La prise de Dionkoloni

 

La prise de Dionkoloni

Classiques africains

 

 

 

Mots-clés:
mandingue, bambara, oralité, épopée, griot, royaume de Ségou, Da Monzon
Éditeurs scientifiques:
Gérard Dumestre et Lilyan Kesteloot, avec la collaboration de Jean-Baptiste Traoré
Production du corpus:
Sissoko Kabinè, griot (jèli en bamanakan), disciple de Ban Zoumana, le plus célèbre griot du Mali de l’Indépendance.
Édition du corpus:
Collecte: Lilyan Kesteloot
Transcription: Gérard Dumestre et Jean-Baptiste Traoré
Traduction: Gérard Dumestre, Amadou Traoré et Jean-Baptiste Traoré

 

 

 

Descriptif:


Relation d’un épisode du royaume de Ségou (XVIIIe siècle) sous le règne de Da Monzon où la ville de Dionkoloni, qui défie le pouvoir central, est finalement prise par le héros peul Silamakan, qui, parce qu’il a défié le roi, sera finalement défait à son tour par traîtrise.
Le texte a été enregistré par Lilyan Kesteloot en 1968 à Bamako. Il a été publié en 1975 dans la collection « Classiques Africains » (n° 16) diffusée à l’époque par Armand Colin.
Volume de 183 pages comprenant une introduction présentant l’empire de Ségou, le griot et son style, des considérations sur le système de transcription, le récit épique en version bilingue annoté et commenté, une bibliographie. Ce fragment épique appartient à une geste plus vaste qui comprend un ensemble de récits tous relatifs au royaume bambara de Ségou. Son exécution orale par Sissoko Kabinè a été en l’occurrence sollicitée par Lilyan Kesteloot. Elle s’est donc déroulée dans des conditions artificielles, en dehors de l’auditoire naturel de l’épopée. La performance obéit cependant, d’après les informations données dans l’introduction, aux règles d’énonciation propres au genre: le griot a déclamé l’épopée selon une diction particulière à ce type d’énoncé (voix de tête, débit rapide) en s’accompagnant de sa kóra (harpe-luth à cordes), selon des séquences prosodiques qui ont conduit les éditeurs du recueil à la présenter sous forme versifiée, la versification n’étant pas en l’occurrence entendue comme une suite d’unités isométriques, mais plutôt comme un enchaînement d’unités inégales entretenant entre elles des rapports de symétrie.

 

Référence de l’ouvrage:
DUMESTRE, Gérard, KESTELOOT, Lilyan, 1975, [avec la collaboration de TRAORE, Jean-Baptiste], La Prise de Dionkoloni : épisode de l’épopée bambara, raconté par Sissoko Kabinè, Paris, Armand Colin, « Classiques africains n° 16 », 183 p.

 

Bibliographie

  • DERIVE, Jean, 1997, « Eléments de poétique de l’épopée manding », in LÉTOUBLON, Françoise (ed.), Hommage à Milman Parry. Le style formulaire de l’épopée homérique et la théorie de l’oralité poétique, Amsterdam, Gieben, pp. 369-377.
  • DERIVE, Jean, 2012, L’Art du verbe dans l’oralité africaine, Paris, L’Harmattan, collection « Oralités », 224 p. [voir surout le chapitre 4 (pp. 99-142): « Poétique des genres. L’exemple de l’épopée mandingue »].
  • DUMESTRE, Gérard, 1998, « L’accentuation d’un texte épique bambara: le cas des « Trois Amadou » de Bakoroba Koné » [Colloque de l’African Studies Association, 1989], in VYDRINE, Valentin & KIBRIK, Andrej (eds), pp. 221-236.
  • JANSEN, Jan, 2001, Epopée, histoire, société. Le cas de Soundjata. Mali et Guinée, Paris, Karthala, 307 p.
  • KESTELOOT, Lilyan, 2010, [avec la collaboration de TRAORÉ, Amadou et TRAORÉ, Jean-Baptiste], L’épopée bambara de Ségou, Paris, Orizons, 328 p.
  • VYDRINE, Valentin & KIBRIK, Andrej (éds), 1998, Les Peuls. Recueil d’articles dédiés à Antonina Koval, St. Petersbourg, Moscou, Evropejskij Dom, 358 p. [bilingue russe français].

 

 

La Prise de Dionkoloni
Extrait
(Incipit — pp.38-39)

 

 

 

à bé Jɔnkolonin wéle

Je chante ici l’histoire de Dionkoloni !

à bé Mariheri wéle Jɔnkolonin

Je chante Marihéri de Dionkoloni !

à bé Kɔlɔnjugujiri wéle Jɔnkolonin

Je chante Kolondiougoudyiri de Dionkoloni !

à bé Cɛkɔrɔbabugɔnci wéle Jɔnkolonin

Je chante Tièkoroba Bougondyi de Dionkoloni !

à bé Nturanin Farinman wéle Jɔnkolonin

Je chante Ntourani Fariman de Dionkoloni !

à bé Nkilinti Nkɔlɔntɔ wéle ò tùn bé Jɔnkolonin

Je chante Nkilindi Nkolondo de Dionkoloni !

Mariheri tùn yémàsakɛ yé Jɔnkolonin

Marihéri régnait à Dionkoloni.

nì mínw tɔ́gɔ fɔ́len yé nìn yé

Ceux qu’on vient de nommer,

òlu tùn yé à ká cɛ̀ fárinw yé

ceux-là même étaient ses preux.

nìn mɔ̀gɔ kélen kélen bɛ́ɛ tùn yé sé mɔ̀gɔ kɛ̀mɛ ná Jɔnkolonin kɔ́nɔ

Chacun à lui seul pouvait vaincre cent hommes.

ɔ̀ npári tùn bé fɔ́ òlu dè yé Jɔnkolonin kɔ́nɔ

C’est pour eux qu’on jouait le mpari[1] à Donkoloni ;

ù kó póyi ní páyi

ils disaient : poyi et payi,

nɛ̀gɛ sɛ̀ngɛrɛn dɔ́ bé à jí mìn

la bouillie de fer, qui en boit le jus

ò tɛ́ à nyàga nyími

n’en mangera pas la pâte,

nyàganyími Nsan àni nyàganyími Nsan

l’un mange le résidu, l’autre boit le jus,

Nsan kùnba àni Nsan dába

l’un est une forte tête, l’autre est une grande gueule !

 

Notes:

[1] Le mpari est une sorte de jeu de dames. Autrefois, avant un combat, il était d’usage de faire une partie de mpari.