Répertoire patrimonial

 

La déclaration de l’UNESCO

La littérature orale est considérée par l’UNESCO, dans sa déclaration du 17 octobre 2003, comme relevant du patrimoine culturel immatériel (PCI). Selon l’UNESCO, celui-ci comprend « les traditions et expressions orales, y compris la langue comme vecteur du patrimoine culturel immatériel »[1].

Cette déclaration constitue un soutien réel au domaine car l’oralité n’est pas ouvertement définie comme un « manque » d’écriture », mais au contraire comme une valeur culturelle intrinsèque : elle stipule que la mémoire et la culture de l’oralité constituent un patrimoine universel à préserver et à valoriser ; elle aborde la littérature orale sous l’aspect de la tradition qui doit être sauvegardée ; et elle la considère en même temps comme un moyen précieux qui contribue à son tour à la transmission de la tradition. En effet, on regrette souvent que la tradition se perde sous l’influence de la modernité et notamment de la scolarisation.

La littérature orale en tant que répertoire patrimonial

La recherche, quant à elle, donne souvent une définition comparable selon laquelle la littérature orale relève de la transmission, de la mémoire et de la perpétuation de la tradition. Cette définition va de pair avec l’idée qu’elle est constituée de répertoires immuables. Dans bien des cas, les sociétés africaines se représentent d’ailleurs elles-mêmes la littérature orale sous l’aspect d’une mémoire collective, en s’appuyant sur des genres à caractère historique, voire historiographique, tels que la généalogie ou le récit épique.

Cette perspective a des implications théoriques importantes. Elle va de pair avec l’idée d’anonymat et d’absence d’auteur, ce qui aboutit à des conclusions réductrices. La littérature orale serait archaïque, liée au seul monde rural, définitivement ancrée dans le passé et ignorant la création. Définie de cette manière simplificatrice et comparée implicitement à l’écriture littéraire implicitement pensée comme moderne, créative et tournée vers l’avenir, la littérature orale apparaît comme ayant une moindre valeur culturelle.

Variabilité et dynamisme

Présenter la littérature orale sous le seul aspect du répertoire patrimonial nie en fait son dynamisme que l’on ne perçoit pas. Des recherches plus récentes ont montré que cette vision simplifiée ne correspond nullement à la réalité de son fonctionnement (U. Baumgardt et J. Derive, 2008, pp. 6). Les moyens techniques nouveaux d’enregistrement des textes oraux prouvent clairement leur variabilité (J. Derive, 1977, pp. 265-302). La littérature orale fait preuve de créativité à plusieurs niveaux (A.M. Dauphin-Tinturier et J. Derive, 2005) : créations nouvelles, recompositions et ajustement des performances selon les situations d’énonciation, entre autres (J. Derive Jean, 1990, pp. 215-225 ; S. Bornand, 2005). Par ailleurs, elle s’adapte aux contextes nouveaux, ne serait ce qu’au niveau de la néo-oralité.

Une toute autre forme, le répertoire individuel (U. Baumgardt 2000), illustre l’articulation entre la transmission et la sélection d’éléments transmis mais spécifiques pour construire une nouvelle entité. Ce processus relève de la création réalisée par un énonciateur en fonction de critères qui lui sont propres.

Tout en intégrant des répertoires patrimoniaux qui coexistent avec d’autres répertoires, la littérature orale fait preuve d’un grand dynamisme. Définie de cette manière, elle peut être perçue dans toute la complexité de son fonctionnement et de ses fonctions : transmission, création, maintien du lien social, expression littéraire, adaptation à des contextes sociaux nouveaux etc. Ceci ne veut pas dire que la littérature orale n’est pas confrontée à des changements radicaux. Une politique culturelle cohérente en sa faveur est nécessaire pour préserver cette vitalité. C’est l’idée qui sous-tend la déclaration de l’UNESCO.

Ursula Baumgardt

[1] http://www.unesco.org/culture/ich/index.php?lg=fr&pg=00006