ELLAF: Encyclopédie des Littératures en Langues Africaines

I) Contexte, positionnement et objectifs du projet

ELLAF est née d’une série de constats sur les difficultés que rencontrent les chercheurs travaillant sur les littératures orales et écrites en langues africaines.

Absence des littératures en langues africaines comme champ littéraire constitué et légitime

Les littératures en langues africaines ont bien souvent été soit ignorées, soit sous évaluées et sous étudiées, alors même qu’elles contribuent à repenser les cadres de la littérature comme art, comme champ de recherches universitaires et comme fait social majeur de l’Afrique d’aujourd’hui.

Le champ des littératures en langues africaines s’est largement construit dans un rapport d’exclusion. Il s’agit d’abord d’une exclusion linguistique, le champ littéraire africain ayant été diffusé sur la base des langues européennes (littératures francophones, lusophones,etc). L’exclusion est ensuite formelle, la littérature a longtemps été définie exclusivement comme textes écrits, laissant de facto toute la littérature orale de côté.

La question de la légitimité de ce champ est donc le premier défi que doit relever un projet comme ELLAf. En créant un organe de référence de diffusion et d’analyse, ELLAf se pose comme un acteur de reconnaissance du champ des littératures en langues africaines. Le projet participe donc à l’émergence d’une théorie littéraire spécifiquement africaine mais aussi à l’élargissement de la théorie littéraire générale grâce à l’apport africaniste.

La définition du champ littéraire nouveau permettant les approches transversales se heurtait dans le passé à une série de difficultés pratiques et théorique auxquelles ELLAf se propose de répondre.

Variété de statuts sociolinguistiques

Dans la plupart des pays africains « francophones », le français reste l’unique langue officielle d’enseignement, alors qu’en même temps, les langues africaines continuent à se développer et à produire des littératures riches. Au contraire, dans les pays africains « anglophones », certaines grandes langues comme le swahili ou le haoussa sont des langues d’intercommunication utilisées dans tous les domaines de la vie publique. Les langues africaines sont donc diversement enseignées, même si des efforts ont été faits notamment sous l’impulsion d’instances internationales (en premier lieu, l’Unesco). A cette inégalité dans l’enseignement s’ajoute une grande variété des statuts sociolinguistiques des langues africaines. En effet, elles sont très inégalement parlées, écrites et documentées. Cette variété a obligé les chercheurs à un travail local laborieux, préalable à toute étude transversale.

Les onze langues et littératures présentes sur le site dès la phase inaugurale illustrent la complexité des situations et certaines des difficultés auxquelles elles sont confrontées :

  • Le swahili, langue d’intercommunication régionale et internationale, produit de la littérature orale et de la littérature écrite, cette dernière étant particulièrement dynamique;
  • Langue enseignée depuis l’époque coloniale, le malgache atteste la coexistence ancienne d’une littérature orale et écrite;
  • Une littérature orale très riche et une écriture littéraire émergente est illustrée par une langue transfrontalière comme le peul;
  • Le champ littéraire est investi de manière différente par des langues majoritaires dans un pays donné (bambara au Mali, wolof au Sénégal);
  • La littérature orale coexiste avec l’écriture littéraire en igbo (Nigeria) et en boulou (Cameroun), langues régionales parlées par des populations largement urbanisées, alors qu’en zone rurale, on trouve essentiellement des littératures orales (zarma au Niger et gbaya en Centrafrique), et qu’une langue minoritaire comme le boomu (Mali) utilise les nouveaux médias pour améliorer sa diffusion;
  • Le créole afro-portugais du Cap-Vert présente des registres traditionnels oraux ainsi qu’une écriture littéraire naissante, mais surtout une néo-oralité riche qui illustre les liens multiples entre les deux domaines et la vitalité de la création contemporaine.

Accessibilité Difficile

Il est difficile d’accéder aux œuvres en langues africaines qu’elles soient écrites ou orales. Plusieurs raisons expliquent ce phénomène. Il s’agit d’abord d’un problème d’ordre économique. Les coûts de publication d’un livre sont encore trop élevés. Par conséquent, les livres sont des objets qui circulent très peu en Afrique, aussi bien au niveau de la réception populaire que de la recherche africaniste. La recherche en littératures en langues africaines a donc réfléchi à la question de la constitution et de la diffusion de corpus, que ce soit en enregistrant des performances orales, en les transcrivant et en les traduisant en vue d’une édition ou en publiant des textes écrits en langues africaines.

Sous-exploitation des corpus déjà existants

Les corpus de chercheurs existent, certains ont été publiés mais la plupart des données sont inaccessibles : archives personnelles de chercheurs ou de travaux universitaires non publiés, documentation audio-visuelle non exploitable au moment de la collecte mais rendue facilement accessible aujourd’hui par le développement des moyens technologiques, etc. Ces corpus n’ont pas toujours été assemblés en vue d’études littéraires. Le peu de connaissance réciproque entre productions littéraires écrites et orales en langues africaines mais aussi entre littératures en langues européennes et en langues africaines freine jusqu’à présent les tentatives d’études transversales et l’approfondissement théorique que permet un corpus constitué et accessible.

Face à ce contexte difficile, on assiste à l’arrivée d’internet et à la démocratisation progressive d’outils permettant de transformer la façon de réaliser des collectes, de stocker, d’organiser et de diffuser les données. De nombreuses grandes villes africaines proposent désormais des connexions internet à bas prix. Le monde universitaire africain est particulièrement touché par ce développement, Internet est dans toutes les grandes universités africaines. Cette intégration permet aux initiatives développées sur la toile d’avoir une réception en Afrique et donc de pouvoir y développer des collaborations bilatérales.

Objectifs et caractère ambitieux et novateur du projet

En créant un site internet plurilingue regroupant et analysant des corpus sur les littératures africaines, ELLAF a l’ambition de répondre à ce contexte théorique et disciplinaire compliqué en profitant des innovations techniques qui ont un impact direct sur la circulation des œuvres.

Le caractère ambitieux et novateur du projet tient à son double objectif théorique et technique : il s’agit non seulement de proposer un site Internet unifié où les chercheurs peuvent déposer leurs corpus – quelle que soit la forme (vidéo, texte, transcription, traduction, photos) de ce corpus, mais il s’agit surtout de lier cette proposition documentaire à une réflexion théorique poussée autour de lignes de force permettant d’élaborer les cadres d’un champ autour des littératures en langues africaines.

L’ambition d’ELLAF est de créer la première bibliothèque numérique de littératures en langues africaines qu’elles soient écrites ou orales. Dans la pratique, il s’agit de :

  • créer un site multimédia qui permette d’élaborer un cadre théorique littéraire de référence;
  • diffuser des corpus déjà collectés qui pourront être analysés;
  • créer une nouvelle dynamique de collecte en proposant des outils de travail et un cadre d’analyse précis.

La première version du site ELLAF a vu le jour en juillet 2012. Il s’agissait de déterminer par la pratique quels étaient les besoins techniques et méthodologiques du site et de tester quelques hypothèses de travail. Cette première phase a permis d’ébaucher une structure stable et opératoire qu’il faut maintenant tester sur des corpus plus larges et dans une pratique collective de recherche.

Le site fonctionne à plusieurs niveaux:

  • Le niveau théorique de référence encadrera les données :
  • chaque langue est présentée selon les standards minimums établis par le comité scientifique (pour cette première phase, dix langues aux statuts socio-linguistiques variés seront présentées);
  • chaque type de littérature est présenté par des spécialistes;
  • un dictionnaire des concepts est créé pour tenter de définir des références théoriques transversales (tâche 5);
  • un carnet de recherches permet de réfléchir et de présenter l’actualité de la recherche sur les littératures en langues africaines sous forme de lectures critiques, de présentations d’ouvrages par les auteurs.
  • Plusieurs types de données comme entrées dans le site :
  • des extraits de textes littéraires écrits déjà publiés;
  • des textes littéraires écrits non publiés;
  • des performances orales (format audio ou audio-visuel);
  • des articles de recherches.

Chaque donnée est présentée dans une notice de type Dublin Core, adaptée individuellement au type de document présenté. Cette notice donne des informations sur le contexte de production du document (auteur, région, date, langue, description). Elle est un standard qui définit les informations minimum qui doivent accompagner chaque document et peut en même temps être un lieu d’analyse des données (notamment grâce à la catégorie « description et sujet »). Des métadonnées (enregistrements audio, vidéos, photographies) peuvent être présentées en lien direct avec un document pour compléter l’analyse.

  • Connectivité, mobilité fluidité et présentation du site :
  • les documents sont reliés entre eux par des liens présents en fin de notice;
  • des dossiers thématiques sont présentés (ex : l’épopée peule, le conte malgache, influences des mythes oraux dans la littérature écrite en langues africaines …);
  • un moteur de recherche retrouve les occurrences recherchées dans les documents écrits ou transcrits, dans les notices et dans les différentes rubriques du site;
  • les documents peuvent être retrouvés à partir d’une géolocalisation;
  • un annuaire des auteurs et des chercheurs permet de retrouver les documents qui leur sont associés.

Cette structure très dynamique est basée sur la complémentarité entre diffusion et analyse des œuvres. Elle est possible grâce à la construction de l’outil fédérateur du site. Elle part du principe que le contexte de production des œuvres littéraires est nécessaire à l’analyse.
Le site, l’Encyclopédie des Littératures en langues Africaines, sera un lieu d’archivages de données, de diffusion d’œuvres littéraires peu ou pas connues, et d’analyse de ces données. Il est hébergé par la Bibliothèque des Langues et Civilisations (BULAC), bibliothèque de référence de l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO), Paris.

Profitant du formidable engouement autour des bibliothèques numériques, ELLAf veut mettre à profit les possibilités exceptionnelles qu’offre l’ère numérique que ce soit du point de vue de la forme des corpus et que de leur diffusion sur internet. Ces possibilités permettront de présenter les corpus en langues africaines dans leur diversité tant formelle que linguistique.

Pratiquement, le site s’est construit en privilégiant l’aspect collaboratif que ce soit à l’échelle nationale ou internationale.
Cette volonté d’ouverture se matérialise par des partis pris techniques. Depuis le début du projet, la structure du site a été pensée en s’associant aux réflexions en cours portant sur la structure et la description des corpus: adhésion au consortium CAHIER (Consortium Corpus d’Auteurs pour les Humanités : Informatisation, Edition, Recherche) qui regroupe des bibliothèques numériques spécialisées en littératures.
Il traite la question des droits d’auteur en amont et au cas par cas.

  • de travail et formation sur les démarches européennes de standardisation des données : Clarin et Dariah
  • le site utilise un prototype développé par différents projets comparables : Omeka
  • utilisation du standard Dublin Core pour l’indexation des données, réflexion sur l’indexation en TEI de textes de littérature pour la suite du projet.

Cette attention portée à l’interopérabilité des données mises en ligne a pour objectif la possibilité d’une collaboration la plus large possible avec d’autres projets. Un intérêt particulier est mis à la fluidité des informations mises en ligne pour une accessibilité à un public large et non francophone. C’est pourquoi le site est en partie bilingue.

La question de la pérennité de l’archivage des corpus sera au centre des évolutions techniques à venir. La migration des données et métadonnées sur le serveur Adonis constitue la prochaine étape du travail technique à réaliser avant d’ouvrir au plus vite le site à une large coopération internationale déjà encouragée par l’utilisation du français et de l’anglais comme langue de communication et de traduction sur le site et par des réunions et des colloques (présentation du projet aux colloques de l’International Society for Oral Litterature in Africa, ISOLA, en 2009, et 2012, à Cambridge dans le cadre du World Oral Literature Project en 2012).

Originalité de notre approche

L’originalité de notre approche consiste à mener une réflexion concomitante sur la création dans les domaines de l’oralité et de l’écriture littéraire ce qui focalise l’attention sur les conditions de production, la situation d’énonciation et le rapport de l’énonciateur au public. Elle permet d’appréhender les répercussions de ces données sur les textes littéraires eux-mêmes. Nous lions de cette façon recherche fondamentale sur la théorie littéraire et recherche expérimentale grâce au travail de terrain et à la production d’une plateforme multimédia sur internet.

Le projet ELLAf ouvre un champ littéraire nouveau – littératures en langues africaines – en travaillant constamment à deux niveaux : un niveau pratique pour l’archivage et la création de corpus littéraires et leur diffusion et un niveau théorique pour la mise en place d’un programme de recherche permettant d’étudier les données mises en ligne et la construction d’un cadre théorique solide définissant les frontières et les spécificités d’un tel champ littéraire organisé autour de deux pôles : oralité et écriture littéraire, création littéraire et transmission patrimoniale. Le projet est le résultat d’un long travail préparatoire mené sur ces deux niveaux pratiques et théoriques.

Travaux préparatoires au LLACAN

La création du site permettra de mettre en valeur les travaux préparatoires menés depuis de nombreuses années par les chercheurs du LLACAN. L’équipe de recherche constituée autour d’ELLAf a déjà mis à jour des lignes de force dans cette théorisation des littératures en langues africaines notamment en dépassant la scission entre littératures orales et littératures écrites en langues africaines. Ainsi l’analyse de l’espace, de l’altérité, de l’énonciateur, les spécificités de production littéraire en contexte d’oralité et d’écriture littéraire, les frontières de la littérarité en oralité sont autant de problématiques essentielles qui ont été abordées. Ces approches permettent de dépasser l’éclatement du champ en fonction de critères de langues et de modes de production et permettent d’ores et déjà d’esquisser les contours d’un champ littéraire en langues africaines.

Le projet ELLAF est porté par des chercheurs qui ont en commun d’étudier les littératures en langues africaines tout en constituant un panorama illustrant la diversité disciplinaire présente et requise dans l’étude de ces littératures.

En effet, les littératures en langues africaines nécessitent une triple compétence disciplinaire :

  • une compétence littéraire : ELLAF réunit un corpus de littératures aux formes variées qui nécessitent une expertise littéraire
  • une compétence linguistique : les langues utilisées sont parfois peu connues, un travail linguistique préalable est souvent nécessaire
  • une expertise en ethnologie et en anthropologie : l’étude du contexte est essentielle à l’étude de ces littératures, les collectes se font sur le terrain lors d’un travail de recueil de données.

Le projet ELLAF consiste à fédérer dans un même espace de travail des approches disciplinaires différentes, afin d’avoir un panorama.
En devenant officiellement le cœur du projet quadriennal du LLACAN, ELLAf bénéficiera de ces apports variés qui viendront structurer l’alimentation du site et permettre l’exploitation des corpus dans des approches transversales et interdisciplinaires.

Coopération internationale

A travers ELLAF, la recherche française pourra valoriser la place privilégiée qu’elle occupe dans les travaux sur les langues et littératures en langues africaines pour établir ou renforcer ses liens avec les institutions et universités africaines et pour peser de tout son poids scientifique sur les choix stratégiques concernant la recherche dans ce domaine. Elle pourra notamment renforcer la place du français comme première langue de traduction des textes littéraires en langues africaines et contribuer ainsi à établir des relations de complémentarité entre les littératures en langues africaines et le français.

Organisation du travail

ELLAf s’appuie sur une synergie entre les rencontres, séminaires et journées de recherche, la construction du site et la recherche de terrain.
Trois séminaires bimensuels seront organisés de 2014 à 2018 pour structurer et alimenter le site. Ils réfléchiront à trois aspects du projet :

  • L’un portera sur la présentation et la forme des corpus, la réflexion sur les métadonnées, des études de cas seront présentées.
  • Un autre permettra de réfléchir et d’alimenter le dictionnaire des concepts en insistant sur la confrontation transculturelle de grandes notions littéraires
  • Enfin le dernier proposera des lectures théoriques permettant de prendre de confronter différentes approches disciplinaires sur les grands enjeux posés par les littératures en langues africaines, ce séminaire permettra d’alimenter le carnet de recherche.

Les journées d’études permettront de rassembler des contributions sur des problématiques importantes, quatre sont d’ores et déjà programmées :

  • Littérarité et frontières de la littérarité
  • Interaction et pratiques discursives
  • Pratiques d’écriture et édition
  • La question du public : énonciation et co-énonciation

Les contributions seront l’objet d’une publication sur le site sous forme de vidéos et de textes dans des numéros spéciaux intitulés « les dossiers d’ELLAf » et qui permettront d’esquisser la création d’une revue en ligne.

Enfin les missions de terrain prévues pour chaque membre d’ELLAf ont pour objectif de collecter des données nouvelles en utilisant les technologies actuelles permettant des enregistrements plus complets et mieux adaptés à la mise en ligne. Par ailleurs, la réflexion menant en amont sur la présentation des corpus et des métadonnées seront ainsi éprouvées et ajustées si nécessaires.

État de l’art

Sur les littératures en langues africaines

Les littératures orales et écrites en langues africaines furent difficilement reconnues par les chercheurs comme des littératures à part entière, pouvant être analysées comme telles et à partir desquelles une théorie littéraire pouvait être formulée. Alors que les littératures écrites en langues européennes ont été très étudiées et ont bénéficiées de nombreuses structures de recherches, celles en langues africaines sont encore peu abordées d’où leur marginalisation dans le monde académique. Les recherches entreprises sont autant d’îlots qui doivent être mis en relation pour permettre une approche théorique plus large.

Les spécialistes des littératures orales en langues africaines se sont ainsi penchés sur :

  • des langues et littératures spécifiques (Furniss pour le haoussa, Bornand pour le zarma, Seydou pour le peul)
  • la définition des genres : l’épopée (Dieng et Kesteloot, Jansen),
  • l’analyse de tous les genres dans une littérature donnée (Derive)
  • des approches méthodologiques : l’ethnolinguistique (Calame Griaule)
  • des problématiques spécifiques à l’oralité : la performance en littérature orale (Okpewho)
  • des thématiques : le mariage (Görög Karady), la « Fille difficile » (Seydou et Görög Karady).

Des approches transversales ont été menées (Derive/Baumgardt ; Finnegan), mais ces initiatives sont encore trop peu nombreuses.

D’apparition plus récente, l’écriture littéraire est encore moins bien étudiée et manque de recherches théoriques notamment dans son rapport à l’oralité. En France, les recherches concernent les domaines suivants :

  • l’apparition des premiers romans écrits en langue africaine (Ricard et Garnier)
  • l’historique d’un genre spécifique : le roman swahili (Garnier)
  • l’émergence d’une écriture littéraire en peul (Bourlet)
  • la réflexion sur une littérature donnée : la littérature swahili (Bertoncini)
  • les relations entre littérature africaine et oralité (Baumgardt et Derive sous presse)
  • la structuration du projet (Baumgardt ; Baumgardt et Lorin sous presse).

La volonté du site ELLAF est de réunir ces différentes démarches pour les mettre en regard et, ainsi, permettre une appréhension globale de ces littératures et un comparatisme entre la sphère de l’oral et de l’écrit et entre les aires culturelles. Cette approche s’appuiera sur les travaux collectifs qui ont permis de montrer la validité des perspectives transversales, travaux réalisés dans plusieurs opérations de recherche au LLACAN, dans le séminaire « Linguistique de terrain » organisé par deux membres du projet ELLAf (Nicolas Quint et Paulette Roulon-Doko) et dans le séminaire doctoral « Littératures du sud. Outils théoriques et méthodologiques à partir de l’oralité » (INALCO/ Paris III), porté par trois membres du projet ELLAF (Ursula Baumgardt, Xavier Garnier, Cécile Leguy).

Sur les projets numériques

Plusieurs types de bibliothèques numériques existent qui peuvent être répartis comme suit :

  • Les grands projets transversaux de mise en ligne de corpus écrits vastes et transversaux sur les sciences humaines, comme, en France:
  • Persée, France, créé sous l’impulsion des ministères de l’Education Nationale et de l’enseignement supérieur et la recherche mis en œuvre par l’Université Lyon 2, accès libre
  • Cairn, France, créé à l’origine par quatre maisons d’éditions privées (Belin, De Boeck, La Découverte, Erès) soutenu par le Centre National du Livre et la Bibliothèque Nationale de France, accès sur abonnement
  • Revue.org
  • Des projets universitaires de réflexion sur des medias particuliers ou des corpus précis :
  • Bibliothèque numérique Rennes 2, mettant en ligne des documents en linguistique et en histoire bretonnes. Cette bibliothèque universitaire travaille et développe le même logiciel qu’ELLAF.
  • Archives Audiovisuelles de la recherche, sous la responsabilité de Peter Stockinger.
  • Des initiatives portant sur la linguistique africaine ont vu le jour en France:
  • Reflex, LLACAN, mise en ligne d’un corpus lexical de référence pour les langues d’Afrique, ainsi que des outils de traitement et d’analyse adaptés à ce corpus.
  • Sénélangues, LLACAN, Paris/Lyon, Stéphane Robert, 2010, est consacré à la documentation et la collecte des langues menacées de disparition au Sénégal.
  • Des projets portant sur les littératures orales sont nés en Europe :
  • Le World Oral Literature Project, Cambridge, initié par Mark Turin en 2009, a pour objectif de documenter et de collecter des littératures orales menacées de disparition ; il est centré sur les peuples de l’Asie et du Pacifique.
  • Verba Africana, Leiden, Daniela Merolla, 2006-2009 a pour but de réunir transcription et performance orale et de produire des matériaux pédagogiques pour l’enseignement de la littérature orale africaine. Il est prolongé par African Oral Literature, New Media and Technology, dirigé par D. Merolla et J. Jansen.

ELLAF est le seul site à proposer une approche commune entre littératures orales et littératures écrites en langues africaines, grâce à une expertise acquise à travers l’étude des domaines étudiés pendant longtemps séparément, mais que nous pouvons appréhender maintenant dans une perspective globale qui tienne compte des spécificités de chacun des domaines. Le projet évolue dans un environnement numérique dynamique qui lui permet de s’insérer dans une communauté scientifique aux habitudes collaboratives et de s’appuyer sur des expériences voisines déjà testées, mais qu’il convient maintenant d’adapter aux corpus que nous nous proposons d’étudier.

II) Programme scientifique et technique, organisation du projet

Programme scientifique et structuration du projet

Le programme scientifique d’ELLAF s’articule autour de trois niveaux complémentaires :

  • la conception, la construction et l’administration du site;
  • la préparation de données pour l’alimentation du site : l’élaboration de cadres scientifiques pour l’organisation des différentes données;
  • la réflexion théorique à partir de l’analyse des données : la conception du cadre théorique plus global.

Ces niveaux dictent les travaux techniques et scientifiques à mener pour permettre qu’au terme du programme, le projet ait un site fonctionnel abritant un corpus varié.
Ces travaux seront répartis en cinq tâches étroitement liées. Ces tâches permettront de coordonner les aspects techniques et scientifiques du projet et de tirer profit des approches interdisciplinaires des collaborateurs.

Les deux premières tâches seront affectées à coordination entre aspects scientifiques et aspects techniques du projet. La coordination (tâche 1) permet d’avoir une personne de référence porteuse du projet auprès de tous les collaborateurs participant au projet mais aussi à l’extérieur lors des activités de valorisation du site. La coordinatrice aidera à faire le lien entre la conception du site internet et la gestion des ressources scientifiques du projet en présidant le comité scientifique. L’administration du site (tâche 2) sera aussi un élément liant central. L’administrateur travaille en étroite collaboration avec les informaticiens chargés du développement du site. Mais il fait aussi parti du comité scientifique et se charge de la mise en œuvre des recommandations scientifiques dans la réalisation du site internet.

Outre la coordination du projet et l’administration du site, le programme scientifique comprend trois autres tâches qui constituent chacune un angle d’approche spécifique de la problématique commune du projet. Ces trois tâches permettent d’articuler le plus efficacement possible les différentes disciplines entre elles. Or, cet aspect interdisciplinaire est indispensable à la bonne conduite du projet. En effet un même objet littéraire peut requérir différentes approches, c’est pourquoi des linguistes, des anthropologues, des spécialistes de littérature générale et comparée, des spécialistes de littératures orales collaborent pour réaliser le projet.

Deux des tâches (3 et 4) sont organisées chacune autour de l’un des domaines spécifiques du projet, la littérature orale (tâche 3) et l’écriture littéraire (tâche 4). Chacune de ces deux tâches réalise la rédaction des articles de références qui constitueront la partie commune du site et la rédaction des notices accompagnant chaque document présenté sur le site. Par ailleurs, chaque collaborateur des tâches 3 et 4 effectue des recherches de terrain pour apporter une documentation nouvelle sur les dix langues et littératures représentées dans le projet. Parallèlement aux recherches de terrain effectuées par les collaborateurs des tâches 3 et 4 qui permettront d’apporter des éléments nouveaux grâce aux méthodes de collectes des données développées dans le projet ELLAF, s’ouvre une phase de synthèse sur les données de collectes (tâche 5).

A l’issue du projet de trois ans, un colloque international prévu à Paris permettra l’évaluation, la dissémination et la valorisation des résultats du programme. Ce sera également l’occasion d’élaborer de nouvelles perspectives de recherche dans la continuité des travaux effectués. A travers l’invitation de cinq spécialistes européens et de vingt experts appartenant à des universités africaines, ce colloque sera l’occasion d’un élargissement des collaborations au niveau international afin de préparer la deuxième phase du projet.

Organisation

Le projet ELLAF repose sur l’expertise des chercheurs et enseignants chercheurs qui en sont membres. Ils disposent de corpus littéraires déjà constitués mais en partie non exploités, et ils interviendront dans la collecte de nouvelles données. La préparation scientifique des données pour le site (transcription, traduction, annotation, mise en forme, édition, préparation des métadonnées) ainsi que l’administration du site lui-même nécessite l’intervention de deux ingénieurs d’étude à mi temps à recruter pour la durée du projet.

Le projet ELLAF réunit une équipe de quinze chercheurs basés essentiellement en France, majoritairement en région parisienne, ce qui facilitera le travail du comité scientifique (voir infra) dans une structure légère (tâche 1). Il associe plusieurs partenaires scientifiques du Sud. La réunion plénière initiale sera suivie d’une réunion plénière à mi-parcours. Par ailleurs, le comité scientifique se réunit semestriellement à Paris pour l’information sur l’avancement de la collecte et la concertation sur le traitement des données. Ces réunions permettront d’organiser des ateliers de travail pour familiariser les participants au maniement des outils développés sur le site.

L’organisation et la répartition des différentes tâches sont fédérées autour de la coordinatrice du projet, Ursula Baumgardt. Elle est chargée de veiller à la bonne articulation des travaux effectués dans chaque tâche et d’assurer la cohésion scientifique de l’ensemble. Elle préside le comité scientifique. Elle est l’interlocutrice des institutions partenaires (INALCO, Paris 3, LLACAN, CROIMA , Ecritures de la modernité, BULAC) et cherche à créer de nouveaux partenariats pour assurer la pérennité du projet.
Le site fédère le travail des différents chercheurs, il est le centre organisateur du projet et définit sa structure. L’administratrice du site (Marie Lorin) est chargée de faire le lien entre l’aspect technique du projet et sa dimension scientifique. Elle est aidée de deux informaticiens du LLACAN, Christian Chanard et Tahar Meddour, détachés partiellement sur le projet qui travaillent sur le développement technique du site, notamment le mode d’indexation des données et métadonnées. L’administratrice travaille en collaboration étroite avec la coordinatrice. Elle organise et assure la formation des collaborateurs au fonctionnement du site et à la préparation des données à l’édition numérique sur ELLAF. La création du site et l’élaboration de nouvelles données nécessitent un investissement dans les équipements informatiques et audio-visuels pour disposer d’outils numériques capables de traiter des corpus vastes et multiformes qui sont déjà collectés mais aussi pour participer à la création de nouveaux corpus.

Le projet comprend trois tâches scientifiques dont deux sont réparties en fonction des modes d’expression des littératures, l’oralité et l’écriture. Dans cette répartition, chaque langue a un coordinateur formé à l’utilisation du site et à l’indexation des données. Ces coordinateurs sont chargés de superviser les collectes des documents et des informations.
Les coordinateurs de chaque section de langue, les responsables de tâche, le coordinateur général et l’administrateur du site forment le comité scientifique chargé de veiller à la qualité scientifique des données et à leur harmonisation. La cohésion entre les intervenants des différentes tâches est assurée par la participation de toutes les personnes ressources à la tâche 5, consacrée à la synthèse, à la théorisation et à la dissémination des résultats. L’organisation de l’équipe est facilitée par l’implantation géographique en Ile de France de la majorité des membres du projet.