Poésie kabyle féminine d’expression amoureuse (aḥiḥa, izli) et de complainte (acewwiq)

 

 


Poésie féminine d’expression amoureuse (aḥiḥa, izli) et de complainte (acewwiq)

Mohand-Akli SALHI

 

Mots-clés:  berbère ; kabyle, poésie féminine ; expression amoureuse ; complainte ; aḥiḥa ; acewwiq ; izli.

 

Producteur du corpus: Poèmes chantés par trois femmes ayant souhaité garder l’anonymat ; elles étaient toutes femmes de ménage dans les cités universitaires de Tizi-Ouzou ; elles sont originaires d’Iwaḍiyen, d’At Dwala et d’Iḥesnawen et ont respectivement, en 1998, 53 ans, 55 ans et 57 ans.

Contexte de production:  La thématique amoureuse dans l’aḥiḥa exige des conditions limitatives de sa réalisation. En effet, les poèmes de ce type sont dits ou chantés dans les espaces clos réservés aux femmes, comme la maison, la fontaine et la rivière quand elles partent pour laver du linge. Aucune présence masculine n’est permise.
La thématique de l’expression des sentiments amoureux est également prise en charge par la voix exaltante.
Dans certaines régions de la Kabylie, le terme aḥiḥa a disparu. Dans d’autres, c’est le terme izli qui sert à désigner les poèmes d’expression amoureuse

Plus limitatif est l’espace (uniquement la maison) de réalisation de l’acewwiq, sorte de « complainte » dans laquelle la femme exprime ses sentiments de tristesse, de déception voire même de désespoir. La femme, généralement mariée, doit s’assurer de l’absence masculine mais aussi de sa belle mère pour pouvoir chanter ce type de poèmes car elle y décrit sa mauvaise condition et ses sentiments de dépit.

Il faut noter, toutefois, qu’en termes d’évolution, ces deux types poétiques ont connu une fortune grâce à l’oralité médiatisée, notamment de la radio, durant les années 50 et 60. Des chanteuses de renom, comme Chérifa et Hanifa, en ont chanté dans la radio et, par la suite, dans les disques.

Collecte:  Ces textes sont enregistrés à Tizi-Ouzou à la demande de Mohand Akli Salhi, qui les a également transcrits et traduits.

Référence du corpus:  Mohand Akli SALHI, Poésie féminine traditionnelle de Kabylie, Alger, Enag, 2011, pp. 57 ; 59 ; 78.

 

 

Acewwiq
Poème de type complainte

Aql-aɣ am tseṭṭa n iberdan
qeddṛen almi d iẓuran
Agad tḥubbeḍ a Ṛebbi
sdukklen zzwaǧ d imawlan
Ma d nekk a Sidi Ṛebbi
dayen ndemmen wuglan mi ḍṣan

 

 

 

 

Je suis comme la branche dépassant la haie
Amertume jusqu’aux racines
Ceux que tu as aimés mon Dieu
Allient heureux mariage et présence de parents
Ce n’est pas mon cas, mon Dieu
Je regrette les jours heureux

Acewwiq
Poème de type complainte

Zzwaǧ n bessif
d tiẓit di tgerjumt
Yettḍuṛu bab-is
amzun yehlek tusut
S kra n win iḥuza yenṭer
am wergaz am tmeṭṭut

 

 

Un mariage sans consentement
une épine dans la gorge
Faisant mal à qui l’a vécu
telle une toux irritant la gorge
Celui qui l’a vécu souffre
qu’il soit homme ou femme

 

 

Aḥiḥa
Chant d’expression amoureuse

Ay aqcic a gma ay aqcic
a bu-taenqiqt am wezrem
A wi k-yufan d axeclaw
si tala a k-id-yaggem
Ger ṭṭhuṛ d l aṣeṛ
a k-yemsel d bunadem

 

 

 

Toi, jeune homme
Au cou tel celui du serpent
Si seulement tu étais brindille
Je te puiserais avec l’eau à la fontaine
Entre les deux prières de l’après midi
Je te sculpterais homme