Ntalen jula — Contes dioula

 

 

Ntalen jula – Contes dioula

 

 

Mots-clés:
mandingue, dioula — oralité, textes narratifs, contes — coépouses, fratrie, orphelin, sorcier, animaux
Éditeur scientifique:
Marie-José Derive

 

Production du corpus:
Conteuses: Matulen Barro, Masogona Barro, Mamagangan Barro, Mawa Coulibaly
Conteurs: Baladyi Barro, Fakari Barro, Diabagaté Bassounkari
Édition du corpus:
Collecte: contes enregistrés entre 1974 et 1977 à Kong (Côte d’Ivoire) par Marie-José Derive et Jean Derive.
Transcription: Balemori Barro, Marie-José Derive.
Traduction: Marie-José Derive


Descriptif:
Ce recueil de 185 pages est précédé d’une introduction sur les contes et le contage (pp. 9-11), ainsi que d’une note sur la transcription et sur la traduction (pp. 12-17). Des notes infrapaginales donnent des informations linguistiques et ethnolinguistiques utiles à la compréhension des contes.

 

Référence de l’œuvre:
DERIVE, Jean & DERIVE, Marie-Jo, 1980, Ntalen jula. Contes dioula, Abidian, CEDA, Collection bilingue, 185 p.


Bibliographie

    • DERIVE, Jean, 1987, Le fonctionnement sociologique de la littérature orale: l’exemple des Dioula de Kong,collection “Sciences Humaines”, série “Arhiveset documents”, Paris, Institut d’Ethnologie.

 

 

Ntalen jula — Contes dioula
Extrait
« Les trois prétendants rivaux » (pp. 18-23)

 

 

[…] Súnguru dɔ́ lè tì̀ bɛ́ yèn […], à cɛ́ á nyì. Kánbele bɛ́ à fɛ̀ kínda sàwa lá. Lá dɔ́ rá à le kánbele sàwa kà wíri kó àri yé tága Kumasi. Á kà tó kélen mà: ní í kà sé sípɛ mín sí má yé, é yé dɔ́ sàn ń yé. Kà à fɔ́ tɔ̀ ́ kélen yé: ní í kà sé súliye mín sí má yé, é yé dɔ́ sàn ń yé. Kà tó kélen mà: ní í kà sé dùgalen mín sí má yé, é yé dɔ́ sàn ń yé.

[…] Il était une fois une jeune fille […] très belle. Elle avait un prétendant dans trois quartiers différents.  Un jour, les trois jeunes hommes se mirent en route en disant qu’ils partaient à Koumassi. Elle dit au premier: « si tu trouves une sorte de «sipè»[1] très rare, achètes-en pour moi » et elle demanda à l’autre: « si tu trouves des souliers très rares, achète-les pour moi » et au troisième elle demanda: « si tu vois une sorte de miroir très rare, achète-le pour moi ».

Kánbele sàwa kà tága Kumasi. Àri séra, àri byɛ́ kà àri tá sànnin fén sàn. Dùgalentigi kà à dùgalen fɛ́rɛ òle rá kà à yé súnguru sàra òle rá. Sípɛtigi ò kà tó: é né dò kɛ́ dì kà sé Kpɔn ? Súlyetigi kà à súlye tà òle rá kà à dí sípɛtigi mà. Sípɛtigikà sèn gbànya  kélen kɛ́ kà sé Kpɔn kà tága súnguru lánin yé. Àri má sù dòn bá. À kà sípɛ sí òle rá. Súnguru kà tìsew (…) kà wíri.  Ò mɔ̀gɔ sàwa, álori tá fɔ́ rá túgu , jùman lè kà súnguru  kúnun ? […]

Les trois jeunes hommes sont partis à Koumassi. Une fois arrivés, ils ont chacun fait leurs achats. Celui qui avait le miroir a vu grâce à celui-ci que la jeune fille était décédée au village. Celui qui avait le « sipè » a déclaré: « Hé, comment pourrais-je faire pour parvenir à Kong ? ». Celui qui avait les souliers les a pris et les a donnés à celui qui avait le médicament. Le possesseur du sipè, d’un seul pas, est arrivé à Kong et a vu la jeune fille étendue. On n’avait pas encore enterré son cadavre. Il a frotté le médicament sur elle et l’a étalé près de son nez. La jeune fille a éternué (…), s’est  levée. A votre avis lequel de ces trois hommes a ressuscité la jeune fille ? […]

[1]    Médicament traditionnel.

Kanuya Wale — Un acte d’amour

 

 

Kanuya Wale — Un acte d’amour1
de Samba Niaré

 

 

Mots-clés:
mandingue, bambara, écriture littéraire, roman, Mali, critique sociale, corruption, mariage.
Contexte:
Samba Niaré a été assisté par Thera Job qui l’a aidé à mettre en forme son texte en bambara. En effet, bien que de langue maternelle bambara, l’auteur a préféré écrire d’abord son roman en français — langue dans laquelle il a des repères pour ce genre, avant de le transposer en bambara pour la version définitive.
Le mot « roman » ne figure ni sur la couverture ni sur la quatrième. Il apparaît seulement sur la page de garde à l’occasion d’une brève biographie de l’auteur où on nous précise que « Kanuya Wale (Un acte d’amour) est son premier roman ». Aucun mot bambara n’est par ailleurs proposé pour désigner le genre.

 

Note :        Le titre français figure sur la couverture de l’ouvrage.

 

 

 

Résumé:


Le roman, qui entremêle plusieurs histoires en trois volumes, est un prétexte pour aborder les questions des mariages arrangés, de la polygamie, de la stérilité, du sida, de la corruption des villes, de l’exploitation des petites bonnes, de l’éducation des filles, questions de société ardemment débattues au Mali.
Un bref résumé du roman, volume par volume, est proposé par l’auteur en bambara et en traduction française sur la quatrième de couverture de chacun des tomes.

 

a) Kanuya Wale I, ye dennin dɔ ka maana ye, min furula k’a sɔrɔ a ma wolo. A fa banna ka kundi. A ba ma den wɛrɛ bange a kelen kɔ, o y’a tɔgɔ da Dajuru.
Kanuya Wale I (un acte d’Amour) raconte l’histoire d’une jeune fille mariée avant sa naissance. Son père refuse de lui donner un nom. Sa mère, dont elle est l’unique enfant, l’appelle Dajuru (la parole donnée).

 

b) Kanuya Wale II, sinsinnen bɛ togodala mɔgɔw ka diɲɛlatigɛ kan. Olu min bɛ taa-ni-ka-segin banbali la duguba n’u ka yɔrɔ cɛ, u dahirimɛ ɲininni na, i n’a fɔ parantikɛ Seriba.
Kanuya Wale II évoque également une tranche de vie, celle d’un milieu rural à la recherche du minimum vital dans un incessant va-et-vient, symbolisé par Sériba, un jeune garçon déscolarisé qui exerce le métier tant honni d’apprenti chauffeur, paantikè.

 

c) Kanuya Wale III, kɔnɔ, a bɛ dɔn ko donseteliyabana taara ni Mamuru ye; a muso Fata banna ka firiyafini ta.
Kanuya Wale III montre enfin la réticence d’une femme à porter la repoussante tenue de veuvage, pourtant bleue ! (Firiyato).

 

Référence de l’œuvre:
Le roman est publié par la Société Malienne d’Edition, Bamako en 1996, en 3 volumes respectivement de 55, 56 et 52 pages, intitulés: Kanuya Wale I (avec pour sous-titre Dajuru); Kanuya Wale II (sous-titre Parantikɛ), Kanuya Wale III (sous-titre Firiyatow, [les veuves]).


Bibliographie

    • DERIVE, Jean, 2006, Le parcours sinueux d’un roman bambara: « Kanuya Wale [Un acte d’amour] de Samba Niaré (1996) » in GARNIER, Xavier, RICARD, Alain (eds.), L’effet roman: l’arrivée du roman dans les langues d’Afrique, Paris, Karthala, pp. 265-286.

 

 

 

Kanuya Wale — Un acte d’amour
Extrait
Première page du roman.

L’auteur ne note pas les tons

 


Bajɛ wolodugu man jandugubala. I k’a don, dugubakɔnɔmɔgɔw y’u dia. Mansimafɛn camande b’u bolo. I dan ye ka bitɔnnindɔ digi, yeelen bɛ sin ka du kɛnɛ n’a boya bɛɛ minɛ.
Sokɔnɔna fana bɛ o cogo kelen na. I mana segin k’o bitɔn kelendigi, dibi bɛ segin a nɔ na o yɔrɔ bɛɛ.
Bajɛ ninnu ka dugu la, fitinɛwde bɛ tugu sow kɔnɔ. A dɔw faratika bon kosɛbɛ. Bajɛ man’a sigi k’a miiri duguba bitɔnnin n’a yeelen na ka fitinɛ ninnu filɛ, a dabali bɛ ban. A tɛ dan si sɔrɔ o la.
Dafɛdugu tɛ u ka dugu laminina Bajɛ ma don min na.Tuma kelen-kelen, Bajɛ ka dugutagaw senfɛ a kulu yɛlɛnto mana sɛgɛn, a b’i jɔ k’a ɲɛ fili duguba kan. A bɛ to kulu sanfɛ ka duguba fɛnsɛnnen ye a senkɔrɔ i ko sankolo dabirilen. A be yeelenw tomi-tomitɔ ye i ko doolow bɛ sanfɛ cogomin.
Bajɛ mana fa dugu filɛli la, a bɛ kaariba tu k’a ɲɛsin duguba ma, ka nɛgɛso ta ka sira minɛ. Nɛgɛso in tun ye faciyen ye.

 

 


Traduction de l’extrait
par Jean Derive

 


Le village natal de Badjè n’est pas loin de la grande ville. Tu sais, les gens de la ville ont la vie belle. Ils disposent de beaucoup de confort. Il te suffit d’appuyer sur un petit bouton, la lumière éclaire aussitôt la cour, si grande soit-elle.
A l’intérieur de la maison, c’est la même chose. Au cas où tu retournes appuyer sur ce bouton, l’obscurité revient remplacer partout la lumière.
Au village de ce Badjè, ce sont les lampes à huile qu’on allume dans les maisons. Le danger de ce genre de lampes est très grand. Si Badjè se met à penser au petit bouton de la ville et à sa lumière, par comparaison à ces petites lampes à huile, leur magie pense-t-il est infinie. Il la trouve extraordinaire.
Il n’y a pas de village des alentours où Badjè ne soit entré. De temps en temps au cours de ses promenades à pied dans les villages, s’il en vient à peiner en gravissant la montagne, il s’arrête pour jeter un coup d’œil sur la ville. Il reste au sommet pour la voir étendue à se pieds comme un ciel renversé. Il voit les lumières en points minuscules come sont les étoiles dans le ciel.
Pour ce qui concerne le village paternel de Badjè, il n’est pas du tout situé du côté de la ville, il doit y aller à bicyclette. Cette bicyclette était un héritage paternel.

La prise de Dionkoloni

 

La prise de Dionkoloni

Classiques africains

 

 

 

Mots-clés:
mandingue, bambara, oralité, épopée, griot, royaume de Ségou, Da Monzon
Éditeurs scientifiques:
Gérard Dumestre et Lilyan Kesteloot, avec la collaboration de Jean-Baptiste Traoré
Production du corpus:
Sissoko Kabinè, griot (jèli en bamanakan), disciple de Ban Zoumana, le plus célèbre griot du Mali de l’Indépendance.
Édition du corpus:
Collecte: Lilyan Kesteloot
Transcription: Gérard Dumestre et Jean-Baptiste Traoré
Traduction: Gérard Dumestre, Amadou Traoré et Jean-Baptiste Traoré

 

 

 

Descriptif:


Relation d’un épisode du royaume de Ségou (XVIIIe siècle) sous le règne de Da Monzon où la ville de Dionkoloni, qui défie le pouvoir central, est finalement prise par le héros peul Silamakan, qui, parce qu’il a défié le roi, sera finalement défait à son tour par traîtrise.
Le texte a été enregistré par Lilyan Kesteloot en 1968 à Bamako. Il a été publié en 1975 dans la collection « Classiques Africains » (n° 16) diffusée à l’époque par Armand Colin.
Volume de 183 pages comprenant une introduction présentant l’empire de Ségou, le griot et son style, des considérations sur le système de transcription, le récit épique en version bilingue annoté et commenté, une bibliographie. Ce fragment épique appartient à une geste plus vaste qui comprend un ensemble de récits tous relatifs au royaume bambara de Ségou. Son exécution orale par Sissoko Kabinè a été en l’occurrence sollicitée par Lilyan Kesteloot. Elle s’est donc déroulée dans des conditions artificielles, en dehors de l’auditoire naturel de l’épopée. La performance obéit cependant, d’après les informations données dans l’introduction, aux règles d’énonciation propres au genre: le griot a déclamé l’épopée selon une diction particulière à ce type d’énoncé (voix de tête, débit rapide) en s’accompagnant de sa kóra (harpe-luth à cordes), selon des séquences prosodiques qui ont conduit les éditeurs du recueil à la présenter sous forme versifiée, la versification n’étant pas en l’occurrence entendue comme une suite d’unités isométriques, mais plutôt comme un enchaînement d’unités inégales entretenant entre elles des rapports de symétrie.

 

Référence de l’ouvrage:
DUMESTRE, Gérard, KESTELOOT, Lilyan, 1975, [avec la collaboration de TRAORE, Jean-Baptiste], La Prise de Dionkoloni : épisode de l’épopée bambara, raconté par Sissoko Kabinè, Paris, Armand Colin, « Classiques africains n° 16 », 183 p.

 

Bibliographie

  • DERIVE, Jean, 1997, « Eléments de poétique de l’épopée manding », in LÉTOUBLON, Françoise (ed.), Hommage à Milman Parry. Le style formulaire de l’épopée homérique et la théorie de l’oralité poétique, Amsterdam, Gieben, pp. 369-377.
  • DERIVE, Jean, 2012, L’Art du verbe dans l’oralité africaine, Paris, L’Harmattan, collection « Oralités », 224 p. [voir surout le chapitre 4 (pp. 99-142): « Poétique des genres. L’exemple de l’épopée mandingue »].
  • DUMESTRE, Gérard, 1998, « L’accentuation d’un texte épique bambara: le cas des « Trois Amadou » de Bakoroba Koné » [Colloque de l’African Studies Association, 1989], in VYDRINE, Valentin & KIBRIK, Andrej (eds), pp. 221-236.
  • JANSEN, Jan, 2001, Epopée, histoire, société. Le cas de Soundjata. Mali et Guinée, Paris, Karthala, 307 p.
  • KESTELOOT, Lilyan, 2010, [avec la collaboration de TRAORÉ, Amadou et TRAORÉ, Jean-Baptiste], L’épopée bambara de Ségou, Paris, Orizons, 328 p.
  • VYDRINE, Valentin & KIBRIK, Andrej (éds), 1998, Les Peuls. Recueil d’articles dédiés à Antonina Koval, St. Petersbourg, Moscou, Evropejskij Dom, 358 p. [bilingue russe français].

 

 

La Prise de Dionkoloni
Extrait
(Incipit — pp.38-39)

 

 

 

à bé Jɔnkolonin wéle

Je chante ici l’histoire de Dionkoloni !

à bé Mariheri wéle Jɔnkolonin

Je chante Marihéri de Dionkoloni !

à bé Kɔlɔnjugujiri wéle Jɔnkolonin

Je chante Kolondiougoudyiri de Dionkoloni !

à bé Cɛkɔrɔbabugɔnci wéle Jɔnkolonin

Je chante Tièkoroba Bougondyi de Dionkoloni !

à bé Nturanin Farinman wéle Jɔnkolonin

Je chante Ntourani Fariman de Dionkoloni !

à bé Nkilinti Nkɔlɔntɔ wéle ò tùn bé Jɔnkolonin

Je chante Nkilindi Nkolondo de Dionkoloni !

Mariheri tùn yémàsakɛ yé Jɔnkolonin

Marihéri régnait à Dionkoloni.

nì mínw tɔ́gɔ fɔ́len yé nìn yé

Ceux qu’on vient de nommer,

òlu tùn yé à ká cɛ̀ fárinw yé

ceux-là même étaient ses preux.

nìn mɔ̀gɔ kélen kélen bɛ́ɛ tùn yé sé mɔ̀gɔ kɛ̀mɛ ná Jɔnkolonin kɔ́nɔ

Chacun à lui seul pouvait vaincre cent hommes.

ɔ̀ npári tùn bé fɔ́ òlu dè yé Jɔnkolonin kɔ́nɔ

C’est pour eux qu’on jouait le mpari[1] à Donkoloni ;

ù kó póyi ní páyi

ils disaient : poyi et payi,

nɛ̀gɛ sɛ̀ngɛrɛn dɔ́ bé à jí mìn

la bouillie de fer, qui en boit le jus

ò tɛ́ à nyàga nyími

n’en mangera pas la pâte,

nyàganyími Nsan àni nyàganyími Nsan

l’un mange le résidu, l’autre boit le jus,

Nsan kùnba àni Nsan dába

l’un est une forte tête, l’autre est une grande gueule !

 

Notes:

[1] Le mpari est une sorte de jeu de dames. Autrefois, avant un combat, il était d’usage de faire une partie de mpari.

Des hommes et des bêtes. Chants de chasseurs mandingues

 

 

Des hommes et des bêtes. Chants de chasseurs mandingues

 

Classiques africains

 

 

 

Mots-clés:
mandingue, bambara, oralité, chants, récits, chasseurs


Éditeurs scientifiques de l’ouvrage:
Jean Derive et Gérard Dumestre


Production du corpus:
Récits de chasseurs:
– Karamogo Doumbia (dònsomaana 1: Manou Mori);
– Dyimba Diakité (dònsomaana 2: Dakouda);
– Dyoma Moussa Sangaré (dònsomaana 3: Dyifinbamba).
Chants de chasseurs de Kong (narratifs):
Ba Yegi Ouattara et Tidyani Traoré (dàndaga dɔ̀nkiri et kóngokiri).
Manou Mori et la Montagne-qui-prend-les-mariées a été interprété à Kanbiasso en 1975 dans le Kabadougou (Côte d’Ivoire). Dakouda a été interprété en 1979 à Bala (Mali). Dyifinbamba a été interprété en 1994 à Nyagassola (Préfecture de Siguiri, Guinée). Les chants de chasseurs, dàndagadɔnkiri et kóngokiri, ont été interprétés à Kong (sous-préfecture de Côte d’Ivoire) entre 1975 et 1979.


Édition du corpus:
Collecte: Marie-José Derive (Manou Mori); Brahima Camara (Dakouda), Ansoumane Camara (Dyifinbamba), Jean Derive (chants de chasseurs de Kong).
Transcription: Marie-José Derive (Manou Mori) Brahima Camara (Dakouda), Ansoumane Camara (Dyifinbamba), Balemori Barro et Jean Derive (chants de chasseurs de Kong). Les transcriptions ont été revues par Gérard Dumestre.
Traduction: Marie-José Derive (Manou Mori), Brahima Camara (Dakouda), Ansoumane Camara (Dyifinbamba), Jean Derive (chants de chasseurs de Kong). Les traductions ont été revues par Jean Derive et Gérard Dumestre.

 

 

Descriptif:


Ensemble de récits de chasseurs (appelés aussi couramment « chants de chasseurs », même si tous ne sont pas chantés). Les œuvres appartenant à ce genre oral sont appelées dans les parlers mandingues dònsomaana [récits de chasseur] ou dònsodɔnkili [chant de chasseur] ou encore dàndagadɔnkili (dàndaga étant le nom donné au chasseur dans certains dialectes dioula). Ils ont été interprétés par différents sérewa (appelés aussi sóra au Mali ou dònsongɔnifɔla [joueur du ngɔ̀ni des chasseurs] au Manding oriental), tous noms qu’on donne aux artistes spécialisés dans l’interprétation de ce genre au Manding.
Ce volume de 281 pages comprend une série de textes (récits et chants) en version bilingue bambara, dioula malinké/français. Ils sont précédés d’une introduction générale de 53 pages présentant le genre des récits de chasseurs leurs interprètes et leurs conditions de collecte ainsi que les particularités dialectales des différents parlers, plus des introductions spécifiques à chaque type d’énoncé.
Le premier récit relate le combat d’un chasseur légendaire, Manu Mori, avec un génie qui loge dans une montagne et qui emprisonne les nouvelles mariées que Manu Mori finira par délivrer en anéantissant le génie. Le second récit relate un épisode d’une geste qui en comprend 44 où l’on voit l’avènement d’un héros chasseur. Le troisième récit raconte l’affrontement en un crocodile génie et d’un autre héros chasseur Santien et Karotien. Quant aux chants plus brefs qui suivent, ils se rapportent tous à divers épisodes de chasse. L’exécution des récits de chasseurs a été sollicitée par les collecteurs. Les chants de chasseurs de Kong ont quant à eux été recueillis dans des conditions naturelles sans sollicitation préalable.

 

Référence de l’ouvrage:
DERIVE, Jean et DUMESTRE, Gérard, 1999, Des hommes et des bêtes. Chants de chasseurs mandingues, Paris, Classiques africains, 281 p. [diffusé par Karthala]


Bibliographie

  • BIRD Charles, « Heroic Songs of the Mande Hunters », African Folklore (R. M. Dorson, ed.), New-York, Anchor books, 1972, pp. 275-295 et 441-477.
  • BIRD Charles, Keita Mamadou, Sumaoro Bourama, Kante M., The Songs of Seydou Camara: “Kanbili”, vol. 1, African Studies Center, Indiana University, Bloomington, 1974, xiii + 120 p.
  • CAMARA Brahima, Jägerliteratur in Manden, Bayreuth, Schultz & Stellmacher, 1998, viii + 285 p.
  • CISSÉ Youssouf Tata, Notes sur les sociétés de chasseurs malinké, Journal de la Société des Aricanistes, XXXIV, 2, 1964, pp.175-226.
  • CISSÉ, Youssouf Tata, La confrérie des chasseurs malinké et bambara, mythes, rites et récits initiatiques, Paris, Editions Nouvelles du Sud-ACCT, 1994, 391 p.
  • COULIBALY Dosseh Joseph et GÖRÖG-KARADY Veronika, Récits de chasseurs du Mali, Paris, edicef, CILF, 1985, XXXX.
  • DERIVE Marie-José, « Bamori et Kowulen, chant de chasseurs de la region d’Odienné », Recueil de littérature manding, ACCT, 1980, pp. 74-107.
  • KEITA, Dramane, 1994, [en collaboration avec AEBERSOLD, Denise, KOUYATÉ, Ahmadou et KULIBALI, Porè Kolon], Manden Bori fasa, Conakry, Bibliothèque franco-guinéenne, tome 1: 97 p., tome 2: 85 p.
  • THOYER Annick, Récits épiques des chasseurs bamanan du Mali de Mamadu Jara, Paris, L’Harmattan, 1995, 255 p.
  • THOYER-ROZAT Annick, Chants de chasseurs du Mali par Mamadu Jara, Paris, Uni-Edit., 1978, 265 p.

 

 

Des hommes et des bêtes.
Chants de chasseurs mandingues
Extrait
[Chant de chasseurs de Kong]

Chant de brousse 3, pp. 260-263.

 

 

 

Sánbiri yé é è é !

Sanbiei yé !

cɛ̀ mínri cɛ̀ kán fɔ́,

Hommes qui proférez une parole virile,

ń bɛ́ ári kírira.

je proclame votre nom.

Fàjari lòlo wé,

Ô vous, étoiles du petit matin[1],

Kó ári yé wóroma !

je vous dis: « Démarquez-vous ! ».

Sɔ̀gɔma fɔ́nyon wúri cɛ̀ri kélen kélen,

Hommes qui vous levez un à un dans le vent du matin,

dòndo fɔ́lɔ wúri cɛ̀ri,

hommes debout au premier chant du coq,

ń bɛ́ ári kírira.

je proclame votre nom.

Kɔ́nbi júgu cɛ̀bagari,

Vous qui essuyez la mauvaise rosée,

ń kó ári yé wóroma !

je vous dis: « Démarquez-vous ! ».

Jí júgu mìn cɛ̀ri,

Hommes qui buvez l’eau sale,

ń bɛ́ ári kírira.

je proclame votre nom.

Lɛ́n júgu sɔ̀mina wé kélen kélen

Un à un venez, vous qui endurez les mauvaises mouches tsé tsé

Jàra júgu yébagari

vous qui affrontez le terrible lion,

Kó ári yé wóroma !

je vous dis: « Démarquez-vous ! ».

Sòli júgu yébagari,

Vous qui affrontez la terrible panthère,

ń kó ári kírira,

je proclame votre nom,

kó nyánaman mìna dònsori wé,

chasseurs qui capturez des bêtes vivantes,

kó ári ní kóngo !

salut à vous !

nyánaman mìna dònso wé,

Chasseurs qui capturez des bêtes vivantes,

ń kó kúba tìgɛ dònso.

chasseurs qui, dis-je, glanez des exploits !

 

[1] Périphrase métaphorique pour désigner le chasseur qui se lève à l’aube.

La geste de Ségou

 

La geste de Ségou

Classiques africains

 

 

 


Mots-clés:
mandingue, bambara, oralité, épopée, griot, royaume de Ségou
Éditeur scientifique:
Gérard Dumestre
Production du corpus:
Ces textes ont été enregistrés entre 1965 et 1971 à Bamako ou à Ségou. Ils ont été publiés en 1979 dans la collection « Classiques Africains », n° 19, diffusée à l’époque par Armand Colin, et aujourd’hui par Karhala.
Édition du corpus:
Collecte: Gérard Dumestre (les deux récits de Baba Cissoko et le second récit de Taïrou Bambéra); Lilyan Kesteloot (le récit de Sory Kamara); Sékou Traoré (le premier récit de Taïrou Bambéra).
Transcription: Gérard Dumestre
Traduction: Gérard Dumestre

 

 

Descriptif:


Ce volume de 419 pages comprend cinq textes en version bilingue bambara-français. Ils sont précédés d’une introduction de 60 pages et suivis d’annexes et d’une bibliographie. Tous sont des fragments d’une geste plus vaste qui comprend un ensemble de récits relatifs au royaume bambara de Ségou, d’où le titre donné au volume.
Les deux premiers récits, donnés par Baba Cissoko se rapportent à un héros de Ségou, Bakari Dian. Le troisième, interprété par Sory Kamara, raconte la victoire du jeune Da, le fils de Monzon, sur Douga de Koré, roi d’une ville voisine qu’il avait défié à la demande de son père. Les deux derniers récits, dits par Taïrou Bambéra, racontent, pour le premier, l’avènement de Da et, pour le second, un épisode du règne de Biton.
L’exécution orale de tous ces récits épiques a toujours été sollicitée par les collecteurs. Toutes les performances se sont donc déroulées dans des conditions artificielles, en dehors de l’auditoire naturel de l’épopée. Elles ont obéi cependant aux règles d’énonciation propres au genre quant à la diction (voix de tête, déclamation rapide) et à l’accompagnement musical (kóra ou ngɔ̀ni, deux variétés de harpes-luths à cordes), selon des séquences prosodiques qui ont conduit l’éditeur du recueil à les présenter sous une forme versifiée, la versification n’étant pas en l’occurrence entendue comme une suite d’unités isométriques, mais plutôt comme un enchaînement d’unités inégales entretenant entre elles des rapports de symétrie.
Ce volume peut être mis en relation avec La Prise de Dionkoloni, un récit épique relatant un épisode particulier de l’histoire de Ségou sous le règne de Da Monzon, également publié aux « Classiques Africains» (n° 16). Cette autre œuvre épique est répertoriée sur le site.

 

Référence de l’ouvrage:
DUMESTRE, Gérard (éd.), 1979, La geste de Ségou racontée par des griots bambara, traduite et éditée, Paris, Armand Colin, « Classiques africains », 419 p. [diffusé par Karthala].


Bibliographie

  • DERIVE, Jean, 1997, « Eléments de poétique de l’épopée manding », in LÉTOUBLON, Françoise (ed.), Hommage à Milman Parry. Le style formulaire de l’épopée homérique et la théorie de l’oralité poétique, Amstredam, Gieben, pp. 369-377.
  • DERIVE, Jean, 2012, L’Art du verbe dans l’oralité africaine, Paris, L’Harmattan, collection « Oralités », 224 p. [voir surout le chapitre 4 (pp. 99-142): « Poétique des genres. L’exemple de l’épopée mandingue »].
  • DUMESTRE, Gérard, 1998, « L’accentuation d’un texte épique bambara: le cas des « Trois Amadou » de Bakoroba Koné » [Colloque de l’African Studies Association, 1989], in VYDRINE, Valentin & KIBRIK, Andrej (eds), pp. 221-236.
  • JANSEN, Jan, 2001, Epopée, histoire, société. Le cas de Soundjata. Mali et Guinée, Paris, Karthala, 307 p.
  • KESTELOOT, Lilyan, 2010, [avec la collaboration de TRAORÉ, Amadou et TRAORÉ, Jean-Baptiste], L’épopée bambara de Ségou, Paris, Orizons, 328 p.
  • VYDRINE, Valentin & KIBRIK, Andrej (éds), 1998, Les Peuls. Recueil d’articles dédiés à Antonina Koval, St. Petersbourg, Moscou, Evropeiskiy Dom, 358 p. [bilingue russe français].

 

 

La geste de Ségou
Extrait
La trahison de Bakari Dian (pp. 62-63)

L’un des récits de la Geste de Ségou

 

ɔ̀ Segu yé náani yé
maraka dùgu kɔ̀nɔntɔ
sìdo Jara àni bálansando
bálansan bà tán ní náani àni bálansan kɔ́ kùrunnin kélen.
ɔ̀ dón dɔ́ Tinyɛtigiba Dantɛ àni jèliGoroli bé nìn yɔ́rɔ nìn ná kà à fɔ́
Bakari yé
A kábùon kɔ́nɔ.
dón dɔ́ Bkari Jan sìgilen kó jèliw mà
á yé nkɔ̀ni tɛ́liya
né Bakari bé à fɛ̀ kà ń dɔ̀n Segu
ń bé ń dɔ̀n bì.
ɔ̀ jèliw yé nkɔ̀ni tɛ́liya
ɔ̀ jèliw kó Bakari mà í ní dɔ̀n ká kán
Kɔda àni Jɛnɛba mɔ̀den
Quatre villages forment Ségou,
les villages marka sont au nombre de neuf.
Diara d’entre les karités et les acacias,
quatorze mille acacias et un acacia tordu.
Un jour Tientiguiba Danté et le griot Goroli jouaient cet air-ci [1]
à Bakari
dans son vestibule;
ce jour-là, Bakari dit aux griots:
« Cadencez vos ngoni, [2]
moi, Bakari, je vais danser ici à Ségou,
je vais danser aujourd’hui ».
Alors les griots cadencèrent leurs ngoni,
ils dirent à Bakari: tu mérites de danser,
petit-fils de Koda et de Diènèba.

Notes:

[1] C’est-à-dire l’air que le griot qui narre l’épopée est en train de jouer à l’occasion de la performance.

[2] Instrument à cordes qui accompagne l’épopée.

 

Chanter l’amour en pays dioula

 

 

Chanter l’amour en pays dioula (Côte d’Ivoire)

édité par Jean Derive

Classiques africains

 

 

 

 

Mots-clés:
mandingue, dioula, oralité, chants, femmes, mariage
Éditeur scientifique:
Jean Derive
Production du corpus:
Communauté des femmes de Kong.
Ces chants ont été enregistrés à Kong (sous préfecture de Côte d’Ivoire) entre 1975 et 1981, dans des conditions naturelles, en ce sens que leur énonciation n’a pas été artificiellement provoquée par un enquêteur. Elle est toujours à l’initiative des usagers. Cette anthologie thématique a été publiée en 2012 par l’association des « Classiques Africains » sous le n° 32 (aujourd’hui diffusée par Karthala).
Édition du corpus:
Collecte: Marie-José Derive, Jean Derive, Banassi Barro
Transcription: Balemori Barro, Marie-José Derive, Jean Derive
Traduction: Jean Derive

 

 

Descriptif:


Ce volume présente des chants dits collectivement par des femmes, sélectionnés sur le critère du thème de l’amour. Ils relèvent de plusieurs genres qu’elles sont amenées à interpréter à différentes étapes de leur vie: chants dits de clair de lune dans le français local (bóndolon dɔ̀nkiri) à l’adolescence; divers types de chants nuptiaux (kɔ́nyɔn dɔ̀nkiri) au moment de passer de l’état de jeune fille (súnguru) à celui de femme mariée (mùso), d’autres chants dits de danse (dɔ̀n dɔ̀nkiri) – dont six variétés sont présentées – à leur âge mûr. A cet échantillon s’ajoutent des chants dits par des femmes d’origine captive (appelés wóloso dɔ̀nkiri) dont la particularité est de faire des parodies grossières des autres chants en les orientant systématiquement vers des motifs de sexualité paillarde. Cette succession permet de saisir l’évolution du traitement littéraire de l’amour tout au long de la vie féminine.
Ce volume de 250 pages comprend une série de chants d’amour interprétés par des femmes et relevant d’une quinzaine de genres différents en version bilingue dioula/français. L’objectif de l’ouvrage est de mettre en exergue l’évolution du traitement thème de l’amour en fonction des différents âges et statuts de la femme. Les textes sont présentés selon une mise en page versifiée correspondant aux unités d’énonciation qui suivent le moule mélodique. Ils sont précédés d’une introduction générale de 30 pages présentant les grands traits de la culture orale des Dioula de Kong et situant les conditions de production des chants féminins au sein de ce contexte. Chaque genre représenté fait en outre l’objet d’une brève introduction particulière pour en expliquer les circonstances conventionnelles d’énonciation et la fonction culturelle.

 

Référence de l’œuvre:
DERIVE Jean (éd.), 2012, Chanter l’amour en pays dioula, Paris, Classiques africains, 251 p. [diffusé par Karthala].


Bibliographie

    • BERNUS, Edmond, 1960, Kong et sa région. Abidjan, Etudes éburnéennes, 8, pp. 239-324.
    • DERIVE, Jean, 1987, Le fonctionnement sociologique de la littérature orale. L’exemple des Dioula de Kong (Côte d’Ivoire), collection « Sciences Humaines », série « Archives et Documents », Paris, Institut d’Ethnologie, 987 + 1339 p.
    • DERIVE, Marie-José, DIABATÉ, Tiégbé Victor (dir.), 1977, Table ronde sur les origines de Kong, Annales de l’université d’Abidjan, série J, 1, Traditions orales, 504 p.
    • SANGARÉ, Aby, 1984, Dioula de Kong (Côte d’Ivoire): phonologie, grammaire, lexique et textes (3 vol.), Université de Grenoble III, 432 + 85 + 51 p.

 

 

Chanter l’amour en pays dioula (Côte d’Ivoire)
Extrait
Chant de clair de lune n°3 (p. 42-45)
L’un des chants des jeunes filles sur le mari idéal

 

 

 

Dɔ́ri yé à yé ń jàrabi yé,

Certains reconnaissent comme mon bien-aimé

kàlanbaga bɛ́ kólɛzi rá,

celui qui est élève au collège,

lɛ́irdimankalanbaga bɛ́ kólɛzi rá.

celui qui m’écrit des lettres séduisantes est au collège.

Refrain:

 

Dɔ́ri yé à yé ń jàrabi yé,

Certains se rendent compte que c’est mon bien-aimé

Ń yɛ̀rɛ yé à yé ń jàrabi yé.

Et moi-même, je le vois que c’est mon bien-aimé.

Dɔ́ri yé à yé ń jàrabi yé,

Certains reconnaissent comme mon bien-aimé

kàlanbaga bɛ́ kólɛzi rá.

celui qui est élève au collège.

Fɔ́baga bɛ́ ń jàrabi lè yé,

C’est un beau parleur qui est mon bien-aimé,

ń tá kúmadimanfɔbaga bɛ́ ń jàrabi yé.

celui qui me fait de beaux discours est mon bien-aimé.

Refrain:

 

Dɔ́ri yé à yé ń jàrabi yé,

Certains se rendent compte que c’est mon bien-aimé

Ń yɛ̀rɛ yé à yé ń jàrabi yé.

Et moi-même, je le vois que c’est mon bien-aimé.

Dɔ́ri yé à yé ń jàrabi yé,

Certains se rendent compte que c’est mon bien-aimé.

Fɔ́baga bɛ́ ń kànuncɛ yé,

C’est un beau parleur qui est mon chéri.

ń tá kúmadimanfɔbaga bɛ́ ń kànuncɛ yé.

Celui qui me fait de beaux discours est mon chéri.

Refrain:

 

Dɔ́ri yé à yé ń jàrabi yé,

Certains se rendent compte que c’est mon bien-aimé

Ń yɛ̀rɛ yé à yé ń jàrabi yé.

Et moi-même, je le vois que c’est mon bien-aimé.

Bugingo wa cumi na batatu

 

 

Patrick MUGABO, 2010, Bugingo wa cumi na batatu [Bugingo XIII].

 

 

 

Mots-clés:  kinyarwanda– Rwanda– roman – Bugingo XIII – Patrick – Mugabo

 

 

Contexte:
Le livre a été publié sous forme de “Printing on Command” chez Lulu, Raleigh (USA) en 2010. C’est le premier roman de l’auteur et c’est à lui qu’appartient le copyright.
P. Mugabo, né en 1983 à Kigali (Kicukiro district) est ancien élève du Groupe scolaire officiel de Butare et du Lycée de Kigali. Il rejoint ensuite la faculté des Sciences de l’université nationale du Rwanda où il obtient une licence (équivalent Master) en biologie en 2007.

 

Résumé:
Quatre personnages principaux sont présents: Bugingo Camil (i.e. « Celui qui possède la vie et/ou la chance»), surnommé Boy; Suzanne, la mère de Bugingo Camil; Sarah surnommée Nina; Helen, la mère de Sarah.
Le roman est bâti sur le thème classique de la quête. Nina et Boy grandissent ensemble en Ouganda. Helen, la mère de Nina, part faire des études au Royaume-Uni un mois seulement après la naissance de sa fille. Son père, membre de la rébellion rwandaise en Ouganda, rentre au Rwanda avec la prise du pouvoir par le Front Patriotique Rwandais et est nommé Général-Major dans la nouvelle armée. Les parents laissent Nina aux bons soins de Suzanne, la mère de Boy, qui vit également en Ouganda. Lorsque Suzanne, déplacée comme la plupart des anciens réfugiés en 1994, décide de rentrer au Rwanda avec Boy, Nina est obligée de rejoindre sa mère au Royaume-Uni. Elle a six ans.
Une fois adulte, elle se lance alors à la recherche de son ami d’enfance, afin que reprenne leur ancienne idylle. Le roman raconte cette recherche longue et difficile, puisqu’elle devra vérifier plus d’une dizaine d’identités avant de tomber, comme par enchantement, sur celle d’un « prisonnier au garage de son père » qui est, en fait, le treizième Bugingo, et donc le vrai Bugingo! La rencontre signe le début (ou la continuité) d’une aventure amoureuse qui ne dit pas son nom, mais c’est sans compter sur une opposition farouche d’un certain Captain Richard, amoureux de Sarah (dont Nina était le nom d’enfance) et pilote d’hélicoptère dans la même armée que Steven Kamanzi, le père de Sarah et qui semble aussi avoir les faveurs de la mère de celle-ci.
De son côté, Camil ne bénéficie d’aucun soutien de la part de sa mère Suzanne qui préfère que son fils trouve une fiancée de même condition sociale et lui recommande une certaine Anita. En effet, Suzanne est veuve du génocide de 1994 et de condition modeste. D’ailleurs, Helen qui a une vie aisée ne manquera pas de le lui rappeler par ce proverbe: “Amabóko atáreeshyá ntaaramúkanya”  : « Les bras qui n’ont pas les mêmes coudées ne peuvent se donner des accolades » (p. 338).
Les deux héros dont les destins se croisent seront aidés dans leur combat par un talent hors-pair et une force de caractère: Sarah est pianiste de renom tandis que Camil est champion d’Afrique en karaté, style Wado Ryu. Le garçon, dans une dernière bataille, sur scène, croise le fer avec Richard; Sarah est blessée durant le combat ; le sang de Camil se mêle à celui de Sarah, comme dans Tristan et Yseult, avant que son adversaire ne soit confondu.
Le style de l’auteur, teinté d’humour, comprend une forte dose d’emprunts (anglais, français, swahili) et ceci peut dérouter plus d’un rwandophone ordinaire. Ce style brosse, en quelque sorte, le tableau du paysage linguistique rwandais actuel où l’on parle en mélangeant trois et parfois quatre langues.

 

Extrait :
Jane ntiyavuganaga na Sarah ngo babure kuzanamo Boy. Ntiyabikundaga ariko yabaga abyiteze. Boy bari barareranywe kuva bakiri impinja, batandukanywa muri 1989, igihe Sarah ajya i Burayi. Bari bafite imyaka itandatu. Mbere yo gutandukanywa, Jane ni we wakoze akazi katoroshye ko kubasobanurira no kubemeza ko bagiye kumara iminsi itanu batari kumwe. Mbere nta hantu umwe yajyaga ajya ngo asige undi; barerwaga nk’impanga. No kuri uwo munsi wa nyuma kugira ngo abana bemere gutandukanywa, Jane yabanje kubarahira ko ntawuzongera kubatandukanya, uretse ko n’ubundi bitongeye (Bugingo, p. 136)


Traduction:
Jane ne pouvait jamais s’entretenir avec Sarah sans évoquer Boy. Cela ne lui plaisait pas, mais elle s’y attendait toujours. Sarah avait grandi avec Boy depuis leur tendre enfance et ils avaient été séparés en 1989, lorsqu’elle est partie en Europe. Ils avaient six ans. Avant leur séparation, Jane avait dû user de tout son savoir-faire pour les convaincre qu’ils allaient être séparés pendant cinq jours seulement. Avant, l’un ne pouvait aller nulle part sans l’autre; ils étaient élevés comme des jumeaux. Même ce dernier jour, pour que les enfants acceptent d’être séparés, Jane avait dû promettre que personne ne pourrait les séparer de nouveau, et effectivement cela ne s’est jamais répété.

 

Jean-Chrysostome Nkejabahizi