en foyer, en esclave pour la nouvelle femme du roi ! Le roi réunit sa cour. La nouvelle femme du roi sort de sa chambre. Une chanson rythme sa démarche. Les coépouses sont punies.

Conte très lacunaire.

Collecte et édition

Collecté sous la direction de: Hadidja Konaï

Image et son: Henry Tourneux

Transcription et traduction: Boubakary Abdoulaye et Henry Tourneux

Annotation: Henry Tourneux

 

 

 

 

 

 

 

Girliŋ kaɓa. Girliŋ kaɓa.
Yoo, ɗoo boo debbo laamɗo. Bon, ici aussi, c’est une femme de chef.
Ooho ! Ooho !
Laamɗo yiɗi muuygo debbo. Le chef a envie d’aller courtiser une femme.
Mhm ! Mhm !
Ɗon dilla Il s’en va
(rire) (rire)
bee maccuɓe muuɗum. avec ses serviteurs.
Mhm ! Mhm !
Ɓe njaali derke’en ɗiɗo, Ils passent à côté de deux jeunes filles 1 ,
Mhm ! Mhm !
ɗon mba’’ii jaɓɓi. qui sont montées dans un tamarinier.
Mhm ! Mhm !
Laamɗo siiwtake bee wiirɓe mum. Le chef se repose avec ses notables.
Mhm ! Mhm !
Yoo ! Mm, gooto teɓa burkumje soltina dow laamɗo. Bon ! Euh… l’une cueille des tamarins à moitié mûrs et les fait tomber sur le chef.
(dow wiirɓe) (sur les notables 2 )
Mhm ! Mhm !
Ɓennduɗe soltina dow wiirɓe, Les mûrs, elle les fait tomber sur les notables,
Mhm ! Mhm !
burkumje boo dow laamɗo. les non mûrs sur le chef.
Mhm ! Mhm !
Suy, ɓe mbii : « Alla am ! Colli ɗiye ni ƴoyɗi ɗii ? » Alors, ils disent : « Nom de nom ! Quels sont ces oiseaux si malins ? »
Mhm ! Mhm !
Gooto, biiro gooto tijjii nii wii : L’un, un notable tourna la tête vers le haut et dit :
« Barka maaɗa, « Majesté,
Mhm ! Mhm !
naa ɗum colli, ɗum neɗɗo ! » ce ne sont pas des oiseaux, c’est quelqu’un ! »
Mhm ! Mhm !
O wi’i : « Kaay! Neɗɗo waɗataa bannii. Il dit : « Voyons ! Personne ne ferait ça !
Mhm ! Mhm !
Codee mo daande. » Coupez-lui la tête 3 . »
Mhm ! Mhm !
Ɗum fuɗɗiti. Ça recommence.
Oya goo wi’i mo yoo : Un autre [notable] lui dit :
Mhm ! Mhm !
« Barka maaɗa, « Majesté,
Mhm ! Mhm !
koo a waɗatam bana ko ngaɗɗaa mo ɗoo, même si tu me fais comme tu as fait à [l’autre],
Mhm ! Mhm !
ɗum neɗɗo. » [je t’assure que] c’est une personne. »
Mhm ! Mhm !
Laamɗo goo tijjii nii tawi ɗum neɗɗo. Le chef tourna la tête vers le haut et constata que c’était une personne.
Mhm ! Mhm !
« Njippinee ɓe ! » « Faites-les descendre ! »
Na’am ! Na’am !
Ɓe njippake, Elles sont descendues,
Mhm ! Mhm !
ɓe njooɗake. et se sont assises.
Mhm ! Mhm !
Laamɗo goo, Le chef
Mhm ! Mhm !
e jo’’ini derke’en goo. fait asseoir les jeunes filles.
Biiro ɓaŋi marɗo juuɗe. Un notable épouse celle qui a des mains.
Laamɗo goo boo wi’i : « Miin kam, guddo 4  ngiɗmi ! Le chef dit : « Moi, c’est celle qui n’a pas de mains que je veux !
Mhm ! Mhm !
Na’am ! Na’am !
Miin kam, guddo ngiɗmi ! » Moi, c’est celle qui n’a pas de mains que je veux ! »
Mhm ! Mhm !
Yoo ! Ɓe ɓaŋi. Yoo ! Ils [le chef et son notable] se sont mariés.
Mhm ! Mhm !
Ɓe njahanno muuygo goo na, laamɗo na ɓe ɓaŋi ɓee fuu. Ils étaient allés faire la cour, et ils se sont tous mariés.
Ooho ! Ooho !
Yoo, ɓe kuuci, ɓe tawti nawloraaɓe, nawliraaɓe : Bon, ils rentrent chez eux et retrouvent les coépouses :
Mhm ! Mhm !
« – Hii, debbo laamɗo na guddo. « – Eh ! La [nouvelle] femme du chef est manchote !
– Ayyee ! Laamɗo ni wurtanoo ɓaŋgal, – Ah bon ? Le chef était sorti en vue d’un mariage,
dilli ɓaŋoygo nii ɓaŋa guddo. » il est parti se marier et a épousé une manchote. »
Mhm ! Mhm !
Nawliraaɓe njooɗii ɓiira moy fuu haɓɓitoo bee kuule mum. Les coépouses décident, ɓiira ! que chacune revête ses plus beaux pagnes.
Mhm ! Mhm !
Sappa maako goo, Son amie,
Mhm ! Mhm !
caka jemma hooci waawi mo. au milieu de la nuit prit sur son dos [la manchote].
Ooho ! Ooho !
Ɓe ndilli, Elles s’en sont allées,
ɓe njehi haa loogo lekki. elles sont allée dans le creux d’un arbre.
Ɓe njehi ɓe mahoyi kooli har guddo goo, Elles sont allées fabriquer des doigts pour la manchote,
Mhm ! Mhm !
ɓe ngartiri. et elles sont revenues.
Mhm ! Mhm !
Yoo, nde ɓe ngarti, Bon, une fois de retour,
Mhm ! Mhm !
yoo, jam, ɓe ngarti goo, bon, quand elles furent revenues,
yoo, debbo laamɗo, janngo o wurtotoo. bon, la femme du chef, c’est demain qu’elle doit sortir.
Mhm ! Mhm !
Na waɗa jeeɗiɗiire ɗoo koowaaɗo wurtotoo na? C’est le septième jour que la nouvelle mariée doit sortir, n’est-ce pas ?
Ooho ! Ooho !
Yoo, janngo o wurtotoo. Bon, c’est demain qu’elle doit sortir.
Goɗɗo, nawliraawo oo wi’i : Quelqu’un, telle coépouse dit :
« Miin kam, to naa o guddo, « Moi, si elle n’est pas manchote,
Mhm ! Mhm !
Alla mi lattoo kaatinɗe maako. » par Dieu, que je me transforme en foyer pour elle ! »
Mhm ! Mhm !
Oo boo wi’i : « – To naa o guddo, Une autre dit : « – Si elle n’est pas manchote,
Alla mi lattoo fayannde maako. » Que Dieu me transforme en marmite pour elle ! »
Mhm ! Mhm !
– To naa o guɗɗo, Alla mi horɗanoo mo. – Si elle n’est pas manchote, par Dieu, que je devienne son esclave !
Mi ɗon huuwana mo tum noon bana booy goo. Je travaillerai définitivement pour elle comme une domestique.
Mhm ! Mhm !
– Yoo, to naa o guddo, Alla mi teenana mo leɗɗe. » – Bon, si elle n’est pas manchote, par Dieu, que je ramasse du bois mort pour elle ! »
Yoo, debbo losake wurtake Bien, la femme s’extrait [de la case] et sort
Mhm ! Mhm !
ba leelewal. comme un clair de lune.
Mhm ! Mhm !
Wurtake ! Elle sort !
Laamɗo waɗi faada mum. Le chef a réuni sa cour.
Mhm ! Mhm !
Debbo ɗon wurtoo. Debbo yaadu mum. La femme sort. La femme, sa démarche…
Debbo wi’i sonaa ɓe mbe’’itana ɗum tappi haa tappi haa jokkoo haa laamɗo woni, La femme dit qu’elle n’avancera pas à moins qu’on lui étale des tapis 5  jusqu’où se trouve le chef,
Mhm ! Mhm !
haa yolnde laamɗo woni ! jusqu’au seuil [de la maison] du chef !
Mhm ! Mhm !
Ɓe mbii : « Hala ! Ngam guddo oo oon na ? Elles disent : « Comment ! pour une manchote comme ça ?
(Rire) (Rire)
Guddo oon tappi haa tappi na ? Pour cette manchote, tapis sur tapis ?
(Rire) (Rire)
Hala ! Oo oon na ? » Voyons ! Pour celle-là ? »
Mhm ! Mhm !
Debbo wurtake. La femme sort.
Mhm ! Mhm !
Too, ɓiira ɗon yaha ! Bien, ɓiira, elle marche !
Tap, Girliŋ kaɓa ! Tap, girliŋ kaɓa 6  !
Taɓɓa mo to o do’’ore. Retiens-la 7  de peur qu’elle ne te tombe dans les mains.
To o do’’ake, en ngiidan ! Si elle tombe, tu vas voir ce que je vais te faire !
Mhm ! Mhm !
Tap, girliŋ kaɓa ! Tap, girliŋ kaɓa !
Taɓɓa mo to o do’’ore. Retiens-la de peur qu’elle ne te tombe dans les mains.
To o do’’ake, en ngiidan ! Si elle tombe, tu vas voir ce que je vais te faire 8  !
Mhm ! Mhm !
Tap, girliŋ kaɓa ! Tap, girliŋ kaɓa !
Ɗoo kam yaadu maako. Telle est sa démarche.
Mhm ! Mhm !
Ɓe ɗon mbakki mo; Ils marchent à ses côtés,
Maccuɓe ɗon mbakkii mo. les serviteurs marchent à ses côtés.
Yaadu maako ɗoo, Sa démarche…
Mhm ! Mhm !
maccuɓe ɗon mbakkii. les serviteurs marchent à côté.
Ooho! Ooho!
Tap, girliŋ kaɓa ! Tap, girliŋ kaɓa !
Taɓɓa mo taa o do’’ore, Retiens-la de peur qu’elle ne te tombe dans les mains.
To o do’’ake, en ngiidan ! Si elle tombe, tu vas voir ce que je vais te faire !
Mhm ! Mhm !
Laamɗo wi’a : « To o do’’ake, en ngiidan » ! Le chef dit : « Si elle tombe, tu verras ce que je vais te faire » !
(Rire) (Rire)
Nii, takala mulus ! Comme ça, c’est fini !

Corpus inédit, © Copyright Henry Tourneux

 


 

Notes:

1  C’est plus loin seulement qu’on comprend qu’il s’agit ici de jeunes filles et non de jeunes gens, ce que le fulfulde (derke’en) ne précise pas.

2  Jam-Duudu tente de corriger la conteuse, qui ne se rend pas compte de son erreur.

3  Le chef fait décapiter le notable qui lui a donné cette information à laquelle il ne croit pas.

4  Manchot, personne estropiée d’un membre supérieur (main, doigt, bras).

5  Litt. : « La femme dit sauf si on lui étale des tapis pour que les tapis rejoignent là où est le chef ».

6  Ces trois mots ont valeur idéophonique ; ils décrivent la démarche altière de l’ancienne manchote. Les lignes suivantes, très rythmées en fulfulde, évoquent un accompagnement de tambour.

7  C’est le chef qui dit cela par manière de menace à l’endroit de la personne qui accompagne sa nouvelle femme.

8  Litt. : « nous allons nous voir ».

Dendewrou

 

Mots-clés

peul, fulfulde de l’Aadamaawa (Cameroun et États voisins) — oralité, littérature enfantine, chanson pour jouer — wamndugo

Production du corpus

Conteuse: Djénabou (surnommée Kilélé). Djénabou a 55 ans. Elle est née à Hodandé [Hoɗannde] Dargala. Elle a appris à conter auprès de sa grand-mère.

Contexte de production

Hodandé [Hoɗannde] (Dargala) Cameroun, 06/03/2011

Enregistré dans une case, suite à un rendez-vous pris avec la conteuse.

Descriptif

Comptine pour jouer avec les tout petits: l’adulte prend l’enfant et le fait sauter entre ses mains (wamndugo) en disant ou en chantant la comptine. Celle-ci ne pouvant être exécutée sans bébé effectivement dans les mains, la conteuse s’est fabriqué une sorte de poupée de chiffon comme substitut de bébé.

Collecte et édition

Collecté sous la direction de: Hadidja Konaï

Image et son: Henry Tourneux

Transcription et traduction: Boubakary Abdoulaye et Henry Tourneux

Annotation: Henry Tourneux

 

 

 

 

 

 

 

Dendewru am, Dendewru ! Mon cher Dendewru, Dendewru !
Dendewru pinndi jaaɓe 1 , Dendewru, fleurs de jujubier,
Ndaa nduu finna hacca, Voici que celui-ci fleurit et sent mauvais 2 ,
Nduu boo, ndu morla rijja, Voici que celui-là commence à former des fruits âpres au goût,
Ndaa nduu ɓenndi welti. Voici qu’un autre est mûr et est devenu délicieux.
Dendewru am, Dendewru, Mon cher Dendewru, Dendewru,
Dend-, … Dend-, …
(Finna hacca ɓennda welta 3 ) (fleurit et pue, mûrit et devient délicieux 4 )
Dendewru am, Dendewru ! Mon cher Dendewru, Dendewru !
Mhm ! Mhm !
Dendewru finna hacca, Dendewru, fleurit et sent mauvais,
Ndaa nduu morla rijja, Voici que celui-ci commence à former des fruits âpres au goût.
Nduu boo, ndu ɓennda welta. Voici qu’un autre est mûr et est devenu délicieux.
Baamma fiya yaama, Ton père bat ta mère,
Yaama fina yolloo nde. Ta mère s’éveille et se précipite [au quartier] 5 .
Miin doo, mi fina mi jampa ɗam. Quant à moi, je m’éveille et je le 6  bats.
Mi tepoo ɗi ɓuluk ! ɓuluk ! ɓuluk ! ɓuluk ! ɓuluk ! J’en forme des boulettes 7  ɓuluk 8  ! ɓuluk ! ɓuluk ! ɓuluk ! ɓuluk !
Baamma fiya yaama, Ton père bat ta mère,
(Rire) (Rire)
Yaama fina yolloo nde; Ta mère s’éveille et se précipite [au quartier].
Miin boo, mi fina mi jampa ɗam, Quant à moi, je m’éveille et je le bats.
Dendewru am, Dendewru ! Mon cher Dendewru, Dendewru !
A ! Dendewru am, Dendewru ! Ah ! Mon cher Dendewru, Dendewru !
A ! Dendewru pinndi jaaɓe. Ah ! Dendewru, fleurs de jujubier.
Ndaa nduu finna hacca, Voici que celui-ci fleurit et sent mauvais,
Ndaa nduu morla rijja, Voici que celui-là commence à former des fruits âpres au goût,
Nduu boo, ndu ɓennda welta, Voici qu’un autre est mûr et est devenu délicieux.
A ! Dendewru am, Dendewru ! Ah ! Mon cher Dendewru, Dendewru !
A ! Dendewru am, Dendewru ! Ah ! Mon cher Dendewru, Dendewru !
Nduu ndu finna hacca, Celui-ci, il fleurit et sent mauvais,
Baamma fiya yaama, Ton père bat ta mère,
Yaama fina yolloo nde, Ta mère s’éveille et se précipite [au quartier].
Miin boo, mi fina mi jampa ɗam, Quant à moi, je m’éveille et le bats,
Mi tepoo ɗi ɓuluk ! ɓuluk ! J’en forme des boulettes ɓuluk ! ɓuluk !
Miin kam mi somi. Moi, je suis fatiguée 9 .

Corpus inédit, © Copyright Henry Tourneux

 


 

Notes:

1         Jaaɓi : jujubier sauvage, Ziziphus mauritiana Lam. (Rhamnaceae).

2         Le jujubier sauvage en fleurs dégage une odeur désagréable (information Tapsou, 29-03-2016).

3         La conteuse a un trou de mémoire et une femme de l’assistance lui souffle la suite.

4         La conteuse a un trou de mémoire et une femme de l’assistance lui souffle la suite.

5         Le pronom nde peut renvoyer au quartier (fattude). La « mère » s’éveille et se précipite au (litt. « tombe dans ») quartier. Le mari bat sa femme, probablement parce qu’elle traîne au quartier dans la journée, et effectivement, une fois qu’elle a été battue la nuit, elle y retourne.

6         Le pronom ɗam, traduit ici par « le », réfère au lait (kosam).

7         Il s’agit des boulettes de beurre, que l’on forme en les faisant tourner dans une louche en calebasse (Noye 1989, p. 346, sous tepaago). C’est en effet sous forme de boulettes que l’on présente le beurre, que l’on laisse flotter à la surface du lait baratté.

8         Idéophone qui décrit le mouvement et le bruit de la boulette de beurre que l’on façonne dans la louche en lui impulsant un mouvement rotatif.

9         La conteuse est fatiguée et s’arrête là.

Dinguiwri

 

Mots-clés

peul, fulfulde de l’Aadamaawa (Cameroun et États voisins) — oralité, conte, taalol — serpent

Production du corpus

Conteuse: Djebba, 45 ans. Née à Kaya, elle ne parle que le fulfulde. Elle a appris à conter auprès de sa grand-mère et de sa mère. Elle perfectionne ses contes en contant auprès de ses enfants et petits-enfants.

Contexte de production

Hodandé [Hoɗannde] (Dargala) 06/03/2011

Enregistré en matinée dans une case, suite à un rendez-vous pris avec la conteuse.

Descriptif

Un enfant dont le père a été tué par un serpent est la risée de ses camarades. Il décide d’aller à la recherche du serpent pour le tuer.

Conte très bref

Collecte et édition

Collecté sous la direction de: Hadidja Konaï

Image et son: Henry Tourneux

Transcription et traduction: Boubakary Abdoulaye et Henry Tourneux

Annotation: Henry Tourneux

 

 

 

 

 

 

 

Ooho ! Oui !
(Rires) (Rires)
Ɓinngel feere boo, Il y a un enfant,
baaba maako, Dingiwri mbari ɗum. son père, Dingiwri1 l’a tué.
Mhm ! Mhm !
Dingiwri dilli daayiɗum jooɗake. Dingiwri est parti s’installer loin.
Ɓikkon ɗon kuɗa mo. Les enfants se moquent de lui.
Mhm ! Mhm !
To o fuɗɗi ŋallu, Dès qu’il se met à les provoquer,
ɓe mbi’a mo : ils lui disent :
« Yah, buustuɗo ! « Va t’en, incapable2 !
Mhm ! Mhm !
Baaba maaɗa, Dingiwri mbari mo, Ton père, Dingiwri l’a tué,
yah le waroyi ndi. » va donc le tuer. »
Mhm ! Mhm !
Bannii, bannii, haa nyalde feere, Et ainsi de suite, jusqu’au jour
o ɓaarti labbo o jogi, o dilli. il prit la lance posée contre le mur et partit.
O tokkii laawol. Il prit la route.
O yaha haa wuro o daroo : Il va dans un village et s’arrête :
Mhm ! Mhm !
chant

Hiiri yam, weeti yam.

chant

Le soir est tombé sur moi, le matin s’est levé sur moi,

Yaaka baamle ! Venez à mon aide, villages païens !
Dingiwri yaalaay ɗon na ? Dingiwri n’est pas passé par ici ?
Ɓe mbi’a Dingiwri duuɓi jowi saalii. Ils lui disent qu’il y a cinq ans que Dingiwri est passé.
Mhm ! Mhm !
Kadi boo : De nouveau :
chant

Hiiri yam, weeti yam.

chant

Le soir est tombé sur moi, le matin s’est levé sur moi,

Yaaka baamle ! Venez à mon aide, villages païens !
Dingiwri yaalaay ɗon na ? Dingiwri n’est pas passé par ici ?
Dingiwri ko saalori duuɓi nayi. Dingiwri, ça fait quatre ans qu’il est passé.
chant

Hiiri yam, weeti yam.

chant

Le soir est tombé sur moi, le matin s’est levé sur moi,

Yaaka baamle ! Venez à mon aide, villages païens !
Dingiwri yaalaay ɗon na ? Dingiwri n’est pas passé par ici ?
Duuɓi tati. [Ça fait] trois ans.
Mhm ! Mhm ! Mhm ! Mhm !
chant

Hiiri yam, weeti yam.

chant

Le soir est tombé sur moi, le matin s’est levé sur moi,

Yaaka baamle ! Venez à mon aide, villages païens !
Dingiwri yaalaay ɗon na ? Dingiwri n’est pas passé par ici ?
Duuɓi ɗiɗi. [Ça fait] deux ans.
Mhm ! Mhm !
chant

Hiiri yam, weeti yam.

chant

Le soir est tombé sur moi, le matin s’est levé sur moi,

Yaaka baamle ! Venez à mon aide, villages païens !
Dingiwri yaalaay ɗon na ? Dingiwri n’est pas passé par ici ?
Nduuɓu. [Ça fait] un an.
Mhm ! Mhm !
chant

Hiiri yam, weeti yam.

chant

Le soir est tombé sur moi, le matin s’est levé sur moi,

Yaaka baamle ! Venez à mon aide, villages païens !
Dingiwri yaalaay ɗon na ? Dingiwri n’est pas passé par ici ?
O wi’i, ɓe mbii mo : « Ndaa haa too Dingiwri woni. » Il dit, ils lui dirent : « C’est là-bas que se trouve Dingiwri. »
Mhm ! Mhm !
O yehi o fiisti haɓre bee Dingiwri. Il est allé déclencher un combat avec Dingiwri.
O ɗon haɓa, o ɗon haɓa haa o mbari Dingiwri. Il se bat, il se bat au point qu’il a tué Dingiwri.
Mhm ! Mhm !
O ta’i ɓernde Dingiwri, Il a coupé le cœur Dingiwri,
O ɗisi haa labbo maako, l’a planté au bout de sa lance,
o hoori haa wuro maɓɓe. et l’a rapporté dans son village.
Mhm ! Mhm !
Takala mulus! C’est fini !

Corpus inédit, © Copyright Henry Tourneux

 


 

Notes:

1  Nom propre d’un serpent.

2  Litt. : « infirme » (qui ne peut donc rien faire).

Koumbo

 

Mots-clés

peul, fulfulde de l’Aadamaawa (Cameroun et États voisins) — oralité, conte, chantefable, taalol — bouc, fortun

Production du corpus

Conteuse: Djebba, 45 ans. Née à Kaya, elle ne parle que le fulfulde. Elle a appris à conter auprès de sa grand-mère et de sa mère. Elle perfectionne ses contes en contant auprès de ses enfants et petits-enfants.

Contexte de production

Hodandé [Hoɗannde] (Dargala) 06/03/2011

Enregistré dans une case en matinée, suite à un rendez-vous pris avec la conteuse.

Descriptif

Un homme part en brousse avec son petit bouc pour faire fortune.

Conte très bref. Manifestement, la conteuse en a perdu la maîtrise.

Conte avec chant.

Collecte et édition

Collecté sous la direction de: Hadidja Konaï

Image et son: Henry Tourneux

Transcription et traduction: Boubakary Abdoulaye et Henry Tourneux

Annotation: Henry Tourneux

 

 

 

 

 

 

« – Too, feere boo, ɗume no ? « – Bon, l’autre, c’était lequel ?
– Mbolwaa bee semmbe : Kummbo. » – Parle fort : c’est Kummbo. »
Yoo ! Kummbo goo, C’est ça ! Kummbo1,
(Rire) (Rires)
goɗɗo yiɗi ɗaɓɓugo jawdi. il y a quelqu’un qui veut chercher la richesse.
O hooci jawgel baaba maako o jogi. Il a pris en main le petit bouc de son père.
Wooɗi! Bien !
O hooci jawgel baaba maako o jogi. Il a pris en main le petit bouc de son père.
O dilli ɗaɓɓugo jawdi. Il est parti faire fortune.
Mhm ! Mhm !
O yehi haa caka ladde, Il est allé en plein cœur de la brousse,
o fe’’i leɗɗe. et il a abattu des arbres à la hache.
O fe’’i leɗɗe o waɗi suudu, Il a abattu des arbres et a fait une case.
o ɗon jooɗii bee jawgel maako. Il demeure avec son petit bouc.
Ooho! Ooho!
Suy, kuuje ladde ngari. Puis, il y a des animaux sauvages qui sont venus.
« Hii ! E ɗume waddu ma ? « Eh ! Qu’est-ce qui t’a amené [ici] ?
– Mi wari haa njooɗooɗen. – Je suis venu pour rester avec vous2.
– Yoo! wooɗi ! – Bon ! D’accord !
– A war haa njooɗooɗen ? – Tu viens pour rester avec nous ?
– Ooho! – Oui !
– Too ! Yoo ! Wooɗi ! – Bon ! Bien ! D’accord !
Jemma, min ɗon ngara kiiren. Cette nuit, nous viendrons pour que nous passions la veillée ensemble.
– Yoo! wooɗi ! – Bien ! D’accord ! »
Asira, o defi law law, o naasti o maɓɓi. Le soir, [Kummbo] a cuisiné rapidement, elle est entrée dans la maison et a fermé la porte.
Mhm ! Mhm !
O ɗon waalii goo, Alors qu’elle était couchée,
kuuje goo ngari : les animaux en question sont venus :
chant Kummbo, min ngari. chant Kummbo, nous sommes arrivés.
Kummbo ɓii jawro, min ngari. Kummbo, fille du chef de quartier, nous sommes arrivés.
Taannaaɗo jawro, min ngari. Petite-fille du chef de quartier, nous sommes arrivés.
Jawgel goo waɗa : Le petit bouc fait :
chant Kuruɓeŋ kururuɓeŋ ! chant Kuruɓeŋ kururuɓeŋ !
Tawi Kummbo ɗaanake, Il se trouve que Kummbo dort,
Kummbo ɓii jawro ɗaanake. Kummbo la fille du chef de quartier dort.
Kuuje goo ndogga, ɗalana mo ceede, Les animaux s’enfuient et laissent de l’argent [à Kummbo],
Mhm ! Mhm !
ɗalana mo cardi, o mooɓta. ils lui laissent [des bijoux en] argent, et elle les ramasse.
Mhm ! Mhm !
Janngo boo, bannii : Le lendemain, c’est comme ça :
chant : Kummbo, min ngari, chant : Kummbo, nous sommes arrivés.
Kummbo ɓii jawro, min ngari, Kummbo, fille du chef de quartier, nous sommes arrivés.
Taannaaɗo jawro, min ngari. Petite-fille du chef de quartier, nous sommes arrivés.
Kuruɓeŋ kururuɓeŋ ! Kuruɓeŋ kururuɓeŋ ! [fait le petit bouc].
Tawi Kummbo ɗaanake, Il se trouve que Kummbo dort,
Kummbo ɓii jawro ɗaanake. Kummbo la fille du chef de quartier dort.
Mhm ! Mhm !
Bannii o mooɓti jawdi, C’est ainsi qu’elle a amassé de la richesse.
o doggi o huuci. et elle est rentré chez elle en courant.
Takala mulus ! Takala mulus !

Corpus inédit, © Copyright Henry Tourneux

 


 

Notes:

1  Nom féminin donné à la deuxième fille.

2  Litt. : pour que nous restions ensemble ».

Ndaa nga ! / Le voici !

 

Mots-clés

peul, fulfulde de l’Aadamaawa (Cameroun et États voisins) — oralité, littérature enfantine, chanson pour jouer — wamndugo

Production du corpus

Conteuse: Djénabou (surnommée Kilélé). Djénabou a 55 ans. Elle est née à Hodandé [Hoɗannde] Dargala. Elle a appris à conter auprès de sa grand-mère.

Contexte de production

Hodandé [Hoɗannde] (Dargala) 06/03/2011

Enregistré dans une case, suite à un rendez-vous pris avec la conteuse.

Descriptif

Comptine pour jouer avec les tout petits: l’adulte prend l’enfant et le fait sauter entre ses mains (wamndugo) en disant ou en chantant la comptine. Celle-ci ne pouvant être exécutée sans bébé effectivement dans les mains, la conteuse s’est fabriqué une sorte de poupée de chiffon comme substitut de bébé.

Collecte et édition

Collecté sous la direction de: Hadidja Konaï

Image et son: Henry Tourneux

Transcription et traduction: Boubakary Abdoulaye et Henry Tourneux

Annotation: Henry Tourneux

 

 

 

 

 

 

 

Ndaa nga, ndaa nga, ndaa nga !

Le voici, le voici, le voici !
Ndaa nga, ilam waddi nga ! Le voici, c’est la crue qui l’a apporté !
Ndaa nga, Alla hokki nga ! Le voici, c’est Dieu qui l’a donné !
Ndaa nga, ilam waddi nga ! Le voici, c’est la crue qui l’a apporté !
Giɗɗo nga, fina laara nga ! Que celui qui l’aime s’éveille et le voie !
Ganyɗo nga, fina suukoo ! Que celui qui le hait s’éveille et aille au diable !
Giɗɗo nga, fina laara nga ! Que celui qui l’aime s’éveille et le voie !
Ganyɗo nga, fina suukoo ! Que celui qui le hait s’éveille et aille au diable !
Ndaa nga, ndaa nga, ndaa nga ! Le voici, le voici, le voici !
Ndaa nga, Alla hokki nga ! Le voici, c’est Dieu qui l’a donné !
Ndaa nga, ilam waddi nga ! Le voici, c’est la crue qui l’a apporté !
Giɗɗo nga, fina laara nga ! Que celui qui l’aime s’éveille et le voie !
Ganyɗo nga, yewa daande ! Que celui qui le hait se brise le cou !
Ndaa nga, ndaa nga, ndaa nga ! Le voici, le voici, le voici !
Daarɗo nga, gite nduɗɗitoo ! Celui qui l’aime, que ses yeux se révulsent !
Caliiɗo ! Celui qui refuse !
Daarɗo nga, gite nduɗɗitoo ! Celui qui l’aime, que ses yeux se révulsent !
Cappiiɗo nga, koolel yewa ! Celui qui le pointe du doigt, que son petit doigt se brise !
Ndaa !

Voilà !

 

Corpus inédit, © Copyright Henry Tourneux

Kaay sukaayel kaay ! / Oh ! petit gars ! Oh !

 

Mots-clés

peul, fulfulde de l’Aadamaawa (Cameroun et États voisins) — oralité, littérature enfantine, chanson pour jouer — wamndugo

Production du corpus

Conteuse: Djam Doûdou a 55 ans. Elle ne s’exprime qu’en fulfulde. Elle est née à Hodandé [Hoɗannde] Dargala. Mariée, elle n’a jamais eu d’enfant. Elle a appris à conter auprès de sa mère et de sa grand-mère. Quand elle était petite, elle savait beaucoup de contes. Maintenant, elle en a oublié beaucoup.

Contexte de production

Hodandé [Hoɗannde] (Dargala) 06/03/2011

Enregistré dans une case, suite à un rendez-vous pris avec la conteuse.

Descriptif

Comptine pour jouer avec les tout petits: l’adulte prend l’enfant et le fait sauter entre ses mains (wamndugo) en disant ou en chantant la comptine. Celle-ci ne pouvant être exécutée sans bébé effectivement dans les mains, la conteuse s’est fabriqué une sorte de poupée de chiffon comme substitut de bébé.

Collecte et édition

Collecté sous la direction de: Hadidja Konaï

Image et son: Henry Tourneux

Transcription et traduction: Boubakary Abdoulaye et Henry Tourneux

Annotation: Henry Tourneux

 

 

 

 

 

 

Kaay1 sukaayel kaay !

Kaay petit gars kaay !

Kaa’2 e mo yiɗ ma hul ma !

Kaa ! et qui t’aime te craint !

Adineeji3 kulanmi, kaay !

Ce sont les difficultés de la vie que je crains, kaay !

Kaay sukaayel, kaay !

Kaay petit gars, kaay !

Kaa’ e mo yiɗ ma hul ma !

Kaa ! et qui t’aime te craint !

Adineeji kulanmi, kaay !

Ce sont les difficultés de la vie que je crains, kaay !

Kaay sukaayel, kaay !

Kaay petit gars, kaay !

Kaa’ e mo yiɗ ma hul ma !

Kaa ! et qui t’aime te craint !

Adineeji kulanmi, kaay !

Ce sont les difficultés de la vie que je crains, kaay !

Kaay sukaayel, kaay !

Kaay petit gars, kaay !

(A’a ?)

(A’a ?)

Kaa’ e mo yiɗ ma hul ma !

Kaa ! et qui t’aime te craint !

Adineeji kulanmi, kaay !

Ce sont les difficultés de la vie que je crains, kaay !

Kaay sukaayel, kaay !

Kaay petit gars, kaay !

Kaa’ e mo yiɗ ma hul ma !

Kaa ! et qui t’aime te craint !

Adineeji kulanmi, kaay!

Ce sont les difficultés de la vie que je crains, kaay !

Kaay sukaayel, kaay !

Kaay petit gars, kaay !

Kaa’e mo yiɗ ma hul ma !

Kaa et qui t’aime te craint !

Adineeji kulanmi, kaay !

Ce sont les difficultés de la vie que je crains, kaay !

Kaay sukaayel, kaay !

Kaay petit gars, kaay !

Kaa’ e mo yiɗ ma hul ma !

Kaa ! et qui t’aime te craint !

Adineeji kulanmi, kaay !

Ce sont les difficultés de la vie que je crains, kaay !

Kaay sukaayel, kaay !

Kaay petit gars, kaay !

(Aan, suy lee non !)

(Toi, arrête, ça suffit comme ça4 !)

Kaa’ e mo yiɗ ma hul ma !

Kaa’ et qui t’aime te craint !

Adineeji kulanmi, kaay!

Ce sont les difficultés de la vie que je crains, kaay !

(Cuy !)

(Ça suffit !)

Kaay sukaayel, kaay !

Kaay petit gars, kaay !

Kaa’ e mo yiɗ ma hul ma !

Kaa ! et qui t’aime te craint !

Adineeji kulanmi, kaay !

Ce sont les difficultés de la vie que je crains, kaay !

Kaay sukaayel, kaay !

Kaay petit gars, kaay !

Kaa’ e mo yiɗ ma hul ma !

Kaa ! et qui t’aime te craint !

Adineeji kulanmi, kaay !

Ce sont les difficultés de la vie que je crains, kaay !

Corpus inédit, © Copyright Henry Tourneux

 


 

Notes:

1  Exclamation qui signifie l’étonnement souvent teinté de réprobation.

2  Exclamation marquant une interdiction.

3 Equivalent probable de yakeeji dunya : les conditions de ce monde. Le mot n’est pas attesté au dictionnaire de Noye (1989).

4  Une femme assise près de Jam-Duudu lui dit d’arrêter, puisqu’elle a déjà donné la comptine intégralement.

Woudâlo-Woudâlo

 

Mots-clés

peul, fulfulde de l’Aadamaawa (Cameroun et États voisins) — oralité, conte, taalol — oiseau, bale de mil

Production du corpus

Conteuse: Djam Doûdou a 55 ans. Elle ne s’exprime qu’en fulfulde. Elle est née à Hodandé [Hoɗannde] Dargala. Mariée, elle n’a jamais eu d’enfant. Elle a appris à conter auprès de sa mère et de sa grand-mère. Quand elle était petite, elle savait beaucoup de contes. Maintenant, elle en a oublié une bonne partie.

Contexte de production

Hodandé [Hoɗannde], (Dargala06/03/2011)

Conte enregistré suite à un rendez-vous pris avec la conteuse

Descriptif

Woudâlo, un fils de roi, a pitié d’un oiseau qui se contente de picorer de la bale de mil.

L’oiseau finit par avaler tous les biens du village, mais, à la fin, il les restitue.

Conte avec chant.

Collecte et édition

Collecté sous la direction de: Hadidja Konaï

Image et son: Henry Tourneux

Transcription et traduction: Boubakary Abdoulaye et Henry Tourneux

Annotation: Henry Tourneux

 

 

 

 

 

 

 

Wudaalo-Wudaalo ! – Wudaalo-Wudaalo1 !
(Rires) (Rires)
Yoo ! Ɗoo kam, timmi na ? Bon ! Celui-ci est fini ?
Wudaalo-Wudaalo na ? [Je conte] Wudaalo-Wudaalo ?
Mhm ! Mhm !
Yoo ! Wooɗi ! Huuduure e daande ! Bon ! Bien ! La plaie au cou2 !
(Yolnde e tiinde !) (L’entrée au front !)
Ɓinngel ngeel, Cet enfant,
Mhm ! Mhm !
ɓii laamɗo, kanko boo… c’est un fils de roi, lui aussi…
Sonndu ɗon. Il y a un oiseau.
O yaali sonndu ɗon nyaama nyaande har wiɗaago ɗoo. En passant, [il trouve] un oiseau qui mange de la bale en grattant le sol.
Mhm ! Mhm !
O wi’i : « Ayyee, sonndu am ! Il dit : « Oh3 ! mon oiseau !
Ayyee, gawri baaba am mari ndii pat ni, Oh ! Avec tout ce que mon père possède de mil,
ngaraa a ɗon wiɗoo nyaande meere ! tu viens gratter la bale seulement !
Mhm ! Mhm !
Ii ! Fayannde amin woore boo a saftan. » Ii ! Une seule de nos marmites pourrait te suffire. »
Wooɗi, sonndu fiiri var ! Bon, l’oiseau s’envola var4 !
tokkii mo wi’i mo : « Ndeen kam, ndillen ma ! » le suivit et lui dit : « Alors, allons-y ! »
Mhm ! Mhm !
Ɓe ngari her gawri dubbe unordu maɓɓe. Ils allèrent vers le mil qui se trouvait tout autour de leur mortier.
O waddi sonndu her gawri dubbe unordu. Il amena l’oiseau dans le mil qui se trouvait tout autour du mortier.
Sonndu suppi cap ! cap ! cap ! timmini ! L’oiseau picora cap ! cap ! cap ! et mangea tout !
Mhm ! Mhm !
« Wudaalo, Wudaalo ! [CHANT] « Wudaalo, Wudaalo !
Mo huuduure daande, Lui qui a une plaie au cou,
Mo yolnde tiinde, Qui a une entrée au front,
Mo labbe damarje, Qui a de petites lances,
Semti mi haaraay ! » Il a eu honte que je n’aie pas assez mangé ! »
(Rire) (Rires)
O wi’i : [L’enfant] dit :
« Daada am, nanii na5, [CHANT] « Ma mère, écoute,
Baaba am, nanii na, Mon père, écoute
Ko colel wi’atammi, Ce que l’oiseau me dit,
Collalel6 ladde. Le petit oiseau de brousse.
Wudaalo, Wudaalo ! Wudaalo, Wudaalo7 !
Mo huuduure daande, Lui qui a une plaie au cou,
Mo yolnde tiinde, Qui a une entrée au front,
Mo labbe damarje, Qui a de petites lances,
A semti mi haaraay ! » Il a eu honte que je n’aie pas assez mangé ! »
Mhm ! Mhm !
Ɓe naastini mo, um, hum, fayannde. Ils l’ont mis dans, euh, euh, un récipient en terre.
Mhm ! Mhm !
Suppi pat, timmini, wurtii. Il a tout picoré, il a tout mangé et il est sorti.
(Kaay !) (Kaay !)
Mhm ! Mhm !
(Kuugal na waɗi) (Ça c’est du boulot8 !)
« Wudaalo, Wudaalo ! [CHANT de l’oiseau] Wudaalo, Wudaalo !
Mo huuduure daande, Lui qui a une plaie au cou,
Mo yolnde tiinde, Qui a une entrée au front,
Mo labbe damarje, Qui a de petites lances,
Semti mi haaraay ! » Il a eu honte que je n’aie pas assez mangé ! »
« Daada am nanii na, [CHANT du garçon] « Ma mère écoute,
Baaba am nanii na, Mon père, écoute,
Ko colel wi’atammi, Ce que me dit l’oiseau,
Collalel ladde. Le petit oiseau de brousse.
Wudaalo, Wudaalo, Wudaalo, Wudaalo !
Mo huuduure daande, Lui qui a une plaie au cou,
Mo yolnde tiinde, Qui a une entrée au front,
Mo labbe damarje, Qui a de petites lances,
A semti mi haaraay ! » Il a eu honte que je n’aie pas assez mangé ! »
Ɓe naastini mo beembal. On le fait entrer dans le grenier.
Mhm ! Mhm !
Sonndu suppi pat, timmini wurtii ! L’oiseau a tout picoré, il a tout mangé et il est sorti !
« Wudaalo, Wudaalo ! [CHANT de l’oiseau] « Wudaalo, Wudaalo !
Mo huuduure daande, Lui qui a une plaie au cou,
Mo yolnde tiinde, Qui a une entrée au front,
Mo labbe damarje, Qui a de petites lances,
Semti mi haaraay ! » Il a eu honte que je n’aie pas assez mangé !
« Daada am nanii na, [CHANT de l’enfant] « Ma mère écoute,
Baaba am nanii na, Mon père, écoute,
Ko colel wi’atammi, Ce que me dit l’oiseau,
Collalel ladde. Le petit oiseau de brousse.
Wudaalo, Wudaalo ! Wudaalo, Wudaalo !
Mo huuduure daande, Lui qui a une plaie au cou,
Mo yolnde tiinde, Qui a une entrée au front,
Mo labbe damarje, Qui a de petites lances,
A semti mi haaraay ! » Il a eu honte que je n’aie pas assez mangé ! »
Mhm ! Mhm !
Ɓe naastini mo ngaska gawri, ɓe ufti. Ils le font entrer dans le silo à grain, ils le déterrent9.
Sonndu naasti suppi pat timmini, wurti ! L’oiseau y est entré, il a tout picoré, il a tout mangé et il est sorti !
Mhm ! Mhm !
« Wudaalo, Wudaalo ! [CHANT de l’oiseau] « Wudaalo, Wudaalo !
Mo huuduure daande, Lui qui a une plaie au cou,
Mo yolnde tiinde, Qui a une entrée au front,
Mo labbe damarje, Qui a de petites lances,
Semti mi haaraay ! » Il a eu honte que je n’aie pas assez mangé ! »
« Daada am nanii na, [CHANT de l’enfant] « Ma mère écoute,
Baaba am nanii na, Mon père, écoute,
Ko colel wi’atammi, Ce que me dit l’oiseau,
Collalel ladde. Le petit oiseau de brousse.
Wudaalo, Wudaalo ! Wudaalo, Wudaalo !
Mo huuduure daande, Lui qui a une plaie au cou,
Mo yolnde tiinde, Qui a une entrée au front,
Mo labbe damarje, Qui a de petites lances,
A semti mi haaraay ! » Il a eu honte que je n’aie pas assez mangé ! »
Mhm ! Mhm !
O wi’i : « Jonta kam, min timmi, [L’enfant] dit : « Maintenant, nous sommes fichus,
sey na’i amin lutti. » il ne [nous] reste plus que nos vaches. »
Moɗi na’i goo fuu. [L’oiseau] avala toutes les vaches en question.
Hmm ! Hmm !
Kadi boo : De nouveau :
« Wudaalo, Wudaalo ! [CHANT de l’oiseau] « Wudaalo, Wudaalo !
Mo huuduure daande, Lui qui a une plaie au cou,
Mo yolnde tiinde, Qui a une entrée au front,
Mo labbe damarje, Qui a de petites lances,
A semti mi haaraay ! » Il a eu honte que je n’aie pas assez mangé ! »
O wi’i : [L’enfant] dit :
« Daada am nanii na, [CHANT de l’enfant] « Ma mère écoute,
Baaba am nanii na, Mon père, écoute,
Ko colel wi’atammi, Ce que me dit l’oiseau,
collalel ladde. Le petit oiseau de brousse.
Wudaalo, Wudaalo ! Wudaalo, Wudaalo !
Mo huuduure daande, Lui qui a une plaie au cou,
Mo yolnde tiinde, Qui a une entrée au front,
Mo labbe damarje, Qui a de petites lances,
A semti mi haaraay ! » Il a eu honte que je n’aie pas assez mangé ! »
O wi’i : « Jonta kam, [L’enfant] dit : « Désormais,
sey minin lutti bee baaba am bee daada am. » il ne reste plus que moi, mon père et ma mère. »
O wi’i : « Janngo, taa meetu ! » [L’oiseau] dit : « La prochaine fois, ne recommence pas ! »
O tuuti kuuje maɓɓe goo pat, L’oiseau régurgita tous leurs biens,
koo gawri dubbe unordu. même le mil autour du mortier.
O wi’i : « To a tawi sonndu ɗon suppa e nyaande mum, [L’oiseau] dit : « Si tu trouves un oiseau qui picore dans sa bale,
accu suppa ! laisse-le picorer.
Mhm ! Mhm !
A anndi no reedu mum foti na ? » Connais-tu la contenance de son ventre10 ? »
(Rires) (Rires)
Takkaande bojel ! Takkaande bojel11 !
(Sakko mbi’aa a jogotoo na ?) (Et tu dirais que tu vas t’occuper de lui12 ?)
(Rires) (Rire)

Corpus inédit, © Copyright Henry Tourneux

 


 

Notes:

1  Un homme de l’assistance rappelle à la conteuse le titre du prochain conte qu’elle a promis.

2  La conteuse se remémore une phrase caractéristique du conte, et une personne de l’assistance dit la suivante.

3  Ayyee : exclamation marquant la pitié.

4  Idéophone formellement apparenté à une racine verbale tchadique *fr.

5  Littéralement : « n’as[-tu] pas entendu ? »

6   Forme poétique pour collel « petit oiseau »

7  L’enfant répète le chant de l’oiseau.

8  Commentaire d’une auditrice.

9 Autrefois, on creusait de profonds silos à grain dans la terre, et on les rebouchait soigneusement.

10  L’oiseau conseille à l’enfant de laisser les oiseaux picorer comme ils ont l’habitude de le faire, sans leur proposer quoi que ce soit d’autre, au risque de se retrouver ruiné.

11  Formule conclusive.

12  Commentaire d’une personne de l’auditoire.

Nnanga Kôn / Le Revenant Albinos

 

 

Nnanga Kôn / Le Revenant Albinos

de Jean-L. Njemba Medu

[Jean-Louis Njemba Medou]

 

 

Mots-clés

bulu, Cameroun — écriture littéraire, roman — village, traditions; mort; guerre, évangélisation

Contexte

Jean-Louis Njemba Medou, 1902-1966, était instituteur auprès des missionnaires de l’église presbytérienne américaine installée à Ebolowa (sud du Cameroun). Il devient ensuite fonctionnaire de l’Enseignement public et occupe souvent le poste de directeur d’école. Affecté à la direction de l’enseignement, il est envoyé en 1952 à l’École normale supérieure de Saint-Cloud (France) pour un stage pédagogique. Après un accident de la circulation en 1957, ne pouvant plus garder longtemps la station debout qu’exige le métier d’enseignant, il change de corps de métier. Il est nommé Secrétaire d’administration en 1964. Il termine sa carrière en tant que deuxième adjoint préfectoral à Bafia. Atteint d’hypertension et épuisé, il meurt le 22 janvier 1966.

Le roman, paru en 1939, réfère à l’arrivée d’un missionnaire blanc en pays bulu, Adolph Clemens Good (1856-1894), le 8 septembre 1893. Son apparence effrayante de fantôme aux cheveux de barbe de maïs lui valut le pseudonyme de Nnanga Kôn « Le Revenant Albinos », d’où le titre du roman. On l’appellera plus tard Ngôtô Zambe « Rançon de Dieu », i.e. celui qui vient racheter le peuple de Dieu en versant son sang.

 

 

Descriptif de l’œuvre

La première page de couverture mentionne: « Kalate Nnanga Kôn A ne Jean L. Njemba Medu A nga Tili. Samuel BIEN a nga ko Bikanga [L’histoire de Nnanga Kôn telle que Jean-L. Njemba Medu l’a écrite. Les illustrations sont de Samuel BIEN] ». Le lieu d’édition n’est pas indiqué sur cette page. La quatrième de couverture est vide.

Le roman s’ouvre sur un appel tambouriné invitant les hommes à la chasse au filet.

Le village Monezula mène une vie tranquille. Ses habitants vaquent à leurs occupations. Le partage du gibier qui se fait suivant une tradition bien établie donne à chacun des participants ce qui lui revient. Si les travaux des champs occupent les Bulu pendant la journée, les après-midi sont réservés aux activités sportives pour les jeunes gens, avant le repas du soir dans la case du lignage. Puis s’enchaîne le temps des causeries familiales, des devinettes, proverbes, contes, légendes et d’autres récits. Les soirées au clair de lune sont particulièrement appréciées. Les compétitions de lutte appartiennent à ces moments où les jeunes Bulu de Monezula savent rivaliser avec leurs voisins les Fang. L’observation des malheurs entravant la vie villageoise appelle aussitôt le rite de purification, cérémonie parmi tant d’autres qui régulent cette communauté, pour assainir l’espace où vit la population.

Dans ce village où les rapports sont amicaux et pacifiques, voici qu’un soir, alors que la causerie battait son plein, le tam-tam de la lance, qui appelle les Bulu à la guerre se met à crépiter annonçant l’arrivée d’un albinos fantôme Nnanga Kôn dans la contrée. Le décès d’Éla Mvondo, patriarche du lignage, introduit le lecteur aux cérémonies et pratiques autour du deuil d’un grand homme. Des esclaves et des veuves, dont Angoneman, doivent être exécutés, afin d’accompagner le maître au pays des ancêtres. C’est ce moment que choisit Nnanga Kôn pour apparaître brusquement dans le village. Il sauve Angoneman d’une mort certaine. Cette dernière accepte de le suivre vers la côte où il vit avec sa famille. Les Bulu s’organisent pour aller récupérer cette femme qui revient de droit au successeur d’Éla Mvondo, Mvondo Éla.

Le roman se termine sur la conversion d’Angoneman et de son mari, Mvondo Éla.

Références

    • Traduction anglaise:

Le livre a connu quatre éditions:

— Août 1939  2000 ex.

— Juillet 1953 5000 ex.

— Juin 1976   3000 ex.

— Juin 1986   3000 ex.

L’édition de 1986 est augmentée d’un texte d’ÉBÔ’Ô ONDUA, Léa [veuve de Njemba Medou], Mimboan a mefulu ya me melu kôa: kalate mame ya melu mvus [Pratiques, coutumes d’autrefois: livre sur la vie d’antan].

 

    • Traduction:

Une traduction française (FAME NDONGO, Jacques, 1998).

 

    • Réécriture:

Une réécriture en roman poétique par Rachel Efoua Zengue en version bilingue (EFOUA ZENGUE, Rachel, 2005).

Bibliographie

    • ABOMO-MAURIN, Marie-Rose, 2017, « Production littéraire écrite en langues camerounaises: une carence problématique » in: BAMGARDT, Ursula (dir.), Littératures en langues africaines. Production et diffusion, Paris, Karthala, pp. 185-197.
    • ABOMO-MAURIN, Marie-Rose, 2006, « Nnanga Kon [L’abinos blanc] de Jean-Louis Njemba Medou (boulou, 1932): un roman unique », in Xavier Garnier et Alain Ricard (dir), 2006, L’effet roman: arrivée du roman dans les langues d’Afrique, Paris, L’Harmattan-Université Paris 13, pp. 75-90.
    • ANONYME, 1954, Esquisses des vies des missionnaires, Elat-Ebolowa, HMP.
    • ATANGANA, Karl, und MESSI, Paul, 1919, Jaunde-Texte, Hamburg, L. Friederrichsen & Co.
    • CRIAUD, Jean, 1990, La Geste des Spiritains: Histoire de l’Eglise au Cameroun, 1916-1990, Yaoundé, Imprimerie St-Paul.
    • EFOUA ZENGUE, Rachel, 2005, Jean-Louis Njemba Medou, Nnanga Kôn en poésie, roman poétique, Yaoundé, Clé. [Édition bilingue bulu/français].
    • ENGON AVEBE, Jacob, 1979, Kañete ya ényiñ Abate Mesi’i Markus, minkana, metiñ mé a bifia bi fek, Elat-Ebolowa, HMP.
    • FAME NDONGO, Jacques, 1989, Jean-Louis Njemba Medou, Nnanga Kôn. Récit traduit par… Yaoundé, Sopecam.
    • LAVERDIÈRE, Lucien, 1987, L’Africain et le missionnaire (l’image du missionnaire dans la littérature africaine d’expression française), essai de sociologie littéraire, Montréal, Éditions Bellarmin.
    • NJEMBA MEDOU, Jean-Louis, 1939, Nnanga Kôn, Elat-Ebolowa, HMP.
    • ONDOUA ENGUTU, 1954, Dulu bon be Afri Kara, Elat-Ebolowa, HMP. [Traduit par Marie-Rose Abomo-Maurin, 2012, Les Pérégrinations des descendants d’Afri Kara, Paris, OIF-L’Harmattan]
    • PHILOMBE, RENÉ, 1984, Le Livre camerounais et ses auteurs, Yaoundé, Semences Africaines.
    • TANG, Alice Delphine, 2014, Dom Juan en langue bassa /Dom Juan ni hob Bassa, Ngobel kaat i Molière ni hob bassa, Paris, L’Harmattan.

 

 


 

Nnanga Kôn

Le Revenant Albinos

 

Extrait

Étun VIII [Chapitre VIII], pp. 22-23

 

 

— Nde ñhe me nga bulan ke jome jôm be nga bo je zô’é; a zu koé na, aval môt étam e tele, ba benya bôtô; môt m’ajô nye nyô, te yeme yeme avale jôm a funane de; éyoñ me nga sili bôt be nga to valé, ane be nga yalane me na: ‘‘Ane Nnanga Kôn.’’

— Alors, je suis revenu sur mes pas pour comprendre la raison des clameurs que j’ai entendues. Je trouvai un homme étrange au milieu des adultes; l’homme dont je vous parle, il m’est difficile de vous dire à quoi il ressemblait vraiment. Et quand j’interrogeai ceux qui étaient autour de lui, ils me répondirent: “C’est le Revenant Albinos.”

— Nyôl é to to nye aya? Éla a sili.

— Comment est sa peau? demanda Éla.

— Nyôl é to nye ne fuummm! Ve ane w’abo ô yenek vôm môt a te mane wobane fem nyô. A taté mekul mebo, a kui asu. Esil ya nlô ve ane zele fôn, mis me vika’a ngebane nye nlô ane mis me ayañ. A be’e bitôp nkuk a be’e fe ji évok étota’ane mebo mebaane; mebo me to nye ñyalane a évindi jôm. Ane yôp e nga bialé bi nji tame yene avale môt ete!

— Sa peau est toute blanche! Comme lorsqu’on a plongé dans de la chaux. Depuis les pieds jusqu’à son visage. Ses cheveux ressemblaient à la barbe de maïs et ses yeux scintillaient comme ceux du serpent vert. Son torse était couvert de tissu, alors qu’un autre couvrait ses deux pieds. Ses pieds étaient protégés par un objet noir. Depuis la création du monde, nous n’avons jamais rencontré un tel être humain.

— Ye a kobo fo’o?

— Est-ce qu’il parle quand même?

— A kobo, ve jame da, bi te tu’a wô’ô mejô a jô; nkobô wé ô funa’ane nkobô fañ.

— Il parle, mais nous ne saisissons pas très bien le sens de ses paroles; on dirait qu’il parle fang.

— Môt ate a ne fo’o ve “Kôn”: te yene a ne bo jôm éfe?

— Cet homme est vraiment un « revenant »; il ne peut en être autrement!

— […] A kobô kobô z’avale mejôô?

— […] De quoi parle-t-il au fait?

— A kobô mejô m’awu a mejô m’ényiñ. A tote fe Zambe Nyamebe’e; ve jame da, b’ajô na, a ve bôt bitôp a nku bekôn ».

— Ce qu’il dit se rapporte à la mort et à la vie. Il évoque Dieu le Créateur; mais on raconte qu’il distribue des étoffes et du sel des revenants ».

Marie-Rose ABOMO-MAURIN