Présentation du swahili

par Xavier Garnier

Nom et code ISO: Swahili ou Kiswahili (ISO 639-3, swh)

Le mot swahili vient de l’arabe « sawahil » (سواحل : les côtes, le rivage) auquel est adjoint le préfixe de classe 7 ki- pour désigner la langue. Le kiswahili est donc « la langue de la côte » et témoigne dans sa forme même d’un contact entre un lexique d’origine étrangère et une structure grammaticale bantoue.

Locuteurs : Langue première : environ 5 millions ; Langue seconde : environ 100 millions (estimation impossible)

Région : Le kiswahili est parlé en tant que langue première sur la bande côtière de l’océan indien qui s’étend du nord du Kenya au nord du Mozambique. Son extension maximale est généralement « bornée » au Nord par Barawa (Somalie) et au sud par le Cap Delgado (Mozambique). Le kiswahili s’est propagé comme langue véhiculaire à l’intérieur du continent à la faveur du commerce caravanier au cours des 18ème et 19ème siècles et est, comme tel, pratiqué dans toute l’Afrique orientale jusqu’à l’est de la République Démocratique du Congo (Tanzanie, Kenya, Ouganda, Rwanda, Burundi, Mozambique et RDC).

Classification : Niger-Congo, Atlantic-Congo, Volta-Congo, Benue-Congo, Bantoid, Southern, Narrow Bantu, East, Northeast Savanna Bantu, Northeast Coastal Bantu, Coastal NEC Bantu, Sabaki-swahili 

Dialectologie : Le kiunguja, dialecte swahili de la vieille ville de Zanzibar, a été historiquement imposé comme base de la variété standard du kiswahili contemporain. De nombreuses variantes existaient avant la standardisation, et sont toujours vivantes, malgré un phénomène certain d’homogénéisation. Le kiswahili regroupe de fait plus d’une cinquantaine de dialectes que l’on peut classer en : Dialectes du nord : kimvita, parlé autour de Mombasa. Historiquement le dialecte le plus important après le kiunguja ; kipate parlé sur l’île de Paté et considéré comme le plus proche du Kingozi, dialecte ancien, devenu « littéraire » car utilisé dans la poésie swahili classique ; kiamu parlé autour de l’archipel de Lamu. Dialectes du sud : kiunguja, parlé dans la ville de Zanzibar et ses environs (Kiunguja dérive de Unguja, l’île principale) ; kimrima, parlé autour de Pangani, Vanga, Dar es Salaam, Rufiji, Mafia ; kimgao, parlé autour du district de Kilwa et au sud ; kipemba, parlé à Pemba. Autres variétés : Kingwana: parlé dans l’est et le sud de la République Démocratique du Congo (parfois appelé swahili du copperbelt) ; sheng, un argot swahili-anglais, né dans la région de Nairobi.

Statut : Le kiswahili est devenu une langue première ou seconde parlée par des dizaines de millions de locuteurs dans un grand nombre de pays de l’Est africain. Le kiswahili a le statut de langue officielle en Tanzanie, au Kenya, en Ouganda et en République Démocratique du Congo, statut qu’il partage avec l’anglais (Kenya ; Tanzanie ; Ouganda) et le français, le lingala, le kikongo et le tchiluba (RDC). La proportion des locuteurs du kiswahili dans ces pays diffère. Au Kenya et surtout en Tanzanie, on peut considérer que 90% de la population parle le kiswahili. L’enseignement du kiswahili y est obligatoire dans le secondaire et fait l’objet de cursus complets dans les universités publiques. Le kiswahili est, depuis 2003, l’une des six langues officielles de l’Union africaine.

écriture : Les premiers textes swahili ont d’abord été écrits en caractères arabes. A la différence de nombreuses autres transcriptions en ajami, relativement peu d’adaptations ont été faites pour le kiswahili. Il existait cependant des différences dans les conventions orthographiques entre les cités et les auteurs, mais l’intercompréhension est toujours restée forte. L’important patrimoine manuscrit de la poésie swahili classique est en ajami. A la fin du XIXème siècle, sous l’impulsion des européens, le swahili a été transcrit en caractères latins, parfois accompagnés de signes diacritiques permettant d’en préciser la prononciation. La fixation des règles orthographiques du kiswahili standard a été réalisée pendant l’époque coloniale par le East African Swahili Committee officiellement fondé en 1930. Depuis cette date, le kiswahili s’écrit essentiellement en caractères latins et de façon réglementée. 

Principaux traits typologiques : Comme les autres langues bantoues, le kiswahili est une langue agglutinante à classes, qui se reconnaissent par leur préfixe. Le kiswahili utilise 12 classes nominales, dont une pour les verbes infinitifs (correspondant à la classe 15 des langues bantoues), et trois classes locatives (classes 16,17 et 18). Il actualise ainsi 15 des 22 classes recensées pour les langues bantoues. Le verbe swahili est composé d’une base verbale à laquelle on ajoute pour la conjugaison un préfixe sujet et un formatif marquant le temps, l’aspect ou le mode employé. Des infixes relatifs ou des infixes objets peuvent également se porter sur cette base verbale. En kiswahili, La base verbale connaît de multiples extensions possibles (extension passive, causative, stative, réversive…) qui permettent la formation d’un vocabulaire nombreux et précis. Le lexique du kiswahili est marqué par de nombreux emprunts linguistiques, notamment arabes en raison de contacts anciens avec les habitants de la côte venus de la péninsule arabique (en particulier Oman). Les emprunts à l’anglais sont également importants.